Biographie

Peter Jefferies

Peter Jefferies se fait connaitre en 1981 lorsqu'il fonde avec son frère - Graeme Jefferies - Nocturnal Pojections, une formation Post Punk qui écume les environs de New Plymouth (Nouvelle Zélande) deux années durant avant de disparaitre au profit de This Kind of Punishment. On y retrouve les deux frères ainsi que Chris Matthews. Une poignée de sorties plus tard le groupe disparait en 1987 et chacun part de son coté. Graeme fonde Cakekitchen et Peter se lance en solo non sans collaborer à plusieurs reprises avec d'autres acteurs de la scène néo-zélandaise. Ce dernier est actuellement professeur dans un lycée où il enseigne la batterie, toujours à New Plymouth, non loin de sa ville d'origine.

Chronique

16.5 / 20
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The Last Great Challenge in a Dull World ( 1990 )

Peter Jefferies joue à mi-chemin entre Folk, héritage Post Punk (Nocturnal Projections formé avec son frère puis, ensuite, This Kind of Punishment auquel ils ont participé tous les deux) et ultra-minimalisme Lo-fi. Il vient de la lointaine et un peu oubliée Nouvelle Zélande et cet album est son premier véritable disque en solo, sorti au tout début des années 90. Une sortie un peu oubliée, elle aussi.
Mélancolique, raw et électrique, confidentiel, organique et un brin bruitiste. C'est ainsi que pourrait être décrit The Last Great Challenge in a Dull World, oeuvre dégénérescente, tantôt fiévreuse et expansive, tantôt intimiste à l'extrême. Ainsi "Chain or reaction" brule-t-elle rapidement les ailes à cette guitare qui l'introduit comme pour empêcher son envol alors que la montée point, comme pour rester au point de rupture. Un titre comme un oiseau en cage. "Domesticia" est lui déclamé a capella avec en arrière plan la bande son de la vie de tous les jours: un robinet, une machine à laver, le bruit de la vaisselle... dans une maison au silence que l'on devine solitaire. Criant de vérité, écoeurant de simplicité, anti-mélodique à souhait mais o combien prenant. Pleine de mélancolie, "On a unknown beach" joue alors le rôle du titre bien portant à coté de son petit frère famélique bien que seul un piano y accompagne la voix de Jefferies dans une association dépouillée à l'extrême mais débordante d'émotion et qui finit par emplir l'espace en partant de... rien. L'instant d'après The Last Great Challenge in a Dull World s'électrise nonchalamment("Guided tour of a known street") mais finira par retomber puis sortir de la brume au sein du même titre ("The house of weariness") pour remonter vers l'orage Post Punk qui précédait avec une ballade folk noisy et faussement froide("Cold view").
L'album entier s'articule selon une mécanique singulière, déformée et déglinguée sans jamais choisir un camp, en partant d'une esthétique Folk dépouillée que viennent régulièrement saigner de rudes sonorités en provenance directe de la Grande Bretagne des années 80 ("The fate of the human carbine", "Catapult", "The other side of reason") ou adoucir d'étranges plans psych-folk dronisants ("While I've been waiting" que ne renierait aujourd'hui pas Valet, "Cold view"). Peter Jefferies abat les barrières pour se concentrer sur la charge émotionnelle d'une oeuvre toute en  nuances de gris, sombre, presque dépressive. En bout de course l'homme nous fait pourtant une offrande inespérée sur "Listening in", titre austère, à fleur de peau. La collaboration finale entre son timbre, fatigué, un piano simpliste chargé de toute la misère de The Last Great Challenge in a Dull World, cette fois drapée d'un peu de lumière, et d'un violon inattendu installe une impression d'apaisement étrange qui laisse hébété. L'écoute suivante, elle, coule de source.
Un disque visionaire, d'une étrangeté absolue, un enchainement de titres venus d'ailleurs, ouvert et cloturé par deux morceaux venus... d'autre part. Une sortie hors norme, d'une fraicheur fragile mais toujours préservée, peut être sauvée par l'éloignement et le relatif anonymat de son auteur. Voilà ce qu'est en somme The Last Great Challenge in a Dull World.

A écouter : ... puis rcouter.