Biographie

Shall Not Kill

Shall Not Kill est né à Metz en 2000 sous l'impulsion de Julien (guitare, chant), Christelle (basse, chant), Clément (guitare) et Vincent (batterie). Le groupe oriente sa musique vers une mixture très personnelle de stoner, de post hardcore, de sludge, voir même d'emo. Après 6 ans d'existance, le groupe se sépare durant l'été 2006 à la sortie de leur nouvel album et au terme d'une tournée d'adieu. Cependant, les membres de Shall Not Kill prévoient de sortir un split CD avec Tekken, Moon et The Fantastikol Hole dans les prochains mois.
Les membres jouent déjà pour la plupart dans d’autres formations. Julien a notamment créé un projet solo nommé The Austrasian Goat alliant atmosphères malsaines et mélodies.

Chronique

Shall Not Kill ( 2006 )

On entend souvent dire que la France est en retrait par rapport à ses homologues européens en matière de (Post) Hardcore version gros cylindres. Pourtant, cet hâtif constat est une belle gourde. Il suffit de jeter un oeil du côté des dernières productions de Year of No Light ou Comity pour démontrer le contraire par A + B. Quelques jeunes formations pointent même le bout du nez à l'image des Lorientais de Nymphea qui devraient faire de belles choses à l'avenir. Quant aux Shall Not Kill, formation plutôt discrète mais diablement efficace, ils s'imposent via cet ultime disque (le groupe est aujourd'hui séparé) comme un pilier d'une scène hardcore réflechi, musicalement sombre et alambiquée.

Sorti durant l'été, il m'a fallu bien du temps et des écoutes pour ingurgiter toute la matière de l'oeuvre et pour en saisir tous les coups d'éclats. Les Messins font parti de ces groupes qui s'amusent à brouiller les pistes sans faire apparaître la moindre influence évidente. Du coup, sans filet de sécurité, sans branches auxquelles se raccrocher, on perd aisément nos repères. Il suffit alors d'un instant d'inattention ou d'une légère flexion spirituelle pour se laisser entraîner et captiver par des compositions qui n'ont, aux premières écoutes, strictement rien de racoleur. Là se trouve la force de Shall Not Kill, dans son attitude atypique mais au final très attirante et d'un intérêt certain.

Musicalement parlant, le quintet entrevoie des pistes nombreuses et variées tout en suivant une ligne directrice qui à son terme nous jette au fond d'un puits sans fond aux parois obscures. Shall Not Kill démontrent qu'ils sont à l'aise et inspirés aussi bien dans les morceaux postcore "traditionnels" ("Tonio", "Palimpseste") que dans les parties mélancoliques (emoïques ?) aux riffs lancinants à faire frémir ("L'origine du déclin"). Le groupe se lance même avec succès dans l'exercice périlleux d'un morceau de plus d'une demi-heure intitulé "Le sens de la vie", clin d'oeil au film The Meaning of Life (1983) des Monthy Pythons, traitant de l'éternelle question de l'existence. D'une base et d'un début plutôt aérien (façon de parler), Shall not Kill trébuche dans les dernières minutes au sein d’une atmosphère sombre et doomesque qui viendra finalement s'engouffrer dans un passage drone, minimaliste et malsain. Saisissant !
Pour finir de nous achever, un remix instrumental aux effets électroniques de Moon, titré "Shall Not Live", vient renforcer l'ambiance pesante. Le jeu de fréquence nous enveloppe comme une brume pourrait le faire au sein d'une forêt noire et froide, en pleine nuit. Nous sommes arrivés au fond, au bout du voyage. "Voyage", car il faut bien avouer que Shall Not Kill a pondu un disque qui fonctionne de manière progressive, pas à pas, dans la douleur.

L'aventure très personnelle de Shall Not Kill se clôture donc d'une très belle manière avec un disque profond, à l'accès pas forcement simple mais qui mérite bien qu'on lui consacre quelques efforts pour l'appréhender et pleinement l'apprécier. Et comme le groupe n'a rien fait à moitié, l'artwork signé Julien est saisissant malgré sa simplicité et illustre fort bien la musique. Les paroles bien pensées s'accompagnent de textes explicatifs et idéologiques comme feu-Gantz a pu le faire. On y trouve entre autre l'adage "Work, Consume and Die", mis en avant également par Aghast avec leur dernier album au titre évocateur : Consumer. Favoris ! Comme on dit.

Télécharger : Tonio.

A écouter : dans le noir