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Biographie

Point Mort

En 2017, les parisiens de Point Mort présentent Look At The Sky, un premier EP enregistré avec Sylvain Biguet puis masterisé par Nick Zampiello. Captés live en une seule journée, ses cinq titres, dans des sillons Post-Hardcore, libèrent une violence brute et dessinent une errance labyrinthique déroutante. Très rapidement, les chroniques élogieuses se succèdent et envoient le groupe sur la Main Stage du Motocultor Open Air 2017, sur la tournée du Brutal Fest 2018 (Cuba), puis aux cotés de groupes confirmés (Hierophant, Impure Wilhelmina, Anaal Nathrakh, All That Remains...). La formation y surprend par des prestations sobres, et sans concessions. En 2018, fort de sa première expérience d’enregistrement sans filets, Point Mort retourne en studio, un nouveau chapitre donnant naissance à R(h)ope, sorti en septembre 2019.

Chroniques

Pointless R(h)ope

Pointless ( 2022 )

Enfin. Après deux eps plus que convaincants (Look At The Sky en 2019 et R(h)ope en 2019) et surtout des performances formidables en live, le premier album de Point Mort est là. Découverte au Motocultor 2017 grâce au tremplin, la bande n'en n'était qu'à ses balbutiements. Des musicien.ne.s jeunes mais au talent indéniable, capables de faire bouger un public de festival un dimanche après-midi. C'était déjà un exploit. Mais au-delà du travail sur la composition, qui était classique mais efficace, c'était l'énergie dégagée par Point Mort qui m'avait saisi ce jour-là et que j'avais hâte de retrouver sur un long format, les deux eps m'ayant laissé sur ma faim depuis ce dimanche d’août.

Après une nouvelle prestation exceptionnelle en septembre 2021 au festival Metal On The Beach, le groupe est revenu droit dans mon collimateur avec l'annonce de Pointless... qui nous intéresse aujourd'hui. Alors que le visuel est coloré, presque chatoyant, la musique qui l'accompagne est bien plus lugubre. Pointless... est une œuvre puissante et viscérale, qui mise tout sur le ressenti comme doit le faire un bon disque de Post-Hardcore.

Attention, l'aspect technique est loin d'être négligé ici : de nombreux breaks et changements de tempos attestent d'une belle maîtrise de la rythmique. Point Mort aime prendre le contre-pied, varier les plaisirs : passer d'un pont punkisant à un couplet sludge, initier un refrain rock et terminer sur un riff hardcore. On ressent, malgré ces nombreuses embardées, que Pointless... reste dans la bonne direction avec une musique personnelle et inspirée, réfléchie et intense. Plus encore que les parties guitares tantôt lancinantes, tantôt discordantes, c'est la voix de Sam qui dicte le ton et fait la pluie et le beau temps. On retrouve les alternances de chant crié et de chant clair, ces cris déchirants qui foudroient le cœur de par leur justesse et leur vérité. C'est précisément dans les moments les plus extrêmes que Point Mort réussit des exploits, que le groupe brille de mille feux comme un phare au milieu d'une mer déchaînée. Et lorsque le calme revient, on n'attend qu'une chose : le retour des ennuis, des mauvais jours, des nuages sombres.

Pourtant, il est évident que les instants plus Rock sont nécessaires. Ils sont logiquement amenés par les compositions, ils apparaissent d'eux-mêmes. Mais la justesse de ces interludes semble en-deçà de ce que savent faire le groupe quand la colère et le désespoir déferlent. Les interventions en voix claire ne manquent pas de pertinence pourtant : les chœurs notamment apportent une chaleur et une texture rassurante qui contrastent joliment avec la majorité de Pointless... C'est peut-être la seule réelle faiblesse de ce disque : un écart trop grand des performances vocales et de ce qu'elles racontent. Côté instrumental, Point Mort se montre plus sagace mais plus convenu, aussi. Les titres passent et on attend une réelle surprise qui ne se montre pas. C'est beau, c'est bien joué, bien mixé. C'est inspiré, c'est parlant, c'est entraînant. Il manque juste le grain de folie, la radicalité qui siérait hypothétiquement au quintet.

