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Biographie

Pianos Become The Teeth

Formé à l’automne 2006, Pianos Become The Teeth se décrit comme un “emotional hardcore band from Baltimore". Sur la scène pour la première fois à l’hiver 2007, le quintet alterne par la suite concerts et enregistrements, sans relâche, ce qui débouche sur un EP Saltwater (2007), un split avec Ezra Joyce (2008) et un full-length, Old Pride, durement composé et sorti en Juin 2009 via Black Jaw Records.
Après une tournée avec Touché Amoré et Lemuria, le combo accouche d'un split avec The Saddest Landscape puis d'un second opus, The Lack Long After. Les titres y sont décris comme plus lourds et sombres, loin d'une version "bis" du premier album. Pianos Become the Teeth confirme son virage musical en 2014 avec Keep You, bien loin des débuts aux influences screamo.

Wait For Love ( 2018 )

Faut bien avouer que 2018 démarre sur les chapeaux de roues. Entre les sorties de Black et d’Emo / Hardcore mélodique / Post-Hardcore (bref, disons la musique émotive pour englober plus large), on est vraiment servit, j’en veux pour preuve le prochain Casey  qui commence doucement à être publié. Je reviendrais sûrement sur Where I Go When I’m Sleeping dans une prochaine chronique, car aujourd’hui c’est une de leurs principales influences qui va nous intéresser, j’ai nommé Pianos Become The Teeth.

Pour ceux qui liraient ce papier sans connaître le groupe, vous devez savoir que leurs précédentes sorties comptent parmi les pierres angulaires de la scène screamo actuelle (ou peut être est ce seulement dans ma tête). C’est en particulier The Lack Long After  qui a marqué sa génération : cathartique, torturé et introspectif, il exposait la foule d’affects divers dérivants de la mort d’un parent. C’était un skeud vraiment intense, au chant Screamo d’une maîtrise parfaite, oscillant suffisamment dans les aigus pour faire ressortir la tristesse et l’émotion des paroles. A celui ci succéda Keep You, héritant des passages criés de son prédécesseur, mais également de nouvelles (?) influences typée Post-Rock, nous plongeant dans un énième néologisme que j’ai nommé " Post-Emo ". Doux, évasif mais tout aussi émotif que son parent très Screamo, c’était encore une fois un sans faute pour les américains. Autant vous dire qu’après deux pareils albums, Wait For Love, notre sujet du jour, était solidement attendu au tournant.

Autant être cash à ce sujet : la formation américaine a de nouveau tapé dans le mille. Les débats avaient commencé dès le publication de Charisma, premier extrait de l’album. Il nous présentait un Pianos Become The Teeth qui avait effectué sa transition entre post rock et son ancien style, quelque chose de plus posé, de plus mélodique. J’avoue que personnellement, j’espérais réellement que c’était le retour du chant violent et intense de Kyle (le chanteur, vous l’aurez deviner), mais il faut dire que la formation a effectué une transition qui n’est pas des moindres.

Bon déjà, il convient d’oublier les éléments et la structure musicale de The Lack Long After. Disparus les breaks terribles et dévastateurs de Shared Bodies, les rythmiques rapides et martelées par un batteur hyperactif. On oublie également les riffs cinglants du Post-Hardcore / Screamo, mais surtout on efface toute éventualité du retour d’un chant extrême. Il y a en ce point précis deux profils types d’auditeurs du groupe. On passera ceux à qui le groupe est inconnu car ils prendront Wait For Love comme tel ; mais pour ceux qui étaient de gros fans des précédents, c’est un pas à franchir que d’abandonner le passion sulfureuse des débuts de Pianos Become The Teeth

Mettons d’abord un terme sur le style musical désormais déployé par la formation. On pourrait ainsi parler d’Indie Rock, une musique relativement radieuse, toute aussi émotive mais plus de la manière si pessimiste que l’on connaissait aux précédentes sorties. Ici, nous avons d’avantage à faire à des morceaux énergiques, aux riffs bien plus doux, toujours accompagnés de la voix superbe de Kyle. Loin de tout chant extrême, c’est désormais un chant 100 % clair qui est proposé. Mais il n’est pas linéaire et lassant comme ça peut l’être dans d’autres formations. Le chanteur possède toujours la maîtrise qu’on lui connaissait, sachant faire varier comme il se doit sa voix. C’est ainsi qu’on retrouve des passages au tempo changeant très rapidement comme pour le refrain de Love On Repeat. La violence des cris laisse désormais place à la passion et la constance des longues lignes de chant claires (« Mercy now, mercy now bloooooood... » sur Bitter Red) .

