Biographie

Rroselicoeur

Si le post-rock est souvent l'apanage de pays comme l'Islande ou le Canada, la France possède aussi quelques petites perles dans ce style des plus envoûtant. Rroselicoeur est là pour confirmer ces dires.
Fondé par Lou Flanagan, Denis Locar et Sharl-Hot Ganache, Rroselicoeur est né en 1994 dans le but d'exprimer une musique expérimentale sans se soucier de frontières stylistiques ou de quelconques normes.
Doté d'une discographie riche, Rroselicoeur vient d'accoucher de son 3ème album qui confirme "talent" et "maîtrise technique".
"La musique de Rroselicoeur réside dans le bricolage et la manipulation, dans le travail de la matière par la matière (par le mélange essentiel du cerveau, des outils et du hasard) ainsi que dans la maîtrise du son qui n'est, de même, que matière (résultante du mélange).
Rroselicoeur travaille le bruit et le bruit travaille Rroselicoeur (par tous les temps)."

Chronique

Demios Oneiron ( 2004 )

Demios oneiron, 3ème album du trio, inscrit définitivement la musique de Rroselicoeur dans un contexte expérimental aux structures complexes et aux dissonances marquées. Se laisser emporter par les boucles constituant leurs compositions s'apparente à un voyage dans un état de recueillement (un pèlerinage ?!).

On pourra aisément déceler l'influence des plus grandes formations de la nouvelle vague post-rock comme Godspeed, Tortoise, Rachel's, mais de Rroselicoeur s'échappe tout de même une touche très personnelle.
En effet, le trio use de nombreux artifices afin de produire une musique résolument intimiste et caractérielle. Les partitions classiques du violon ou du piano se heurtent à des guitares saturées plaçant souvent les mélodies sur le fil du rasoir. On ressent intensément une impression de fragilité tant les compositions sont chancelantes.
Le groupe joue également avec les intensités de chaque instrument et donne un coté "nébuleux" à l’ensemble. Chaque morceau dévoile ses cartes peu à peu et confère à ceux ci un caractère progressif, voir cinématographique. On pourrait presque qualifier leur musique de "bande son". Le groupe semble d'ailleurs intéressé par la composition d'univers musicaux dédiés à des films. Wait & see !
Les atmosphères et les ambiances créées par l'alchimie des 3 membres sont certes conceptuelles et expérimentales rangeant ainsi leur musique dans la catégorie "peu accessible", mais les émotions transmises sont sincères et toucheront sans aucun doute la plupart d'entre nous. C'est bien là le tour de force de Rroselicoeur : émouvoir avec sincérité à travers une musique complexe.
Le groupe évite les morceaux "trop longs" et parfois ennuyeux, apanage de nombreuses formations du genre. D'une durée de plus de 70 minutes, Demios Oneiron alterne à merveille des compositions aux identités des plus variées. En témoigne des titres comme "La danse des spectres" et son coté "tribal" ou "Etat-Major Marmelade" et ses airs "Rock'n Roll".
Sur scène le groupe est impressionnant de maîtrise et de sang froid. Les mélodies hypnotisent le moindre auditeur réceptif qui, coupé du monde extérieur, n'a pour choix que de plonger dans leurs univers. Pas d'applaudissement entre les morceaux, juste des regards vides et étincelants se croisant quand ils ne sont pas tournés vers les cieux.
Si l'invitation au voyage est bien présente et ma fois fort tentante, certains seront sans doute rebutés par le côtés noisy hérité de Sonic Youth ou de My bloody Valentine ou encore par les aspects répétitifs d'une musique toute en boucles. C'est d'ailleurs pour cette raison que le groupe préfère la dénomination "Free-noise" plutôt que "Post-Rock" de leur musique.

Bref, plus de 70 minutes de flottement en apesanteur bercées par les flux d'énergies issus d'une musique instrumentale, riche et fondamentalement cérébrale, voilà ce qu'est "Demios Oneiron".

A écouter : No twist at the end, La danse des spectres, Rendez-moi mon ombre