Biographie

Sectioned

Sectioned se définit par son nom. Une amputation sévère des membres de différents styles musicaux pour créer une abomination aux codes et sons nouveaux. Oscillant entre Grind, mathcore, sludge, noise et powerelectronics, la jeune formation ne cesse d’innover et de pousser plus loin son travail de redéfinition des termes. Après un split et deux EP sortis au début des années 2010, et un premier album sorti en avril 2018 à son actif, qui sait jusqu’où ira l’expérimentation de la formation ?

Chronique

Annihilated ( 2018 )

J’adore le crumble. Il a cette spécificité de conserver, et ce même après quelques jours, un goût unique. Assemblage de plusieurs éléments, ces-dits éléments tendant à se conjuguer, ne faire qu’un. La vraie magie, c’est que même lorsqu’ils ne forment qu’un amas indicible d’éléments comestibles, ils conservent (ou plutôt désormais « il ») le même goût qu’à l’état initial où ils étaient tous bien distincts. Annihilated, de la formation écossaise Sectioned, me fait le même effet.

On est cependant assez loin de la douceur d’un crumble, et ça vous le remarquerez dès la première seconde de l’album. Revenons d’ailleurs à ce dessert, voulez-vous ? Tout comme ce dernier, Sectioned a jeté tout un tas d’influence, d’éléments musicaux différents, pour créer un même contenu conservant la saveur de tous les styles utilisés. Grindcore, powerviolence, noise, powerelectronics, sludge, hardcore, crust, et même mathcore… Autant de styles qui résultent en ce réel monstre qu’est le premier skeud de la formation.

Pour être honnête, il y a une unique chose dont je suis sûr à propos de cet album : je ne comprends pas. D’ailleurs, c’est sans aucun doute le but recherché. De la première seconde à la dernière de chaque titre, on est « bercé » (ou plutôt tabassé?) par des coupures rythmiques impromptues, accompagnées de breaks toujours plus lourds et toujours plus dissonants. Il conviendra aussi de noter le mathcore qui ponctue les riffs tout au long des pistes, apportant ce côté discordant à chaque bûche assourdissante.

D’ailleurs, les 13 titres composants Annihilated passent relativement vite et semblent ne faire qu’un, malgré les moments où je me suis surpris à m’arrêter pour me dire « Attends... Quoi ? ». Le déferlement d’éléments tous plus brutaux et surprenants les uns que les autres, notamment sur la fin au beat gras et épais de Starved Lives, semble former un ensemble anarchique et logique, aussi logique que puisse être une tornade.

Il n’y a pas vraiment de titre précis sur lequel s’arrêter tant chacun sait apporter sa propre pierre à l’édifice que représente l’album. Des riffs sludge très noisy comme sur Starved Lives ou Betrayer, on passe à un beat gras, dense et isolé, ou encore à des notes proches d’un sitar, tout en conservant la saturation et l’ambiance oppressante propre à la production (Victorious, Neverending). Ainsi, le noise vicieux et rapide se confond avec les riffs saturés au possible, créant une plage sonore épileptique me faisant perdre le peu de repères que j’avais réussi à réunir durant mon écoute. C’est notamment sur Betrayer où tout se mélange pour ne former qu’un chaos organisé, sur lequel viennent être hurlées des paroles rapides, dans un style me rappelant beaucoup Nails.

La comparaison avec ce dernier n’est d’ailleurs pas dénuée de sens, tant Sectioned réussit à reprendre le concept de patchwork de violence pour y ajouter sa nuance électronique. Pas un moment de répit n’est laissé à l’auditeur qui, plutôt que d’essayer de comprendre le pourquoi du comment d’une telle production, sera beaucoup trop occupé à voir les minutes de chaque titre fondre sous les assauts soniques de la formation. Mais lorsque les multiples plages de sons cessent d’être superposées pour laisser des micro-secondes plus vides, c’est pour créer la violence là où elle n’est même pas censée être, dans le silence et l’interruption. Toothgrinder et ses riffs hardcore à souhait nous offre ainsi ces moments où le noise succède au chaos, plongeant la piste dans un calme momentané dont le bruit de fond me rappel parfois un couteau qui grifferait un tableau d’ardoises.

Qu’ils fassent à peine 2 minutes ou bien jusqu’à 5 minutes, les titres de cet album semblent défiler à une cadence incroyable, et produisent par eux-mêmes un nouveau niveau de violence, propulsant la production écossaise comme nouvelle définition du terme même de brutalité. Alors que j’étais persuadé que Eyes, le récent projet des gus d’Hexis, allait emporter la palme des riffs les plus débilement convulsifs (Constant, de leur première sortie), Sectioned se permet d’affirmer haut et fort que la vraie convulsion, c’est leur projet. Et d’ailleurs, je ne saurais dire le contraire : entre les blasts beats impromptus et les hurlements saturés du chanteur, il me semble apercevoir le Powerviolence ranger ses guitares pour sortir les potards de noise. Redéfinir les limites, c’est précisément ce qui est fait avec Annihilated. À ce propos, sacrée nouvelle : les limites n’existent pas, et c’est bien pour témoigner cela que notre sujet du jour existe.

A écouter : Starved Lives, Toothgrinder, Beautiful struggle
Sectioned

Style : Chaotic Hardcore
Origine : Royaume-Uni
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