On pourrait d’ailleurs développer un peu plus l’analyse de ce superbe titre qui expose bien les nouveautés sonores proposées. D’un couplet plus catchy aux riffs entraînants, on passe très rapidement à un refrain plus épuré, composé de quelques notes uniquement, mettant en avant les paroles et la voix dont j’ai parlé juste au-dessus. C’est cette atmosphère austère mais riche en émotion qui caractérise bien d’autres morceaux de l’album, comme Blue, contrastant par dualisme avec l’autre côté de cet album, les "tubes" (à prendre entre gros guillemets) très enjoués, pleins d’espoir et d’attentes heureuses, comme l’exposait très bien Charisma que nous avons déjà cité.

Finalement Wait For Love me rappelle en de nombreux points Keep You et ses passages très doux et lumineux,sans le côté névrosé qu’on pouvait parfois retrouver sur ce dernier. Plus "Rock", aux sonorités très indie qui caractérisent par exemple des groupes comme Now, Now (qui nous reviennent d’ailleurs aussi en 2018). Au risque de me répéter, je pense vraiment que Wait For Love est à prendre comme un élément à part du Pianos Become The Teeth que nous avons longtemps connu.  Il est une fois de plus dans l’esprit du groupe, très émotif et introspectif, intime et sincère, mais est musicalement l’opposé de ce qu’ils ont pu nous proposer lors de leurs débuts. Ce  n’est néanmoins pas un mal, loin de là. Il tient juste, le temps de l’écoute, d’occulter les sorties des débuts de Kyle et sa troupe, pour se focaliser sur la performance concrète fournie ici. Mais que les troubadours les plus attristés ne se méprennent point : avec cet album, vous aurez toujours le droit à votre dose de chair de poule, ce petit quelque chose de magiquement larmoyant qu’on retrouvait chez le groupe et ce peu importe la période (Dry Spells le témoignant très bien).

Après de longs tourments contés à travers plusieurs albums d’une qualité et d’une intensité incontestable, Pianos Become The Teeth peuvent se permettre d’attendre. Attendre le soleil, patienter sans soucis, oublier l’anxiété des coups de téléphones mortuaires et des faces déformées par la tristesse. Wait For Love rayonne d’un jour nouveau, habillé d’un nouveau paysage, nous dirigeant vers un tout nouvel univers musical où la maîtrise reste une qualité qu’on ne peut contester chez la formation américaine. Leur deuil est fait, entraînant avec lui le style qui forgea leur réputation. Bien évidemment, éternels seront les regrets des aficionados des premiers morceaux, le chant si torturé de Kyle semblant avoir été enterré pour de bon. Mais après tout, ça importe peu. Le jour brille, et les mélodies inondent l’espace. Prenez le temps d’attendre.

A écouter : Blue, Love On Repeat, Charisma
13.5 / 20
3 commentaires (15.33/20).
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Keep You ( 2014 )

La surprise est de taille. Pensez donc, un nouvel album de Pianos Become the Teeth sans toute la partie scream, avec uniquement un registre Indie / Emo / Rock, on pouvait avoir des difficultés à laisser s’épanouir cette idée avec Old Pride ou The Lack Long After. Et pourtant, en quelques mois, les américains se sont forgés une nouvelle identité qu’ils prennent un malin plaisir à dévoiler sur Keep You.
Même si la tradition Post reste omniprésente (« Repine »), Pianos Become the Teeth s’envole vers des horizons plus radieux, avec un frontman laissant couler sa voix sur chaque titre. De la douce montée en puissance de « Late Lives » aux effluves vaporeuses de « Say Nothing » (et un retour aux origines sur les dernières parties vocales), les musiciens n’ont pas délaissé leur histoire peuplée de Post / Screamo, mais en ont atténué la fureur.
Si le poids des instruments est toujours aussi important, les paroles jouent toujours leur rôle. Touchantes, il faut reconnaitre qu’elles cachent toujours une amertume poignante, même si l’on devine assez aisément les thèmes abordés lorsqu’on lance chaque titre. Le ressenti global de Keep You est émotionnellement agréable, un peu comme si The National décidait de mettre en avant un côté moins Indie. Ce nouvel album captive, émeut, effleure et donne des frissons : de la fragile poésie de « Enamore Me » à la délicatesse malmenée de « Say Nothing », Pianos Become the Teeth exécute ses dix compos avec passion.

