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Biographie

Point Mort

En 2017, les parisiens de Point Mort présentent Look At The Sky, un premier EP enregistré avec Sylvain Biguet puis masterisé par Nick Zampiello. Captés live en une seule journée, ses cinq titres, dans des sillons Post-Hardcore, libèrent une violence brute et dessinent une errance labyrinthique déroutante. Très rapidement, les chroniques élogieuses se succèdent et envoient le groupe sur la Main Stage du Motocultor Open Air 2017, sur la tournée du Brutal Fest 2018 (Cuba), puis aux cotés de groupes confirmés (Hierophant, Impure Wilhelmina, Anaal Nathrakh, All That Remains...). La formation y surprend par des prestations sobres, et sans concessions. En 2018, fort de sa première expérience d’enregistrement sans filets, Point Mort retourne en studio, un nouveau chapitre donnant naissance à R(h)ope, sorti en septembre 2019.

Chronique

16.5 / 20
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R(h)ope ( 2019 )

A l'écoute du nouveau EP des parisiens de Point Mort, c'est à l'évidence l'option d'une vision tragique du monde qui semble s’être imposée. Ce tragique, hypothèse de Démocrite et de Nietzsche, de Montaigne et de Clément Rosset, reconnaissance du désordre fondamental de la nature à travers l'acceptation duquel l'être humain perçoit sa propre insignifiance ; ce tragique qui se profile comme la seule façon de considérer les événements qui adviennent ici-bas. Non point comme cette manière « optimiste » qui s'évertue à tout positiver, à nier le malheur et à tout édulcorer afin de pousser l'humain, sournoisement, face à l'évidence de ce qui ne peut être que sa propre erreur : « le bonheur est là, qui te tend les bras... si tu n'es pas heureux, c'est parce que tu ne veux pas l'être ; c'est de ta faute ! » Non point comme cette manière « pessimiste » qui, par un renversement tout aussi caricatural, indexe l'existence humaine à une souffrance perpétuelle et, de facto, décide opportunément que la vie ne mérite même pas que l'on s'y attarde. La vision tragique semble seule disposée à nous dire le monde non pas tel qu'il devrait être, tel que certains voudraient qu'il fût, mais tel qu'il est.

En cinq plages enlevées, Point Mort postule avec R(h)ope pour un tragique truffé de toutes les nuances imaginables. Autour d'une base post-hardcore (Wiara), chaque break rythmique brigue une courte spéculation pour un tragique décliné ; pour une vision plurielle d'une même histoire de la vie qui passe. Les brisures de rythmes – down tempo (Wiara, fin de Precision Chaos), hardcore chaotique (Christopher), noisy (White and violent), post-rock (Christopher), presque grind (la Contre-Addiction) – se révèlent comme autant d'appels à adhérer à la nécessite : il ne sert à rien de vouloir changer ce sur quoi nous n'avons aucun pouvoir, alors les événements sont hachés, cassés, entaillés mais toujours ils se font l'écho d'une même réalité. Celle qui est.

Point Mort ne peut pas ne pas vouloir se référer aux atomistes de la Grèce antique (pas d'ordre, pas de finalité, pas de Créateur) lorsqu'il donne aux breaks et aux changements de rythmes toute la puissance casuelle du « clinamen » épicurien, mais le groupe parisien excelle à ce point dans l'art de restructurer les hasards que le résultat donne à entendre une partition tragique réanimée par un souffle presque incréé.

R(h)ope est un album truffé de trouvailles musicales, tel ce glissando de guitare à contretemps sur l'outro de La Contre-Addiction, mais ce sont les vocaux de Sam qui marquent le yin et le yang de ces cinq titres puissants de vie et de mort. La chanteuse enchaîne, quelquefois d'une syllabe à l'autre, des vocaux clairs, grunt, screamo, noisy... avec une aisance à rendre jalouse la pourtant merveilleuse Caro Tanghe de Oathbreaker. Sur La Contre-addiction – nouveau mètre étalon du groupe où le travail sur les lyrics (français et anglais) est remarquable – à partir de la deuxième minute, elle réalise l'exploit d'agréger, en à peine soixante secondes, tous les styles lyriques dont elle dispose avec une virtuosité telle que l'auditeur n'imagine pas tout de suite que ce qu'il vient d'entendre n'est ni plus ni moins que la nécessité pure ; sur Precision Chaos, ses vocaux font tout, par exemple entre la deuxième et la quatrième minute, et donnent l'impulsion d'un autrement et d'un ailleurs tandis que la rythmique demeure la même... Ou comment un changement de style vocal radical peut donner l'impression de changer la musique et donc de changer la façon de vivre l'événement... C'est aussi cela la « beauté tragique », cette manière de s'adosser aux doubles de soi, aux doubles de l'autre pour accepter la radicalité du réel. Pour vivre cette évidence et refuser toute consolation salvatrice et illusion associée.

Après tout, entre l'espoir et la corde pour se pendre, il n'y a qu'un « H »...

Brillant.

Point Mort

Style : Post-Hardcore
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Origine : France
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