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Biographie

Shai Hulud

L'épopée de Shai Hulud - en référence au dieu-ver de Dune, la monumentale oeuvre de Frank Herbert - débute entre 1996 et 1997 dans une boutique de skeuds de Pompano Beach (Floride). C'est en passant des commandes au label Revelation Records qu'Oliver Chapoy et Matt Fox (guitares) décrochent leur premier contrat. Le départ du chanteur Damien Moyal (futur Morning Again) avant la signature manque de tout remettre en cause, mais le groupe parvient à lui trouver rapidement un remplaçant de choix en la personne de Chad Gilbert, futur guitariste et compositeur principal de New Found Glory.

Avant d'être estampillé Revelation Records-Band, Shai Hulud fait ses classes sur la division parallèle Crisis Records, dirigée par Rob Moran sur laquelle sortent A Profound Hatred of Man, The Fall of Every Man, et le premier album Hearts Once Nourished with Hope and Compassion. A partir de cette date, le groupe fait face à un important turn-over de ses membres. Outre Oliver Chapoy, le premier à partir est Chad Gilbert, remplacé par Geert Van Der Velde, ancien guitariste de Through a Glass Darkly qui se reconvertit au chant et restera à ce poste jusqu'au split final. Il est suivi par David Silber (basse) auquel se substitue Matt Fletcher aux alentours de 2000. La même année, Shai Hulud s'associe à Another Victim pour sortir A Whole New Level of Sickness mais doit faire face au départ de son batteur Steven Lee Kleisath (celui-ci sera de nouveau de la partie, mais à la guitare cette fois sur le dernier album). C'est Tony Tintari (ex-Rise Against, ex-The Enemy) qui le remplace aux alentours de 2001.
En 2003, Shai Hulud sort sur Revelation Records That Within Blood Ill-Tempered, qui s'avèrera être son ultime album, le groupe décidant de se séparer un an plus tard.
Toutefois, revigorés par une tournée d'adieu ayant révélé une certaine notoriété et un certain attachement du public dont ils étaient loins de se douter, Matt Fox et Matt Fletcher reviennent partiellement sur l'idée de séparation et décident de continuer l'aventure sans Geert Van Der Velde sous le nom de The Warmth of Red Blood avant de revenir à celui de Shai Hulud. Profitant de l'aubaine, Revelation Records ressort Hearts Once Nourished with Hope and Compassion et A Profound Hatred of Man en 2006. La même année, le groupe new yorkais signe chez Metal Blade Records.

A Profound Hatred of Man : Shrapnel Inc ( 2006 )

Histoire d'en finir avec les années Revelation et afin de contenter les amateurs du groupe vraisemblablement impatients depuis sa renaissance autour de Matt Fox et de Matt Fletcher, Shai Hulud réédite une partie de son patrimoine discographique avant d'amorcer de nouvelles aventures chez Metal Blade Records.
 
Le fait d'avoir intitulé cette anthologie A Profound Hatred of Man - Shrapnel Inc est loin d'être un hasard. C'est d'abord le titre de la première production du groupe. Trois titres qui posaient clairement les bases d'un hardcore nouvelle mouture et ambitieux où la rage old school s'entrecroisait avec une volonté claire et nette de franchir les limites de la tradition. C'est également un thème récurrent chez Shai Hulud. Non pas que la formation doive être taxée de misanthropie, ce que réfute totalement l'extrait de sermon de Martin Luther King placé en back cover du skeud, "Hatred Paralyzes life, love releases it; Hatred confuses life, love harmonizes it; Hatred darkens life, love illumines it", mais plutôt une sorte de dépit devant tant d'incompréhension entre les Terriens, un dépit assorti, malgré tout, d'une volonté de se convaincre que tout n'est peut-être pas encore perdu.
En complément, Shai Hulud a eu la très bonne idée d'accompagner cette nouvelle édition des splits sortis sur le label entre 1997 et 2002 à savoir The Fall of Every Man et A Whole New Level of Sickness.
Au delà de l'aspect collection que ne manque pas d'évoquer cet album, les treize titres présentés, enregistrés à des époques et par des formations différentes - mais entièrement remastérisés par Alan Douches - nous permettent d'apprécier la progression du combo durant toutes ces années. De la formation de Chad Gilbert (de 1997 à 1999), beaucoup plus brute mais qui transpire une qualité et un potentiel technique qui n'est déjà plus en gestation, à celle de Geert van der Velde (de 2000 à 2003), beaucoup plus axée sur un côté mélodique, mais au chant paradoxalement plus énervé et agressif, Shai Hulud n'aura de cesse d'évoluer au coeur d'un hardcore complexe et avant-gardiste, inspiré mais non dénué de sentiments, tout en conservant une indéfectible homogénéité. Preuve que celle-ci prenait corps bien au-delà des membres du groupe dont l'incessant turn over - Matt Fox est l'unique rescapé de la formation de 1997 - n'aura jamais fait dévier d'un iota la trajectoire du dieu-ver.

