Biographie

+/- (Plus/Minus)

James Baluyut : Chant/Guitare/Clavier
Patrick Ramos : Chant/Guitare/Clavier 
Chris Deaner : Batterie/Chant/Clavier

+/- {Plus/Minus} est tout d'abord un projet solo initié en 2001 par James Baluyut, frère de Ed Baluyut, et tous deux membres de Versus. Durant un an, James écrit, compose, arrange afin d'enregistrer un premier album éponyme paru en 2002 via Teenbeat Records (Gamma Rays, Flin Flon,...). Pat Ramos et Margaret McCartney lui donnent un coup de pouce sur ce disque, mais ce dernier reste malgré tout 'son' bébé puisqu'il y fait quasiment tout. Finalement, il recrute ses deux comparses actuels, Pat et Chris, peu après l'enregistrement, et ce pour un contrat longue durée; ensemble, ils sortent un premier EP, Holding Patterns, en 2004, suivi quelques mois plus tard par un deuxième full length : You Are Here. Une tournée japonaise se profilant à l'horizon, le trio décide d'éditer prématurément leur troisième opus, Let's Build A Fire, en 2006, avant de le remanier quelque peu après la signature d'un contrat avec Absolutely Kosher Records (The Wrens, Xiu Xiu,...), qui réédite l'album au mois d'octobre de cette même année.

You Are Here (rééd.) ( 2008 )

Une réédition donc. Un CD de faces B, composées en même temps que l'album, en 2004, qui permet de ressortir You Are Here avec un disque bonus en patientant jusqu'à l'automne et Xs on Your Eyes, la prochaine galette du groupe. La question est, bien sûr, immédiate: est-ce que ça valait vraiment le coup?

Sans se le cacher, You Are Here est, à la base, un album tout ce qu'il y a de plus sympathique dans sa catégorie indie, riche en trouvailles et en petites choses qui font la différence face à un album lambda. La principale, et la plus notable, étant la tendance à éviter la rythmique 4/4 et à ciseler ses morceaux afin de mieux faire ressortir les mélodies et donner un ton spécifique à chaque morceau. "Ventriloquist", qui ouvre l'album, fait la part belle à la basse "dancy" et la batterie façon percus. Une belle entame qui va trouver écho sur "Surprise!" ou encore "Cutting Out" qui jonglent avec une même logique entrainante.
+/- fait également la part belle aux claviers en sachant toujours garder l'équilibre nécessaire, comme sur "Scarecrow" qui mêle la douceur de l'electro au choc des guitares avant de finir sur une explosion électrique tendue comme il se doit. Une maîtrise, couplée à un sens du rythme, qui permet de varier les effets et de apporter le petit truc qui fait la différence sur chaque piste.

Finalement, il pourra être fait à You Are Here le reproche qu'avait mentionné mon camarade sur Let's Build a Fire, en un peu plus appuyé, à savoir: des références un peu trop présentes pour sonner originales et bien intégrées. "She's Got Your Eyes" ou "Here We Are (Again)" renvoient platement à Ben Gibbard et DCFC au risque de casser la dynamique générale des compositions. La fin du disque est du même accabit, perdant progressivement en intensité pour pouvoir marquer définitivement les esprits.

Le CD bonus fonctionne comme un reflet de l'album et indique bien l'état d'esprit de ces sessions d'enregistrement. D'un côté, des balades tout ce qu'il y a de plus classiques, correctement jouées, et de l'autre des morceaux plus inventifs, cassés rythmiquement ("I Have Been Lost"), plus lâchés ("Waking Up Is Hard To Do" et, plus globalement, la fin de ce second disque). Sans trop de surprise, on y retrouve des chansons qui auraient pu figurer en faces A mais abandonnées... peut-être pour éviter le trop plein?

Quoi qu'il en soit, voilà un bel inventaire à la Prévert que cette réédition pour l'été qui reprend point par point les + et les - (désolé, collègue, c'est le passage obligé) de Plus/Minus pour mieux démontrer, malgré de petites imperfections, la marge de manoeuvre d'un groupe, encore jeune et plein de promesses.

A écouter : Ventriloquist - Surprise! - Scarecrow - Waking Up Is hard To Do - Back and Forth
11.5 / 20
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XS on Your Eyes ( 2008 )

Avouons-le, jusqu'à présent, il était facile de faire de +/- (Plus/Minus) le fils à papa, un peu rebelle mais au final plutôt gentil. Eduqué mais pas formaté. Le groupe new-yorkais avait beau s'être infusé par sachets de 24 toute la discographie de Death Cab for Cutie jusque Transtalanticism, il lui restait un brin d'originalité bien placé que le trio s'amusait à moucheter sur quelques passages arythmiques frais et bienvenus. La réédition de You Are Here cette année venait se poser comme le dernier argument en date relativement convaincant pour défendre le groupe.

