Biographie

Pile

Élevés dans les années 90, les trois gaziers de Pile unissent leurs force au sein d'un projet commun du coté de Boston au beau milieu delà décennie suivante. Naturellement porté vers les guitares mugissantes c'est pourtant sur le terrain acoustique que Pile fait sa première apparition sur support physique, laissant percevoir par la même occasion un talent de composition certain et une large palette d'influences allant du Blues au Noise Rock en passant par le Grunge et le Post Punk.
La tendance est confirmée l'année suivante avec Jerk Routine, seconde sortie auto-produite qui en amène rapidement une troisième, toujours plus maîtrisée: Magic Isn't Real.
Bien installé dans la scène underground locale et suscitant un enthousiasme grandissant, c'est à huit mains que Pile signe chez Exploding In Sound Records (Disco DoomKrill...) son quatrième disque s'offrant une nouvelle visibilité.

Chronique

15.5 / 20
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Magic Isn't Real ( 2010 )

This is Boston, not L.A. A l'époque (1982) la capitale du Massachusetts et tout ce qu'elle pouvait comporter de musiciens adeptes des circuits secondaires affichait avec force l'indépendance et la vitalité de sa scène locale. A raison car les plus belles pages de son histoire musicale se sont bien souvent écrites dans la fureur. Puis le temps a passé. La pellicule de sueur et de sang a séché et, même si les mighty Have Heart, entre autres, sont bien repassé par là depuis, les choses se jouent désormais ailleurs. Chez Pile par exemple. Car s'il ne viendrait aujourd'hui à personne l'idée de chercher à faire remonter l'arbre généalogique du trio en ligne droite jusqu'à et SS Decontrol ou The Proletariat, il flotte autour de ce second album une ambiance urgente qui ne nous est pas tout à fait étrangère.

Et pour cause: en dépit de son introduction gentillette, Magic Isn't Real n'est pas de ces disques qui cachent leur jeu bien longtemps. Tout juste brouille-t-il les pistes - certainement moins pour le plaisir de jouer au plus malin que parce que cet "Uncle jill" aux deux visages définit d'entrée le style de Pile. Instable, mélodique, bruyant et insatiable. Ainsi, alors que l'impasse se fait sentir un peu partout au bout d'une décennie d'explorations tous azimuts et que le revivalisme pointe le bout de son gros nez, les américains trouvent en fin de cycle une voie bien à eux au milieu du trafic surchargé des musiques indé hyperamplifiées. La formule choisie est aussi alambiquée dans sa mise en place faite de soubresauts incessants que simple à comprendre: les gaziers vont picorer où bon leur semble autour d'une base ni vraiment Indie - car trop bruyant - ni tout à fait Post Hardcore - car trop Pop - dans une formation power trio resserée (le groupe s'est étoffé d'un second guitariste depuis). Croiser une greffe d'Unwound ou de Shiner au détour de mélodies troussées à l'envers façon Polvo n'a ici rien de moins surprenant que d'y surprendre les mélodies saisissantes de Dino Jr. en train de fricoter avec la tension de Fugazi pendant que Chokebore s'éclate en arrière plan avec Pixies. Le tout saupoudré d'une fureur sourde toujours prompte à refaire surface lors d'éruptions rageuses foudroyantes ("Leeve", "Sweat Lodge", "Pets").
On salue d'ailleurs  au passage Rick Maguire pas moins agile lorsqu'il donne de la voix dans un registre débridé, viril et tendu que dans son jeu de cordes noisy élastico-explosif, véritable signature d'un Magic isn't Real déjà pas à plaindre coté section rythmique. De montées progressives tendues en revirements mélodiques admirablement menés Pile conduit même son affaire jusque non loin de rivages depuis (re)conquis par Cloud Nothings ("Two Snakes", "Octopus"), sans jamais renier ses élans Garage et grungisants incessants (le bien nommé "Number One Hit Single", "Away in a rainbow!") qui le démarque autant des cargaisons de groupes noisy que l'Oncle Sam continue de produire en flot continu qu'elle l'élèvent quasi instantanément au niveau d'autres marginaux enfants des 90's et adeptes de l'infiltration Blues/Garage/Rock au cœur de leur culture Noisy/Post-Hardcore: The Icarus Line

S'il ne fallait retenir qu'une chose concernant ce disque bouillonnant c'est que malgré une carte de visite longue comme le bras il reste avant tout un album Rock rugueux, aventureux, franc et survolté. Des attributs que l'on serait en droit d'attendre d'une formation lorgnant vers les plaines du Rocking Hardcore et que Pile, sans tuer le père - cette foutue base farouchement Indie qui ne refuse de disparaître sous les hurlements - s'approprie sans forcer pour les faire tourner à plein régime. Magic Isn't Real qu'ils disent. Au regard du nombre de passages sur la platine qu'est capable d’enchaîner ce troisième LP sans afficher le moindre signe de fatigue, on est en droit d'en douter. This is Boston, inutile d'aller chercher plus loin.

Cet article ne comporte volontairement aucune référence (évidente) à Nirvana.