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Biographie

Prurient

Derrière Prurient se cache Dominick Fernow, artiste aux multiples casquettes originaire du Wisconsin. Particulièrement prolifique, l’Américain fait feu de tout bois, n’hésitant pas à sortir deux à trois albums la même année.

Sa musique a pour base la Noise mais s’agrémente parfois d’Indus, de Techno ou de Dark Ambient. Auteur de plus de deux cent albums sous de multiples pseudos et labels, Prurient reste son projet le plus récurent.

En 2013, Prurient s’adoucit un tant soit peu avec Through the Window et récolte dès lors un succès à la fois critique et public. Le plébiscite autour de cet artiste, actif depuis le début des années 2000, lui ouvre alors les portes du label Profound Lore sur lequel il sort Frozen Niagara Falls en 2015, album charnière d’une discographie décidément bien riche.


N.B. : La discographie présentée sur le site n’est pas exhaustive, le nombre étant trop élevé, il s’agit des albums les plus connus/réputés de l’artiste.

Chronique

17 / 20
1 commentaire (18.5/20).
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Frozen Niagara Falls ( 2015 )

Dominick Fernow, seul marionnettiste du très bruyant Prurient, avait surpris son monde l’an passé avec un Through the Window mêlant Techno Industrielle et Dark Ambient, bien loin de la fureur Harsh Noise à laquelle il nous avait habitué. Deux ans après ce succès certain, Frozen Niagara Falls se positionne en porte étendard d’une discographie riche, complexe et surtout sans concessions. Attention aux oreilles.

N’y allons pas par quatre chemins : si la simple idée d’écouter de la Noise vous crispe tel des ongles glissant lentement sur un tableau noir, passez votre chemin. Enfin non, pas tout à fait. Le génie qui caractérise Dominick Fernow lui permet d’attirer à la fois l’amateur et le non initié. Si cela n’a pas toujours été le cas, Frozen Niagara Falls est une longue odyssée vers les profondeurs de son/votre esprit, entre mélancolie et crissements furieux. Auteur de plus de 200 albums à travers une multitude de projets, l’Américain, habitué à sortir plusieurs albums par an, a pris son temps pour concevoir ce nouvel effort. Pour ainsi dire, deux ans d’attente sur l’échelle de Fernow c’est l’équivalent de dix ans pour un nouvel album de Tool. Non, ne pleure pas, ce n’est pas le sujet. Bien entendu, dans le cosmos de productivité où réside son esprit pour le moins alambiqué, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Ici pourtant, chaque seconde composant les quatre-vingt-dix minutes (oui oui) de Frozen Niagara Falls font sens, tel un curieux assemblage où émotion rime avec déconstruction. Prenez l’ambiance du Broken de Nine Inch Nails, la noirceur industrielle de John Carpenter, la folie de Throbbing Gristle et la rage des petits nouveaux sur la scène que sont Pharmakon ou Mondkopf. Secouez bien fort et vous voilà nez à nez avec le Rubik’s Cube du cerveau de Dominick Fernow. Rien que cela.

Ce nouvel effort de Prurient frappe par la dualité fratricide qui le compose. Il parvient à composer une musique à la fois personnelle et émotionnelle (Jester in Agony, Christ Among The Broken Glass), mais aussi fondamentalement brutale et intraitable (Dragonflies to Sew You Up, Traditional Snowfall). L’aridité primaire des bruits, glitchs, samples vient se confronter à une humanité à fleur de peau, entre hurlements sauvages, Spoken Word et douces mélopées au clavier ; le tout régulièrement au sein du même morceau. On y retrouve également par endroits le virage EBM/Techno Indus opéré sur Through the Window, avec des titres comme Shoulders of Summerstones ou Every Relationship Earthrise, donnant à l’ensemble une puissance salvatrice. Frozen Niagara Falls est une œuvre de pulsions Freudiennes, la nomenclature de nos rêves, où l’on peut se retrouver à courir indéfiniment face à un ennemi au visage trouble, avoir une vision horrifique de ses parents, posséder un objet longuement convoité et oser inviter la personne aimée à sortir, le tout dans un espace temps indéfini et avec des personnes qui n’ont rien à faire là. Cette nouvelle offrande de Prurient puise sa force sacrée au cœur de cet entremêlement d’émotions radicales qui se bousculent dans notre esprit lorsque l’on se réveille. Le rêve n’est plus, le possédé disparu, l’ennemi intime aussi, mais l’émotion vive qui faisait battre notre cœur assoupi reste, saillante, perturbante, froide. L’essence de Frozen Niagara Falls, la voilà. Cet album vous pénètre, bouscule vos a priori, vos certitudes, puis laisse une trace indélébile en vous. Comme si vous aviez été forcé à vous contempler dans un miroir, où les seules choses qui ressortent ne sont autres que les aspérités de votre âme, confondues entre bien et mal, là où la vérité éclate.

Dominick Fernow livre avec cet ovni son œuvre la plus intime. La monstruosité insaisissable qui le caractérise d’ordinaire se révèle d’autant plus grâce à l’apport de nuances émotionnelles fortes dans lesquelles l’auditeur se retrouve happé, prisonnier des limbes sinueux de son esprit. À ne pas mettre entre toutes les mains. Pour les autres, bienvenus dans votre enfer.

A écouter : Avec une camisole de force.