Découverte
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Biographie

Shannon Wright

En 1999, Shannon Wright se lance en solo sur les cendres de son groupe d'indi-pop Crowsdell et commence à expérimenter dans son coin, sans forcément penser à faire carrière. Pourtant, lorsque l'un de ses amis donne un de ses enregistrements à quelqu'un de chez Touch and Go / Quarterstick Records et que le label lui propose de sortir un premier album, elle décide de continuer. Flightsafety sort la même année, et reçoit un bon accueil des critiques et permet à Shannon Wright de mettre en place sa recette piano/guitare/voix/paroles sombres désormais caractéristique. Maps of Tacit (2000), l'EP Perishable Goods (2001), Dyed in the Wool (2001), Over the Sun (2004) et Let in the Light (2007) suivront, suscitant toujours l'enthousiasme. A noter la sortie en 2004 d'un album en collaboration avec Yann Tiersen chez Ici, D'ailleurs. Lorsque son label ferme ses portes, Shannon Wright signe chez Vicious Circle pour la sortie d'Honeyebee Girls en 2009, suivi par Secret Blood en 2010. Elle revient en 2013 avec un neuvième album studio intitulé In Film Sound, sorti chez EJRC. En 2017 elle sort Division, marqué par davantage d'expérimentations.

Chronique

16.5 / 20
1 commentaire (14.5/20).
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Division ( 2017 )

Le doute et l’hésitation peuvent très bien s’avérer être des qualités prépondérantes dans l’oeuvre d’un artiste, à condition que ceux-ci fassent office de moteurs et qu’ils accompagnent un projet dont l’objectif final est, lui, mûrement réfléchi. C’est de cette façon que Shannon Wright a construit une discographie d’un haut niveau d’exigence tout en donnant, à chacune de ses sorties, l’impression d’être à deux doigts de tout laisser tomber et de fuir un monde décidément trop effrayant pour elle. La fragilité qu’elle exprime n’a jamais été un frein créatif, donnant plutôt à ses morceaux une intensité émotionnelle difficile à égaler pour la plupart de ses contemporains. Shannon Wright sait donc où elle va mais évite, par timidité autant que par goût de l’aventure, d’emprunter le chemin le plus embouteillé, préférant défricher elle-même un sentier dissimulé au regard du plus grand nombre. Cette démarche porte ses fruits sur Division qui, sous un aspect de fausse simplicité, s’avère être son album le plus expérimental.
 
Pas question pour elle, cependant, d’oublier ce qui fait la force de sa musique. La rage presque viscérale dont elle faisait preuve sur le très abrasif In Film Sound trouve toujours ici une échappatoire, mais de façon beaucoup plus occasionnelle. Si les guitares guidaient clairement l’album précédent, c’est cette fois-ci le piano qui reprend la main, Division ayant vu le jour en grande partie grâce à la rencontre entre l’Américaine et la pianiste classique Katia Labèque. C’est dans le studio de la Française et avec le compagnon de celle-ci, David Chalmin, que Shannon Wright a ciselé les huit morceaux d’un disque qui n’a besoin que d’un peu plus de trente minutes pour émouvoir et inspirer. Sombre et pesant, le morceau-titre placé en ouverture hypnotise immédiatement et laisse présager d’une richesse qui s'incarnera, tout au long de l’album, dans de nombreux détails pouvant échapper à l’auditeur au premier abord. Orgue, cordes, boîte à rythme… Les instruments deviennent des outils utilisés avec le désir d’amener les compositions vers toujours plus de sincérité, prouvant par la même occasion que l’on peut enrichir sa musique d’éléments inattendus sans jamais la dénaturer.

Accidental, avec son clavier bon marché, est le symbole de ce que l’on pourrait a priori considérer comme une faute de goût, mais qui se révèle pourtant particulièrement pertinent. Wayward hésite entre classicisme et modernité, pour finalement ne pas choisir et aboutir à l’un des grands moments du disque. Le reste est à l’avenant, entre urgence et contemplation. De la boîte à musique presque dérangeante de Seemingly au crescendo de Soft Noise. De l’inquiétude de The Thirst à l’arrière-plan industriel d’Iodine. C’est un orage qui menace pour ensuite gronder pendant Lightouse (Drag Us In), conclusion d’un album qui se dévoile un peu plus à chaque écoute, jusqu’à devenir évident et indispensable.

Sur Division, Shannon Wright décide d’embrasser pleinement une technologie qu’elle ne se contente pourtant pas d’utiliser de façon banale. Tout ce qu’elle en tire vient d’un souci constant de servir sa vision, celle d’une musique personnelle et engagée, au sens le plus intime du terme.