En revanche, de qualité beaucoup plus inégale sont les covers qui ornaient çà et là les productions de Shai Hulud, tributes et compilations. Si "Lost Cause" (Negative Approach) ou "Linoleum" (NOFX) constituent de véritables réussites, celles de "Fearless Vampires Killers" (Bad Brains) et surtout l'apocalyptique "Damage Inc" de Metallica ne laisseront pas de souvenirs impérissables, tant elles portent en elle toute l'insolente indolence dont font parfois preuve les enfants gâtés. Toutefois, au-delà du simple caprice et du sentiment ludique qu'une telle démarche peut procurer, ces reprises montrent surtout que le talent des new yorkais n'est pas uniquement redevable à un seul style musical mais réside surtout dans l'assimilation de composantes diverses. Du hardcore au punk en passant par le métal, celles-ci constituent un régime alimentaire vital pour Shai Hulud tant sur les plans mélodique et rythmique, que graphique.
En effet, l'artwork des productions des new yorkais a toujours dépassé l'imagerie habituellement en vigueur dans le hardcore, puisant dans tous les domaines picturaux et littéraires. Confié à Dave Quiggle, à qui l'on doit notamment l'llustration des derniers albums de Sick Of It All, No Innocent Victim et All Out War, celui de A Profound Hatred of Man - Shrapnel Inc ne déroge pas à la règle, constituant le premier volet d'un superbe dyptique dont on trouvera la suite sur la réédition de Hearts Once Nourished with Hope & Compassion. Le livret n'est pas en reste. Concocté par le directeur artistique de Revelation Records, Tom Kline himself, il est constitué d'une très belle galerie de clichés et de textes explicatifs faisant de A Profound Hatred of Man - Shrapnel Inc un objet à apprécier dans son intégralité.

Bref, si cette réédition n'apporte rien de nouveau à l'oeuvre de Shai Hulud, elle a le mérite de remettre les choses à plat avant des échéances que l'on espère les plus précoces possibles. 

A écouter : Set Your Body Ablaze, Hardly, Lost Cause

Hearts Once Nourished With Hope & Compassion (Réédition) ( 2006 )

"Si je découvrais au fonds de moi un désir qu'aucune expérience au monde ne puisse satisfaire, l'unique explication plausible est que j'étais fait pour un autre monde". Cette phrase de Clive Staples Lewis, grand ami de J.R.R. Tolkien, illustre assez bien l'univers de Shai Hulud, groupe atypique, partagé entre une réelle volonté de s'ancrer dans la réalité et une irrépressible envie de s'en échapper.

Au rayon des rééditions celle de Hearts Once Nourished with Hope & Compassion, premier full length du groupe, est loin d'être superflue. Sorti en 1998, l'album reste à ce jour l'oeuvre la plus aboutie du serpent des sables, celle qui l'aura quasiment intronisé génie du hardcore new school, si ce terme possède encore une signification aujourd'hui. Considérant sans doute que l'opus méritait bien plus qu'une simple remise au jour, Revelation a confié le bijou entre les mains expertes de Zeuss pour un remixage en règle, suivi d'une mastérisation chez l'inévitable Alan Douches.
Appréhender une oeuvre de Shai Hulud relève davantage d'une ballade sur les montagnes russes pour un pleutre que d'autre chose et Hearts Once Nourished with Hope & Compassion encore plus que les autres. Alors, n'étant pas casse-cou pour deux sous, on ferme les yeux et on se laisse submerger par le caractère épique, quasi picaresque qui progressivement prend possession de l'espace. On pénètre dans un univers de mélodies directement sorties de quelque épisode médiéval dans lequel les bretteurs Olivier Chapoy et Matt Fox, à la manière d'un Duc de Nevers et d'un Chevalier de Lagardère virtuoses du crin-crin, se livreraient un duel sans merci.   
Au confluent du metal et du hardcore pur jus, Shai Hulud nous récite alors son numéro d'équilibriste, démolissant au passage toutes les bonnes vieilles certitudes auxquelles le metal et le rock en général nous avait habituées. Ici tout n'est affaire que de patience si l'on veut sortir sain et sauf de ce labyrinthe musical. On erre parmi les méandres et les contretemps de "Solely Concentrating on the Negative Aspects of Life", on se perd dans les recoins de "Outside the Boundaries of a Friend" et lorsque l'on aperçoit quelque peu la sortie du tunnel sur l'ultra dynamique "This Wake I Myself Have Stirred" avec ses cavalcades effrenées, c'est pour finalement retomber sur une voie sans issue où Chad Gilbert déploie une amertume rageuse et son incompréhension de l'être humain ("Beyond Man", "Eating Bullets of Acceptance").