A première vue, ce Keep You est plus que prometteur. Pour autant, 2 points de vue s’opposent aisément.
D’une part, ceux qui n’attendaient rien ou qui ont apprécié la tournure prise par le combo : rien à redire, Keep You aura son charme et en ravira certains.
De l’autre côté, les déçus, qui attendaient un album dans la continuité de The Lack Long After avec un peu plus d’envolées screamo. Ils auront peut être raison puisque l’un des atouts de Pianos Become the Teeth s’est ici dévoilé sous une autre facette, même si le résultat manque encore de véritables forces : trop homogène, ce disque n’a pas de moment fort, certains passages se succèdent et se ressemblent, la folie et l’émotion de « I’ll be damned » ou « Filial » sont ici diluées dans un océan qui parfois semble trop calme. En s’évertuant à trop changer, Pianos Become the Teeth peut avoir perdu en intensité et en poigne.

Evolution intéressante que celle de Pianos Become the Teeth et en s’orientant sur des compos et interprétations beaucoup plus emo, le combo surprend. Pour autant, au travers de titres comme « April », il est une capacité à canaliser les sentiments qui accapare l’attention. Véritable réussite ? Il serait peut être un peu présomptueux d’aller jusque là, mais il faut reconnaitre que la prise de risque et les perspectives engagées par les Américains sont plus qu’intéressantes. Reste à peaufiner les détails.

A écouter : April
13.5 / 20
3 commentaires (15.17/20).
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Old Pride ( 2009 )

Sur la pochette un cheval usé broute tandis qu’un poulain regarde au loin. Derrière, des arbres abattus frayent un chemin qui appelle. Ce pourrait être ici, ce pourrait être ailleurs.

Pianos Become The Teeth dit "always crying over closed doors" dès son entrée en lice comme pour prévenir que derrière les pleurs, il y a la rage ; la rage qui ne peut garder cette porte fermée. Car le chemin doit être tracé, mené vers cette exploration raffinée des genres qui unit l’emo au post-rock. The Black Heart Rebellion en frère d’arme (même combat), Funeral Diner en idole, PBTT talonne donc un wagon screamo/post déjà bien rempli et qui a alimenté la rubrique chronique des deux dernières années. Loin des guitares cisaillées et épileptiques d’un emo-violence straight to the point, Old Pride signe ainsi ses compositions par des houles d’accord et des spasmes sonores ("Sleepshaker"), fidèle à la tradition post-rock établissant des gradations ("Young Fire") et des prises d’espace destinées à ouvrir au maximum les perspectives émotionnelles. Entre ces strates, et comme il se doit pour la discipline, survient l’inévitable chant crié de Kyle Durfey, tout en tension, tiré entre chaque coin des morceaux ; obligé d’en découdre face à la dictature des cordes. Une longue suite de tissages évolutifs s’ouvre alors durant 8 titres, découvrant des aspects fragiles (les spoken words féminins de "Cripples Can’t Shiver"), des chutes de rythme échouées le long de falaises de cris abruptes tatouées par l’encre screamo. Pianos Become The Teeth dit "I’m afraid I’m always wide of the settle mark". Car ici l’emo est synonyme de doute.

L’effet est là, tourbillonnant (quoiqu'un peu plus lisse que lors du split avec Ezra Joyce malheureusement), déboussolant même pour les potentiels novices, entre ces frémissements de cymbales qui invitent à la méditation et ces hurlements qui évoquent le chaos. Le ménage n’en est pourtant pas à sa première expérience. Et c’est peut-être ce qui poussera nécessairement à la nuance. Old Pride ne révolutionne pas le style et ne le domine pas non plus. Il est même probablement moins jusqu’au-boutiste que Mesa Verde dans cette voie screamo/post et moins lumineux que Suis La Lune. La faute – entre autres - à un chant trop rectiligne qui manque de variations et - quelques fois - d’intensité et une production trop policée.  Pour l’instant, Pianos Become The Teeth prend ses marques. Pour l’instant.

En écoute sur myspace.

A écouter : "Pensive", "Cripples Can't Shiver", "Young Fire"