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Biographie

Savage Republic

L'histoie de Savage Republic débute avec quatre musiciens qui se rencontrent à UCLA (la fameuse université californienne) en 1981 et décident de former Africa Corps. Le premier album, Tragic Figures (1982) est donc enregistré sous ce même nom. Le groupe impose d’hors et déjà un style très personnel, empruntant à l’énergie de la toute jeune scène punk hardcore comme à l'indus d’un Eintüzende Neubauten, le tout sur des percussions presque tribales. Le groupe cite comme influences The Jesus Lizard, Black Flag, Throbbing Gristle ou des groupes de la scène Krautrock allemande.

Le nom Africa Corps pouvant être mal interprêté, il leur en fallait un autre. C’est après plusieurs concerts furieux à Los Angeles que le groupe pense à l’adjectif ‘Savage’ (sauvage en français) qui collerait selon eux parfaitement à leur musique. ‘Republic’ provient de l'idée que les membres du groupe s’occupent d’absolument tout eux-mêmes, de la promotion aux artworks en passant par le booking des concerts. Ils retiennent finalement Savage Republic comme nouveau nom.

Jeff Long, le bassiste, quitte le groupe dès 1983 pour se consacrer à un autre projet, Wasted Youth, alors que Savage Republic commence à peine à avoir bonne presse. C'est à Robert Loveless d’intégrer le groupe. Avec ce nouveau line-up Savage Republic entre dans une nouvelle période développe de nouveaux aspects de sa musique. A partir de là, deux nouveaux membres entrent dans le line-up, Greg Grunke et Ethan Port.

Les californiens enregistrent le morceau "Trudge" pour une compilation du label belge Play it Again Sam Records. Une fois la chanson envoyée, le label l’apprécie tant qu’il leur demande d’enregistrer trois morceaux de plus pour un vinyl 10''. C’est ainsi que voit le jour le EP Trudge en 1985. Un nouveau bassiste est recruté, Thom Furhmann. Le groupe enregistre l’album Ceremonial la même année dans un genre assez proche du précédent EP. S’en suit une première tournée en Europe en 1986, sans Robert Loveless, où le groupe enregistre un album live, Live Trek.

Jamahiriya est enregistré en 1988. Il y parait des influences plus variées dont celle de Can revendiquée par le groupe et une dimension de ce que l’on nommera plus tard post-rock plus aboutie que précedemment.

De nouvelles tournées débutent en Europe pour supporter l’album. Deux albums seront enregistrés sur le vieux continent lors de leur passage : un nouvel album live, sobrement nommé Live in Europe ainsi que Customs, dans un studio en Grèce. Pour ce dernier, leur matériel sera bloqué à la frontière et Savage Republic sera contraint d’enregistrer avec les instruments disponibles en studio - des instruments traditionnels - qui donnent sa sonorité toute particulière au nouvel album.

Le groupe se sépare peu après, chacun des membres allant se consacrer à leurs autres projets dont Scenic, qui devient le projet principal de Bruce Licher, adoptant un son relativement proche de Savage Republic, plus atmosphérique.

En 2002, Mobilization Recordings réédite la totalité des albums de Savage Republic, dont Ceremonial + Trudge qui regroupe les deux disques de 1985 avec un nouvel artwork. Un soin tout particulier est apporté aux nouveaux packagings, dont le design et l'ipression sont signés Bruce Licher. S’en suivent quelques dates notamment au festival Beyond the Pale monté par les membres de Neurosis. En 2007, à la surprise générale sort un nouvel EP, Siam, sur Mobilization Recordings et Neurot Recordings, suivi de quelques dates en Europe. Un nouvel album est sorti en octobre 2007 sur Neurot.

1938 ( 2007 )

Dix-neuf longues années, ou presque. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que Savage Republic sorte ce nouvel album. « Presque » parce qu’ils ont donné signe de vie ces dernières années, avec de petites tournées en Europe et aux Etats-Unis. De là à espérer une reformation, il n’y avait qu’un pas. Franchi début 2007 avec un EP, Siam. La confirmation arrive avec la sortie de 1938.