Deuxième et dernier volet du diptyque formé avec A Profound Hatred Of Man : Shrapnel Inc., Hearts Once Nourished with Hope & Compassion clôt de manière définitive le chapitre Revelation, Shai Hulud ayant décidé d'intégrer l'écurie Metal Blade Records. Si cette nouvelle ére qui s'annonce s'avère aussi riche artistiquement que la précédente, on n'a pas fini de s'emmêler les pinceaux dans les cavités du ver des sables.

A écouter : This Wake I Myself Have Stirred, Solely Concentrating on the Negative Aspects of Life, A Profound Hatred of Man

That Within Blood Ill-Tempered ( 2003 )

Parmi les mauvaises nouvelles 2004 - musicales s'entend - la séparation de Shai Hulud n'est pas des moindres. Si l'on inclue Give up the Ghost l'été 2004, même s'il s'est avéré beaucoup moins torride que prévu, aura tout de même été fatal à deux des groupes les plus talentueux et imaginatifs de la scène hardcore US. La sortie quasi imminente de A Comprehensive Retrospective qui devrait sceller définitivement le sort de Shai Hulud, nous donne l'occasion de nous repencher sur ses anciennes productions et, tout particulièrement, sur That Within Blood Ill-Tempered sorti en 2003 sur Revelation Records.

A son écoute, on est certain d'une chose : Shai Hulud ne fait définitivement pas partie des groupes dont on écoute l'oeuvre en musique de fond lors d'un apéritif avec des collègues. Ni de ceux dont on suit le rythme en tapant du pied. Ca tourbillonne, virevolte, sautille, rebondit, tournoie, les idées foisonnent - avec un seul morceau les Varukers ont du matériel pour trois albums - et franchement on en vient encore à se demander comment les membres du groupe parviennent à se souvenir de tout.

Sur cet album, Shai Hulud nous offre, comme d'habitude, sa poésie, son sens de la mélodie, de la colère, bref son inspiration. Même si, hormis quelques légères orchestrations par ci par là ("Scornful of the Motives and Virtue of Others", "Ending the Perpetual Tragedy"), aucune innovation majeure n'est à signaler par rapport à Hearts Once Nourished with Hope and Compassion, le ver des sables parvient toujours à nous étonner tout en conservant son intégrité et sa sincérité. Comme si on en doutait, les premiers mots de l'album '"Rest Assured...This is Sincere...This is True..." sont là pour nous le rappeler.
Le groupe poursuit toujours son exploration sonore et donne libre cours à sa propre interprétation du métal et du hardcore. Les morceaux sont plus déstructurés que jamais, Shai Hulud ayant définitivement tiré un trait sur le traditionnel shéma couplet/refrain old school. Même le renouvellement assez fréquent des cadres autour de  Matt Fox ne parvient pas à entamer la crédibilité de l'ensemble, dont la capacité d'assimilation est un des points forts. Le groupe fait toujours preuve d'une maîtrise technique vraiment impressionnante - c'est un euphémisme - pour le style pratiqué. Mention spéciale est accordée au batteur Tony Tintari dont le jeu derrière les fûts regorge de richesses avec ses avalanches de contretemps et sa facilité déconcertante à casser le rythme ("Let us at Last Praise the Colonizers of Dreams", "The Consummate Dragon"). Toutefois, la palme revient sans contestation possible à Matt Fox (guitares) qui enveloppe l'album d'un voile mélodique quasi permanent n'étant pas sans rappeler les grandes épopées métal des années 80 (Omen).

Depuis toujours, Shai Hulud accorde une importance capitale aux textes. Ceux de That Within Blood Ill-Tempered ne dérogent pas à la règle et constituent un véritable recueil de poésies qui, comme le précise le livret intérieur, sont là pour provoquer l'émotion, l'inspiration et tout simplement le plaisir de lire.
 
En revanche, un aspect du skeud qui ne provoquera pas grand chose c'est l'artwork. Confié à Chandler Owen (Towardthesky design) et Tom Kline, directeur artistique de Revelation Records, le livret propose trois pauvres illustrations, tendant plus ou moins vers l'Héroic Fantasy, d'une indigence à pleurer. On a connu Shai Hulud plus inspiré. 

Bref, si vous n'avez aucune idée de ce que peut donner le mélange d'influences aussi diverses que Metallica, Journey, Omen ou Youth of Today, That Within Blood Ill-Tempered est un prototype. Shai Hulud démontre - comme d'autres - que la richesse réside dans les rencontres et l'addition de styles différents.  Après seulement deux albums en 6 ans, le groupe n'a obtenu qu'un succès d'estime. Le prochain projet de Fox et Fletcher, The Warmth of Red Blood, nous offre une chance de nous racheter. Sachons la saisir et apprécier cette nouvelle aventure à sa juste valeur.

A écouter : "Being Exemplary", "Ending the Perpetual Tragedy", "Scornful of the Motives and Virtue of Others"