Il appartient alors à XS on Your Eyes de donner une impulsion nouvelle, d'hausser le ton et de se détacher du cocon paternel pour apprendre à brancher son ampli soi-même. Quoi de plus mystérieux que cette pochette sombre mais charnelle qui remplace le vert des pâturages de son prédécesseur? Quoi de plus intrigant que cette intro toute en douceur sur "Tired Eyes" brusquement tirée de son ambiance mélancolique par un allant guitaristique efficace et motivant? On croit même s'enthousiasmer sur certains passages, cuivres en prime, sur "The Queen of Nothing". Las! Le morceau termine déjà qu'on se demande encore quand il osera le grand écart. La suite n'est malheureusement que trop connue, l'ombre du géniteur en filigrane. Si la voix s'affranchit enfin de la ressemblance marquée avec Ben Gibbard (de DCFC), peut-être pas pour le meilleur tant elle perd en émotions, tout le reste semble n'être qu'un désir froid de bien faire, correctement exécuté mais peu enthousiasmant ("Snowblind", "Marina"). Mélancolie mal exprimée, course à la nostalgie en vain.

Sans se méprendre, si +/- n'apporte pas, sur ce nouvel opus, le déclic qu'on avait espéré (qui n'est au fond peut-être que le fruit d'une imagination égoiste), et qu'il balise de mille drapeaux un terrain connu, il reste un disque de genre plaisant, grâce notamment à la batterie qui s'efforce d'émerger en variant ses approches et à quelques éclairs d'une inspiration faussement ingénue qui soulagent qui prennent la forme de refrains catchy que la tête suit volontiers en rythme ("XS on Your Eyes", justement, dont le jeu rebattu du refrain fonctionne).

Malgré tout, bilan mitigé et le sentiment malheureux que le groupe a raté le coche, le train vers l'aventure, préférant se conforter auprès d'une valeur sûre. On se consolera, somme toute, en se disant que ce n'est pas si grave.

XS on Your Eyes est sorti le 21 octobre sur Bone Voyage / BB Island en France et distribué par Differ-ant.

La note de You Are Here a été rehaussée, a posteriori suite à cette chronique.

A écouter : Moui

Let's Build A Fire ( 2006 )

Au-delà du fait que les signatures Absolutely Kosher se révèlent être des curiosités aussi intrigantes les unes que les autres, l’autre grand mérite du label réside sans conteste possible dans son rôle de passerelle qu’il a joué entre Ace Fu Records et Touch & Go Records, au bénéfice de Pinback. Et si, dans le cas de +/-{Plus/Minus}, la première condition  est clairement remplie, ne serait-ce que du fait de son patronyme, la seconde est, quant à elle, tout ce que nous pourrions souhaiter de meilleur au groupe.

Ce Let’s Build A Fire se doit d’être, espérons-le tout du moins (ou plus ?), signe de consécration pour +/-. Si les claviers paraissent très présents au sein du line-up, il n’en est rien musicalement. Les morceaux sonnent d'une façon dépouillée à première écoute: deux guitares, une batterie, rien de révolutionnaire. En revanche la sincérité, et l’efficacité des mélodies sont limpides ; chaque titre sonne comme le résultat d’une réflexion très poussée sur la place de chacun des membres, mais pas seulement. Au fil des 13 pistes que compte l’album, pas un morceau ne recèle pas ‘sa’ petite touche personnelle, bien à lui et ce, en invitant quelques autres comparses à jouer de concert : piano ("Summer Dress 2 (Iodine)"), shamisen ("The Important Thing Is To Love"), basse fuzzée ("Steal The Blueprints"), sans oublier la batterie rangée parfois à la cave pour lui préférer le laptop, ou bien encore le couple violoncelle / xylophone sur "Ignoring All The Detours" pour un résultat que n’aurait pas renié Mark Linkous (Sparklehorse, Denali,…). Cela étant, d’autres références vous viendront à l’esprit, les plus marquantes s’en réfèreront aux différents chants évoquant tantôt Roddy Womble (Idlewild), tantôt Thom Yorke (Radiohead) et, surtout, Ben Gibbard (Death Cab For Cutie, The Postal Service). Ce dernier point pourrait contrarier les auditeurs les plus férus de Gibbard, tant la ressemblance est grande, et pas seulement vocalement. Musicalement, Let’s Build A Fire s’avère être un vrai condensé de ces deux univers. Raccourci un peu facile s'il en est. Mais comme pour Sparklehorse, une toute autre référence aurait pu être faite dès l’ouverture ("Let’s Build A Fire"), avec Cursive cette fois .

Tout cela n'enlève rien au génie des mélodies qui, lui, ne trompe pas ; passe encore si l’auditeur était en face de bêtes enchaînements couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain, mais dans le cas présent, +/- a l’art et la manière de jouer, notamment du stop & go ("One Day You'll Be There",...), avec parcimonie et surtout brio. Alors avis aux auditeurs en mal d’étonnement, de diversité et de minutie, ce disque est pour vous...

Télécharger : "Steal The Blueprints"
Voir : "Fade Out"; "Steal the Blueprints"

A écouter : avant que le brasier ne se propage sur les ondes !