1938 ? La cathédrale gothique de l’artwork, la caserne difforme, le ciel noir et cette date… tout évoque l’Europe de l'avant guerre et la montée du totalitarisme sur tout le continent. L’ambiance de l’album en est imprégnée, 1938 est souvent triste, parfois très froid ("Breslau" et ses percussions glaciales aux faux airs d’Einstürzende Neubauten). On reconnaît sans effort le style particulier de Savage Republic, le son de guitare aigu et résonnant, le jeu de batterie qui porte encore les traces de l’esprit tribal et enragé des débuts. Cependant, force est de constater que ce son a quelque peu perdu du charme qu’il pouvait avoir dans les années 80. Différent donc tout en restant le même.

1938 comporte de nombreuses perles dans des sonorités variées, du post rock aux influences de Godspeed You ! Black Emperor ou Mogwaï marquées ("Song for Rikki"), à la folk ("Marshal Vito") en passant par le style de la plus pure tradition Savage Republiquienne ("Anemone"). Comme Ceremonial ou Customs, l’album est largement instrumental, aux exceptions près de deux morceaux, "1938" et "Torpedo", où la voix déclame avec rage un discours aux allures revendicatives. Le récent Siam laissait envisager le meilleur avec 5 titres de grande classe. Surprise, 4 titres sur les 5 se retrouvent dans la tracklist de 1938. Les californiens ont tout de même eu la bonne idée de mixer ces titres à nouveau, les faisant sonner de manière relativement différente, réussissant le coup de leur donner un tout nouvel intérêt. L’album se termine magistralement sur "Pecking" et sa mélodie orientalisante qui se déroule lascivement, en gardant toujours en tête cette ambiance prenante qui laisse battre la pluie sur les carreaux.

Et puis il y a ce titre de 17 minutes, "Caravan", au beau milieu de l'album. Très franchement, j'étais parti pour en écrire du mal. Ce n'est pas faute de l'avoir écouté et réécouté, mais il paraîssait interminable et pompeux. Par je ne sais quel miracle, ce morceau contemplatif aura finalement eu raison de moi. Il étonne (et effraye) par sa structure, sonne comme une longue improvisation au violon aidée par la batterie qui  tour à tour prend ses accents tribaux et s'en défait, avec une finesse exemplaire. Seulement ce quart d'heure est un quart d'heure de plus à un disque très long (plus de 70 min), et c'est en cela que "Caravan" peut rebutter au premier abord.

En fin de compte, 1938 est un album riche, à l'ambiance extraordinairement travaillée qui sans nécessairement atteindre la classe de l’ancienne époque atteint tout de même des sommets. Inutile d'en dire plus. Une seule certitude, la République Sauvage a encore de beaux jours devant elle.

A écouter : Tout

Ceremonial ( 1985 )

A l’écoute de Ceremonial, la rage primaire de Tragic Figures semble bien loin. Le génie de Savage Republic sur cet album c’est d’avoir noyé la violence dans une poésie contemplative, d’avoir plongé la rage froide du post punk dans la chaleur des sonorités orientales.

Imaginez les meilleures mélodies d’Ennio Morricone sur le post punk d’Echo and the Bunnymen. D’ailleurs, difficile de ne voir aucun rapprochement entre l’artwork de Porcupine d'Echo and the Bunnymen et celui de Ceremonial. Mais au-delà des comparaisons, Savage Republic s’efforce de maintenir une ambiance de rituel, comme une recherche de la transe, dans les vibrations et la texture sonore qu’elles tissent, dans les mélodies qui prennent vie grâce au son - très typé 80’s - qui permet aux guitares de prendre de l’ampleur (le début de "Valetta"). Au côté de la guitare, la basse protège les fondations post punk et le chant a totalement disparu au profit d’un clavier discret qui trouve parfaitement sa place au sein l’instrumentalisation du groupe. Il existe une première version du disque avec du chant, mais Savage Republic a finalement opté pour le tout instrumental qui sied si bien au dépaysement sonore de Ceremonial.

