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Biographie

Senser

Senser est un groupe de fusion londonien assez peu connu, qui, au même titre qu'un Rage Against the Machine, est apparu dans les années 90, époque fertile qui a vu naître bon nombre de formations s'essayant à la fusion. Finalement assez loin d'un RATM de part ses influences musicales beaucoup plus diverses (électro, hip hop, techno, métal, ...), le groupe ne sortira qu'un seul album à succès, leur premier effort "Stacked Up" qui est encore aujourd'hui une référence incontestée en matière de mélange des genres. Suite à des divergences artistiques, le groupe splittera après la sortie du premier album, le chanteur principal (Heitham Al-Sayed), le batteur (John Morgan) et le responsable boite à rythme (Haggis) allant de leur côté former un autre groupe, Lodestar, le reste de la bande continuera de son côté à sortir un autre album "Asylum" où seule la chanteuse Kersten Haigh officiera au chant. Beaucoup plus électro, l'album pourtant très bon ne parvient pas à convaincre, le groupe se sépare dans l'anonymat le plus complet, et revient, toujours dans l'anonymat le plus complet et décide à l'occasion d'une reformation pour un concert, de sortir leur troisème album SCHEMAtic, sorte de suite directe de Stacked Up, bonne synthèse des deux albums peu médiatisé...
En 2009, la bande à Al-Sayed revient en force, nostalgique de cette époque où tout était permis et sort How to do battle, toujours autant marqué par cette fougue et cette rage insaisissable, caractéristique de ce groupe culte qui ne semble pas avoir pris une ride.

Le groupe a toujours été friand d'un discours politique très engagé, on retrouve alors sur la plupart de leurs albums cette volonté de dénoncer et de s'opposer aux gouvernements, et d'aborder certains sujets sensibles comme le racisme ou la société de consommation.

Un nouvel album est prévu pour 2013...


Line up :
Heitham Al-Sayed : Chant (de 1992 à 1995, puis depuis 1999)
James Barret : Basse
Andy "Awe" Clinton : Samples
Haggis : Boîte à rythme (de 1992 à 1995, puis depuis 1999)
Kersten Haigh : Chant, flûte
Nick Michaelson : Guitare
John Morgan : Batterie (de 1992 à 1995, puis depuis 1999)
Paul Soden : Batterie (de 1995 à 1999)

16.5 / 20
3 commentaires (16.17/20).
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To the Capsules ( 2013 )

Les pionniers du crossover (pas la voiture hein) reviennent, quatre années après un How to do Battle qui signait le retour à la vie d'un groupe qui avait marqué les esprits et les modes de toute une époque. Si le précédent opus avait fait très fort en termes de fusion vitaminée, avec des titres tubesques, un déballage de riffs et samples ultra efficaces sur fond de politique contestataire, les anglais, sans dire qu'ils prennent un risque avec ce nouvel objet fraîchement débarqué, abordent la chose avec un peu plus de classe et d'abstraction artistique qu'à l’accoutumée. Moins chargé, plus réfléchi et moins rentre dedans qu'How to do Battle, To the Capsules ressemble plus à  ce que pouvait produire le groupe dans les années 90. Et si le genre, sans être vraiment mort, a perdu de la superbe et de l'intérêt depuis ce début de siècle, on est en droit de s'intéresser à ce que peut bien apporter ces fameux précurseurs, qui n'ont eu de cesse de faire évoluer et développer leur style bien à eux, avec un cinquième album studio financé en grande partie par leur communauté...

