Biographie

Plug

Plug, est un des multiples alias sous lesquels le producteur anglais Luke Francis Vibert explore la musique électronique depuis le milieu des années 1990.Bien que n'étant pas - et de loin - le projet avec lequel il est le plus prolifique c'est sous ce nom qu'il se fait véritablement connaitre en produisant Drum'n'Bass for Papa en 1996. Ouvre majeure sur la scène électronique anglaise alors locomotive mondiale des mouvement Jungle puis IDM, il faudra néanmoins attendre pas loin de dix ans pour retrouver trace d'une nouvelle sortie, puis encore cinq avant qu'un second album (Back On Time) ne lui fasse  suite dans le catalogue de Plug.

Vibert qui a collaboré avec Squarepusher, Aphex Twin ou encore µ-Ziq a aussi produit en son nom et sous une multitude de pseudonymes (Wagon ChristThe Ace of ClubsAmen Andrews...) une discographie imposante.

Chronique

17.5 / 20
0 commentaire
logo amazon

Drum'n'Bass for Papa ( 1996 )

Une fois n'est pas coutume, démarrons à l'envers: Drum'n'Bass for Papa est un disque charnière qui mérite l'oreille des convertis et des plus curieux, peut enchanter un paquet de réfractaires comme il glissera sur les allergiques les plus convaincus. Tant pis ou tant mieux. La démarche de Plug, comme celles d'un Squarepusher, Richard D. James (Aphex Twin), d'Autechre ou de Wolfgang Voigt (Gas) à la même époque n'ont rien de particulier à envier sur le concept à nombre de formations que l'on se plait à qualifier d'extrêmes en terme de jusqu'au boutisme et dans la recherche des limites. Passé cet état de fait, le reste est de l'ordre des considérations subjectives et préférences personnelles. Car, Luke Francis Vibert, avec ce disque, dans sa sphère et au regard de l'ensemble de son oeuvre, s'impose clairement comme un grand malade talentueux.

A une période où Techstep et Jungle font de petits miracles et posent les bases d'un style par la suite vampirisé par l'explosion Drum&Bass des années 2000, Drum'n'Bass for Papa, à l'image du Devious Methods que signe Hive quelques temps plus tard, avait tout de même de quoi faire figure d'ovni. Savant, ambiancé et récréatif, captivant, tout en contrastes il fait partie de ces œuvres s'étant alors immiscé dans des interstices encore peu explorés par une scène alors en plein boom qui se démarque par sa curiosité et son inventivité et dont Vibert se révèle ici comme un des pourvoyeurs les plus talentueux.
Techniquement dingue, bourré de breaks insaisissables, Drum'n'Bass For Papa reste néanmoins, avant toute autre chose, un disque à la musicalité foisonnante mais délicate, menée par des mains expertes qui se refusent à secouer les sens trop violemment, préférant démêler les nœuds qu'elles prennent un malin plaisir à tisser au long de progressions subtiles à coups de samples ingénieux et de sonorités feutrées ("Cut", "Drum'n'bass for Papa"). S'il est impossible de prétendre avoir saisi Drum'n'Bass for Papa à la première comme à la  dixième écoute, l'expérience ne s'en révèle pas moins captivante au bout de quelques minutes seulement. Loin d'avoir à rougir face aux envolées atmo' de l'écurie Good Looking Records sans jamais vraiment y toucher ("Subtle (in your face)"), Funk et entraînant, jazzy tout en laissant Roni Size&Reprazent ou E-Z Rollers se tailler la part du lion d'un festin auquel il ne prend pas vraiment part à trop martyriser ses mélodies et briser ses rythmiques, Plug abat un travail harassant de défricheur dans des contrés depuis sans cesse revisitées bien que trop rarement abordées avec une oreille aussi affûtée.
Derrière chaque break, chaque snare, chaque sample lâché: l'inattendu. Un inconnu peuplé de sonorités venues des quatre coins du spectre musical, copié mille fois sans approcher du niveau de maîtrise alors atteint. Ce que d'autres continuent de découvrir et d'exploiter, Luke Vibert l'a façonné ou déjà sublimé sur ce disque (viens te frotter à "Maker of All" si tu l'oses Asian Dub Foundation). Les années passent mais toujours demeure le sentiment à l'écoute de Durm'n'Bass for Papa d'être en présence d'une oeuvre résolument révolutionnaire et futuriste au point de vieillir plus que de raison les travaux de pionniers tels que 4 Hero ou LTJ Bukem datant de la même époque. En mettant un travail de fond titanesque au service d'une approche résolument ludique et d'une légèreté de ton désarmante ("Delicious", "DBC"), Plug incarne comme peu d'autres le credo naissant de l'Intelligent Dance Music.

"Quand tu allais on revenait" déclamait une bande de marseillais quelques mois plus tard dans nos contrées - alors nettement moins versées dans les choses de la musique électronique que nos voisins sur l'autre rive de la Manche. Une analogie peut être tordue mais relativement évidente au regard de ce que Vibert lègue à la postérité de la scène qui l'a vu éclore avec Drum'n'Bass for Papa. A la différence près qu'il ne s'est jamais reposé sur ce constat, préférant continuer à aller de l'avant serait-on tenté d'ajouter.

Il est à noter que Drum'n'Bass for Papa a fait l'objet de plusieurs éditions. La version regroupant l'album et les 3 premiers maxis de Plug sortie par Nothing Records (label de Trent Reznor) propose ainsi une tracklist alternative qui n'est pas celle de l'original édité par Blue Angel Records.

A écouter : Drum'n'Bass for Papa