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Biographie

Red Fang

Originaire de Portland dans l’Oregon, ces ricains sont velus, ils ont vu et ils ont vaincu. Les Red Fang aiment la bière bon marché et jouent un Stoner Rock bien trempé, aux relents Heavy Metal. Après avoir sorti leur premier album éponyme en 2009, ils ont assuré les premières parties de bons nombres d’artistes en tournée en Europe et aux Etats Unis : Mastodon, The Dillinger Escape Plan, Megadeth, Disturbed, Black Tusk

Leur deuxième album, intitulé Murder The Mountains, est toujours dans la même veine Stoner avec toutefois quelque sporadiques changements. Il est suivi deux ans plus tard par Whales and Leeches. Fin 2016, Red Fang sort Only Ghosts, cette fois-ci produit par Ross Robinson (Korn, Slipknot, The Cure, At the Drive-In...). Ce quatrième LP qui confirme la direction artistique du quatuor, mélange de sonorités Rock, Psyché et Stoner. Après un petit silence discographique (hormis quelques singles et reprises) les gars de Portland reviennent à la tâche et sortent Arrows en 2021, dans une veine plus Grunge et Garage, enregistré à la maison avec Chris Funk, multi-instrumentiste et producteur spécialisé dans la Folk, Country et Rock indé.

Chroniques

Arrows Only Ghosts
15 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Arrows ( 2021 )

Depuis les débuts du groupe à la fin des années 2000 Red Fang a toujours fait figure de vilain petit cousin ivrogne du Stoner Rock Metallisant ricain, plein de dérision mais aussi de talent pour ce qui est de cracher du riff efficace ou de la vicieuse mélodie. Un sommet fut atteint en 2011 avec Murder The Mountains, usine à tubes qui a contribué aussi à la renommée scénique du quatuor, ayant en effet tendance à mettre tout le monde d’accord en direct. La pente s’est orientée ensuite vers plus d’accessibilité, tout en restant fidèle à une écriture travaillée, ce que confirmera Only Ghosts en 2016, un album propre, carré, confortable, mais du coup un peu chiant, sans relief.

Et là, attention, ces boute-en-train paumés au fond de leur Oregon nous ont distillé quelques surprises avec Arrows. Exit la production trop lisse de Only Ghosts, on passe à du sale, du garage, et même du très perturbant à la première écoute. Non ce n’est pas un problème de vos enceintes, le  rendu est volontairement chelou, et pas si mal inspiré que ça a en a l’air, puisqu’en insistant on s’aperçoit de la pertinence du procédé. Le ton du disque est maladif, physiquement et psychologiquement, on le ressent dès le morose et introductif Take It Back, puis le perché Unreal Estate se plante dans la même cible qu’un Melvins en plein trip paranoïaque du coté de Las Vegas. La production renforce cette impression d’évoluer dans la fange mentale, en se vautrant dessus mollement ou bien en organisant des combats de boue non éthylotestés, comme sur l’enthousiaste Arrows

Sur ce terrain Two High explose les compteurs et affiche des guitares en mutation, appuyées sur un groove multifactoriel, tandis qu’Anodyne repart en un feeling « à la Melvins », dans une atmosphère qui suinte le bar miteux, cradingue mais toujours accrocheur du fait d'une écriture équilibrée. La dimension psychédélique semble plus poussée, avec parfois des arrangements qui se dévoilent après plusieurs écoutes. Ainsi l’incroyable orchestration (à base de violons et de cuivres) sur Fonzi Scheme prend un peu de court mais se révèle assez judicieuse pour contredire la crasse ambiante. L’accent est surtout mis sur les guitares, aussi grasses que mélodiquement imparables, elles portent ce Arrows et enroulent le désolé, fatigué Days Collide ou le très Garage / Punk Rabbits In Hives d’un fil saturé obèse.

Puis Why vient nous enjailler un instant avec sa basse littéralement claquée au sol, et nous fait chanter en chœur, ou Dr. Owl administre un puissant sédatif hallucinogène, qui amène tout ce rock’n roll des bas-fonds à tutoyer les frontières du Sludge et de la Noise. Au-delà d’une production beaucoup plus intéressante qu’il n’y parait, le chant, relativement discret derrière basse et guitares, est très varié, passe assez tranquillou du lumineux au crasseux (voire au glaireux), comme c’est le cas avec un Funeral Coach qui se termine beaucoup trop vite.

Arrows c’est treize flèches taillées inégalement, mais qui ont l’audace de sortir Red Fang de sa zone de confort. Le quatuor s’autorise à tenter des trucs, à dépasser les bornes d’un Stoner / Rock qui commençait à ronronner, et se « melvinise » quelque part. Le résultat n’est pas des plus évidents à appréhender, mais on a de bonnes raisons de penser que c’est le genre d’album à se bonifier avec le temps, et on est curieux d’écouter ces titres en concert. Dérangeant au début, grisant à la fin.

Arrows dispo sur Bandcamp.

A écouter : pas forcément bourré.e.
14 / 20
7 commentaires (15/20).
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Only Ghosts ( 2016 )

Malgré la sortie d’un quatrième album en huit ans, le succès commercial (à en juger par leur classement systématique dans le Billboard 200) et une présence quasi-constante sur les routes pour jouer dans des salles pleines Red Fang semble être condamné au statut de première partie des têtes d’affiches auxquelles la formation de Portland est régulièrement associée et qu’elle cite elle-même comme influence : Mastodon ou encore Baroness. Ainsi soit-il. Il y a fort à parier que cet état de fait soit le dernier de leurs soucis.

Ross Robinson (est-il encore besoin de le présenter ?) fait partie des personnalités clivantes du monde musical. Autant adulé que critiqué, son nom reste définitivement attaché à l’essor du Neo-Métal, ce courant que personne ne semble désormais plus assumer. Difficile de faire la part des choses entre l’influence d’un producteur et la volonté d’un groupe mais pendant une bonne partie d’Only Ghosts, jamais la tentation du Rock accessible n’aura été aussi présente. Ce n’est pas comme si la « pop » avait surgi de nulle part pour venir s’imposer de manière opportuniste dans la musique de Red Fang. Il suffit en effet pour cela de se repencher sur les opus précédents, Whales and Leeches et Murder The Moutains, pour trouver nombre de ces pastilles suaves à mi-chemin entre Queens Of The Stone Age et Torche. Mais cette fois-ci, l’impression dominante reste longtemps celle d’écouter un produit calibré alternant de façon un peu trop visible titres catchy (Shadows, Not for You) entraînés par le chant clair d’Aaron Beam (par ailleurs sosie officiel de Seth Rogan) et d’autres, plus sombres, portés par la voix plus rageuse de Bryan Giles. Ce n’est finalement qu’à mi-parcours qu’Only Ghosts se révèle au travers de compositions plus longues et surtout plus complexes délaissant la structure classique couplet/refrain au profit de digressions semblant sortir de sessions de jam improvisées (The Smell of the Sound, I Am a Ghost, Living in Lye).

Rock Catchy, Stoner, Psyché... au final peu importe l’obédience à laquelle chacun cherchera à les rattacher, les gars de Red Fang ne semblent louer qu’un seul Dieu : celui du riff, immuable colonne vertébrale de leurs morceaux. Les habitués pourront peut-être regretter l’absence de prise de risque, le quatuor de l’Oregon se contentant de poursuivre la trajectoire dessinée par leurs précédents disques. Il faut néanmoins reconnaître que lorsque c’est bien fait, il est très agréable et confortable de se retrouver en territoire connu.

A écouter : et à regarder pour savourer leur sens de la dérision