Et bien du Senser pur et dur. Pas de doute là dessus. Personne ne changera la personnalité d'un groupe pareil, ni l'époque, ni leurs fans et encore moins l'industrie musicale. Tant qu'ils auront des choses à revendiquer, ils l'exprimeront en musique, à leur manière, sans aucune concession. Globalement, c'est du Senser, c'est à dire de la fusion qui ratisse assez large, du hip-hop au métal en passant par l'électro, le punk ou le rock au sens large du terme. Beaucoup moins démonstratif au niveau de l'énergie déployée et des mélodies entêtantes qu'un How to do Battle, Senser revient, et c'est une surprise, à des bases musicales plus "old school". Sans avoir complètement délaissé leur savoir faire en terme de song writing addictif, l'ensemble est ici plus réfléchi, plus fluide, se concentrant parfois à l'extrême sur des atmosphères lourdes et enivrantes, faisant penser à un Stacked Up des premières heures. Peut être à cause de l'absence de Kersten Haigh (chant féminin), remplacée par une certaine ImmA, plus discrète, peut être à cause des sujets abordés, peut être tout simplement parce qu'ils ne se sont pas posé la question et qu'ils font, comme d'habitude, ce qui leur passe par la tête.

On retrouve bien entendu des choses classiques, caractéristiques du genre, un mélange de styles atypique qui a fait les belles heures de la formation, (Devoid, Wounded Spectre) mais qui cette fois ci est bien mieux équilibré.
Ce qui saute aux yeux en premier, c'est la partie hip-hop, particulièrement soignée, registre dans lequel le groupe avait des facilités, mais qu'ils n'avaient jamais fait sonner aussi bien. Des titres comme Time Travel Scratch, dans la veine d'un Beastie Boys époque Hello Nasty, ou encore Liquidity, avec son ambiance cyber punk étouffante sont parmi les meilleures que le groupe ait jamais composées. Côté métal, Witch Village fait le boulot et marquera les esprits au fer rouge avec son riff indus incroyable, juste avant d'embrayer sur les très punk "Wounded Spectre" et "Break the Order". On n'oublie pas non plus les nappes d'ambiance et samples, Dj Andy faisant un boulot remarquable : que ce soit sur du scratch classique ou de longues apartés envoutantes, l'homme sait se rendre indispensable et donne à l'ensemble une véritable personnalité. Ajoutez à ce tableau déjà bien clinquant la verve et le dynamisme d'Heitham Al-Sayed, et vous obtenez là un album de crossover qu'il ne faut absolument pas louper. Société à la dérive, politique au point mort, contrôle de masse, éveil des consciences, le front man passe tout en revue et réussit à élever le débat, de façon intelligente et construite. C'est ça l'esprit Senser : réussir à faire passer un message, développer un propos sans tomber dans la caricature et mettre le tout en musique.

Vous l'aurez compris, ce dernier album est une réussite à tous points de vue. Seule la durée (courte) de l'objet est décevante (une petite quarantaine de minutes en tout). Aucune composition à jeter, des textes sans compromis écrits et interprétés avec le cœur, sur un fond musical d'une richesse hallucinante. Si pour vous fusion et crossover ont encore un intérêt ou si le mélange des genres ne vous fait pas peur, foncez tête baissée, cet album est peut être une des meilleures bandes originales de l'époque dans laquelle nous vivons.

A écouter : Comme un retour aux 90's bienfaisant
16 / 20
1 commentaire (14/20).
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How to do Battle ( 2009 )

Formation culte des années 90, un peu dans l'ombre d'un Rage Against the Machine, l'histoire de Senser est mouvementée, pleine de changements de line up, de virages artistiques et de rebondissements en tous genres. Malgré tout, le groupe, même amputé de la moitié de son effectif, a toujours su rebondir, nous offrir des albums intéressants, généreux, d'une spontanéité à toute épreuve et dont la qualité est d'une constante impressionnante.
Quand le groupe se reforme en 2004, c'est toute une génération de paumés attachés à une époque de crossovers fertiles qui a dû frémir de bonheur. C'est tout naturellement que Senser décide alors de continuer l'aventure avec How to do battle 5 ans après un SCHEMAtic salué par la critique mais pas très éloquent en terme de bénéfices ; C'est ça la fusion, c'est ça les groupes généreux et intègres comme Senser, ça continue d'avancer, ça se fout des modes et ça reste fidèle à soi même.