L’empreinte de Savage Republic est indéniable, ne serait-ce que le son de guitare, reconnaissable entre mille. Malgré le sentiment d’apaisement dominant, le danger inhérent au groupe n’est jamais bien loin, il surgit même brusquement dans l’épique "Year of Exile" avec ses explosions mélodiques puissantes, ses percussions tribales et ses cris, comme si les instincts primaires réprimés du groupe avaient cherché des failles tout au long de l’album, prêts à bondir à tout moment. Très fort.

Ceremonial est un disque d’une beauté sans faille, une véritable utopie musicale trop rare. Ceremonial c’est la grandeur, la grandeur des mélodies, la grandeur des espaces et le Moyen-Orient au bout des oreilles. Ne vous privez pas d’exhumer ce petit chef d’œuvre qui à l’instar des autres albums du groupe a été trop vite oublié.


Tracklist : 1. Valetta; 2. Andelusia; 3. Walking Backwards; 4. 1000 Days; 5. Mediterranea; 6. Dyonisius; 7. Ceremonial; 8. Year of Exile; 9. Land of Delusion.

PS : Le disque a été réédité en 2002 par Mobilization Recordings, avec en bonus l’EP Trudge de 1982 pour la première fois sur cd.

A écouter : Valetta, 1000 Days, Year of Exile...
16.5 / 20
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Tragic Figures ( 1982 )

1982. La Californie. Le berceau du punk hardcore, en pleine explosion dans la région, difficile d’éviter la tempête à l’époque. Outre-atlantique une autre révolution a lieu, le post punk apparaît sous l’étendard de Joy Division, influence évidente de Savage Republic. Admiratifs de tout le bouillonnement contre culturel de l’époque, de jeunes étudiants de UCLA montent Africa Corps et se font une réputation grâce à des concerts furieux. Un album, Tragic Figures, voit le jour. Il est considéré comme le premier du groupe sous son nouveau nom, Savage Republic.

Savage Republic fait d’ores et déjà preuve un style très personnel. Si la base de leur son est clairement post punk, difficile de s'arrêter à cela tant leurs influences sont vastes. A une batterie très tribale s’ajoutent des percussions diverses, des sons métalliques, froids, donnant ce quelque chose d’indus. Cette sensation est appuyée par le jeu de basse très rythmé, qui assure un dialogue constant avec le reste des instruments. Le jeu ‘des basses' devrais-je dire, puisqu’elles sont deux. Le charme de Savage Republic doit aussi beaucoup au son de guitare, un peu en retrait, qui sonne aigu et noisy, agressif et très personnel encore une fois.

Tragic Figures reborde d’énergie punk dans des percussions endiablées, certainement le point fort de l’album. Le rendu tribal et quasi-mystique (les cris, les bruits de cérémonies) est plus que saisissant, jusque dans les paroles qui mêlent souvent cet aspect mystique avec des hymnes engagés («Now I’m painting, now i’m painting pictures, but I don’t use a brush, i do it with my fingers […], i’m painting burning buildings» clame Jeff Long en bon prophète sur "Next to Nothing"). Quant au chant, il est punk as fuck, il fait même penser aux Adolescents à certains moments (sur "Real Men", "Flesh that Walks" ou "Machenery"). L’artwork, assez explicite, montre un peloton d’exécution. Vous savez à quoi vous attendre.

L’objet vaut le déplacement, la réédition de 2003 de Mobilization Records est superbe, avec sa pochette pliante en carton recyclé imprimé en rouge, noir et beige. Son design revient à Bruce Licher, le guitariste du groupe. Cette version est également agrémentée de quelques titres bonus de qualité, autrefois disponibles sur divers  7’’. La classe.

Savage Republic en impose sur ce premier disque. Si il y a effectivement ce feeling 80’s palpable, Tragic Figures semble malgré tout ne pas subir les effets du temps. Il constitue le manifeste le plus enragé du groupe et les albums suivants garderont ce son déjà bien marqué pour aller en explorer une facette bien plus contemplative.

A écouter : Real Men, Film Noir, Mobilization, Ivory Coast...