Reste à se rappeler que Pointless... n'est que leur premier album et qu'en tant que tel il pose des bases solides pour l'avenir du groupe. Bon voyage à eux et on espère à très vite dans toutes les salles de France et pourquoi pas, d'Europe.

16.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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R(h)ope ( 2019 )

A l'écoute du nouveau EP des parisiens de Point Mort, c'est à l'évidence l'option d'une vision tragique du monde qui semble s’être imposée. Ce tragique, hypothèse de Démocrite et de Nietzsche, de Montaigne et de Clément Rosset, reconnaissance du désordre fondamental de la nature à travers l'acceptation duquel l'être humain perçoit sa propre insignifiance ; ce tragique qui se profile comme la seule façon de considérer les événements qui adviennent ici-bas. Non point comme cette manière « optimiste » qui s'évertue à tout positiver, à nier le malheur et à tout édulcorer afin de pousser l'humain, sournoisement, face à l'évidence de ce qui ne peut être que sa propre erreur : « le bonheur est là, qui te tend les bras... si tu n'es pas heureux, c'est parce que tu ne veux pas l'être ; c'est de ta faute ! » Non point comme cette manière « pessimiste » qui, par un renversement tout aussi caricatural, indexe l'existence humaine à une souffrance perpétuelle et, de facto, décide opportunément que la vie ne mérite même pas que l'on s'y attarde. La vision tragique semble seule disposée à nous dire le monde non pas tel qu'il devrait être, tel que certains voudraient qu'il fût, mais tel qu'il est.

En cinq plages enlevées, Point Mort postule avec R(h)ope pour un tragique truffé de toutes les nuances imaginables. Autour d'une base post-hardcore (Wiara), chaque break rythmique brigue une courte spéculation pour un tragique décliné ; pour une vision plurielle d'une même histoire de la vie qui passe. Les brisures de rythmes – down tempo (Wiara, fin de Precision Chaos), hardcore chaotique (Christopher), noisy (White and violent), post-rock (Christopher), presque grind (la Contre-Addiction) – se révèlent comme autant d'appels à adhérer à la nécessite : il ne sert à rien de vouloir changer ce sur quoi nous n'avons aucun pouvoir, alors les événements sont hachés, cassés, entaillés mais toujours ils se font l'écho d'une même réalité. Celle qui est.

Point Mort ne peut pas ne pas vouloir se référer aux atomistes de la Grèce antique (pas d'ordre, pas de finalité, pas de Créateur) lorsqu'il donne aux breaks et aux changements de rythmes toute la puissance casuelle du « clinamen » épicurien, mais le groupe parisien excelle à ce point dans l'art de restructurer les hasards que le résultat donne à entendre une partition tragique réanimée par un souffle presque incréé.

R(h)ope est un album truffé de trouvailles musicales, tel ce glissando de guitare à contretemps sur l'outro de La Contre-Addiction, mais ce sont les vocaux de Sam qui marquent le yin et le yang de ces cinq titres puissants de vie et de mort. La chanteuse enchaîne, quelquefois d'une syllabe à l'autre, des vocaux clairs, grunt, screamo, noisy... avec une aisance à rendre jalouse la pourtant merveilleuse Caro Tanghe de Oathbreaker. Sur La Contre-addiction – nouveau mètre étalon du groupe où le travail sur les lyrics (français et anglais) est remarquable – à partir de la deuxième minute, elle réalise l'exploit d'agréger, en à peine soixante secondes, tous les styles lyriques dont elle dispose avec une virtuosité telle que l'auditeur n'imagine pas tout de suite que ce qu'il vient d'entendre n'est ni plus ni moins que la nécessité pure ; sur Precision Chaos, ses vocaux font tout, par exemple entre la deuxième et la quatrième minute, et donnent l'impulsion d'un autrement et d'un ailleurs tandis que la rythmique demeure la même... Ou comment un changement de style vocal radical peut donner l'impression de changer la musique et donc de changer la façon de vivre l'événement... C'est aussi cela la « beauté tragique », cette manière de s'adosser aux doubles de soi, aux doubles de l'autre pour accepter la radicalité du réel. Pour vivre cette évidence et refuser toute consolation salvatrice et illusion associée.

Après tout, entre l'espoir et la corde pour se pendre, il n'y a qu'un « H »...

Brillant.

Point Mort

Style : Post-Hardcore
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Origine : France
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