Que peut on attendre de ce genre de formation qui n'évolue plus dans son époque, à qui la gloire n'a jamais souri et qui n'a cessé d'offrir à son public un son hérité d'un carrefour musical incroyablement riche ? Un voyage dans le temps ni plus ni moins. Avec son lot d'émotions et de surprises. Un gros son dépoussiéré, une fougue intacte, un ton revendicateur comme jamais, et un package de sonorités plus modernes s'insinuant peu à peu dans leur musique, un contrepied monumental à ce qu'on aurait pu attendre d'eux. Jamais à court d'inspiration sur l'ensemble de l'album, Senser réussit un tour de force artistique assez incroyable : avec ce line up original retrouvé, ils auraient pu s'engager sur un album électro comme Asylum ou plus Hip Hop comme SCHEMAtic, on aurait pu comprendre, mais avec How to Do battle, les anglais parviennent à réunir toutes les influences des opus précédents et réalisent la mixture ultime, de celle qui colle à la peau et vous remue les méninges. Sans ne jamais rien oublier de leur éventail musical riche à en crever de jalousie, Senser explore tous les chemins pour nous offrir le nec plus ultra fusionnel, une sorte de revival énergique histoire de dire "hé on revient et vous allez pas vous relever", des guitares mises en avant comme rarement, des riffs de tueurs bien plus métalliques qu'auparavant, des samples en pagaille créant une synergie et une cohésion incroyable, un groove caractéristique du genre et toujours cette complémentarité Al-Sayed / Haigh qui semblent aussi en phase que sur Stacked Up.
Les titres s'enchaînent et ne se ressemblent pas, et pour la première fois depuis leur premier album on retrouve un song writing puissant porté par un brassage culturel et musical qui fait la force du groupe, à l'instar de ce titre d'ouverture "Resistance Now" (avec un petit refrain en français s'il vous plaît, Al Sayed ayant des origines françaises), décoiffant, qui donne le ton et la couleur de l'album : bleu métal et rouge révolutionnaire. Car oui, le Senser de l'époque c'était pour les ados, Eject (un de leur morceuax cultes) et Smells like teen spirit se retrouvaient souvent dans la même soirée et inspiraient la même chose chez l'adolescent de l'époque : la rage. 20 ans plus tard la donne a changé et Senser étant resté fidèle à lui même, des titres comme Resistance Now s'adressent au même genre de public... qui a grandi et qui n'arrivera peut être plus à se retrouver dans ces intonations revendicatrices et ce flux musical qui colle aux trippes.

Au programme de cette petite heure de pur bonheur : déferlante de scratchs, d'attaques et de piqués slamés et rapés, ravageurs, lyrisme latent, riffs et lignes rythmiques de grande qualité, tout ça au service de titres sacrément accrocheurs (Resistance now, End of the world show, Smoking Paranoia, Brightest Rays, Hex...). Le ton monte, les propos vont droit au but, c'est intelligent et rythmé, ça descend et se calme un peu, les mélodies se déroulent et s'enroulent, ouvrent de nouveaux horizons plus mélancoliques (sur Fairytale, une première), puis ça repart dans le gros riff quasi indus (So Refined) et les scratchs fédérateurs. Ce disque est un formidable revitalisant musical, et c'est ça l'info principale.

Espérons que comme moi, vous soyez restés accrochés à cette époque et que ce défouloir sans compromis, ce son reconnaissable entre tous, vous porte et vous transporte à nouveau comme il a fait pogotté des générations entières de paumés... Si c'est le cas, vous passerez un très bon moment, sinon hé bien passez votre chemin. Cet album inespéré des anglais nous rappelle à quel point Senser, dans l'ombre, a toujours fait un bien fou au paysage musical moderne, et combien il est plaisant de les retrouver, et en grande forme !

A écouter : Pour avoir la patate...