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Biographie

Pan Sonic

Pan Sonic est un groupe d’electro formé à Barcelone 1993 par les finlandais Mika Vainio, Ilpo Väissänen, rejoints en 1994 par Sami Salo qui quitte le groupe la même année. A l’origine ils se font appeler Panasonic mais se voient obligés de retirer un "a" suite aux pressions de l’entreprise du même nom.

C’est lorsque Paul Smith voit un de leurs concerts en Angleterre qu’il les fait signer sur son label, Blast First (petite) sur lequel le groupe sortira son premier album, Vakio, ainsi que Kulma en 1997 et A en 1999. Pan Sonic ne cache pas son admiration pour Suicide, un duo techno formé par Alan Vega et Martin Rev avec qui ils feront un concert en mars 1998, mais également pour le compositeur français de musique concrète Pierre Henry ainsi que pour le célèbre groupe d’indus Einstürzende Neubauten.

En 1998 ils enregistrent Endless avec Alan Vega (Suicide), prenant pour l’occasion le nom de VVV (en référence à leurs trois noms de famille). Ils feront de même en 2005 pour l’album Resurrection River. En 2003 Pan Sonic effectuent un duo avec le japonais Merzbow le temps d’un album. C’est en 2007 que sort le dernier album du groupe, Katodivaihe, sur le label Blast First (petite), distribué en France par Differ-Ant. Il en va de même pour Gravitoni en 2010, qui met un terme à la course du duo après une tournée d'adieu. Vainio et Väissänen s'orientent désormais vers leur travail personnel à l'image du Vandal EP de Vainio sorti sur l'excellent label allemand Raster Notton.

Gravitoni ( 2010 )

"After this Pan Sonic goes into deep freeze."

Pan Finale. Quoi de plus explicite ? Le titre de l'ultime piste de Gravitoni, hommage à la new wave originelle des 80's, le grave au laser sur une plaque d'acier : c'est le chant du cygne pour Pan Sonic. Comme rattrapé par la gravité, cloué au sol ferreux, le duo finlandais édifie son cercueil monolithique au centre d'une friche sidérurgique balayée par les vents arides et les nuages saturés d'échardes sonores. Gravitoni est un aboutissement d'une noirceur et d'un impact rares. Le genre de disque qui d'un simple contact, déshumanise la moindre parcelle de chair. Vitreux, d'une agressivité insidieuse follement inquiétante, Gravitoni débranche l'âme pour la raccorder au secteur et la balafrer d'arcs électriques aliénant. Ce n'est plus le cœur, muscle déficient, qui dicte son rythme, mais le lit fibreux d'oscillations implacables et de patterns rythmiques de hauts vols. Vortex du processus, l'haletant "Fermi" boucle sur un échantillon reconstituant les ventilations d'un respirateur artificiel. Lorsque le phénomène s'imprime sur nos propres inspirations (à moins que ce ne soit l'inverse ?), il est déjà trop tard, notre tête d'automate est déjà plaqué sur l'échafaud. Pan Sonic perturbe notre essence même et se joue de nos craintes primaires.

Si le mot "abstrait" revient cycliquement dans les descriptions de la musique de Pan Sonic, c'est ici le mot "concret" qu'il faut mettre en exergue. Les finlandais sculptent la masse et la matière sans intermédiaire. Quoi de plus concret que cette approche  littéralement physique des choses ? Les marteaux piqueurs (Corona) et les dépressurisations par paliers sont de rigueurs. Il en va de même pour ces faisceaux d'étincelles qui viennent directement rayer la boite crânienne depuis l'intérieur (Voltos Bolt). Violente et douloureuse, la première moitié de Gravitoni revêt ainsi sa robe industrielle, édifiée au creux d'un immense chantier post-apocalyptique cadencé par la marche inébranlable de squelettes rythmiques ultra-plombés. La cellule une fois bâtie, il ne reste qu'a croupir à l'intérieur, parmi les crépitements du réseau électrique défaillant (Suuntaa-Antava Indicational) et les écoulements glauques d'un jus noir et huileux (Vainamoisen Uni Dream Of Vainamoinen). En guise de vestige d'un temps révolu, s'extirpent de l'obscurité totale, l'ultime souffle de quelques chœurs grégoriens déjà Morts (Hades). Le second volet de Gravitoni fait ainsi la part belle aux bruits infimes et aux silences pesants jusqu'à Pan Finale, un électrochoc revigorant au beat new wave typique (Cure VS Suicide) qui obture définitivement le trou noir. La boucle est bouclée.

A écouter : trs fort
17 / 20
1 commentaire (15/20).
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Katodivaihe / Cathodephase ( 2007 )

Difficile de chroniquer un tel album, venant d’un tel groupe. Il s’agit bien ici d’electro, très expérimentale et de ce fait difficile d’accès. La musique de Pan Sonic est extrême, moins dans le genre usité que dans l’approche, à la fois minimaliste et bruitiste, mais constitue assurément une expérience sonore hors du commun.

A ce moment précis de l’exercice et si vous ne connaissez rien de Pan Sonic les choses doivent être assez floues. Essayons de clarifier cela. Imaginez un beat, basique, sur lequel se greffe des sons, assez discrets au début puis toujours plus distordus, qui commencent à grésiller. Là se superposent d’autres sons qui suivent le même schéma. Du minimalisme quasiment ambiant du début on dispose déjà de quelque chose de plus bruyant, noise, parfois violent (Hinaaja/Tugboat), pouvant rappeler Merzbow. Quels genres de sons? Des raclements, des nappes ambiantes, des craquements, rien d’aisément descriptible. Bien entendu, ce n’est souvent pas aussi évident dans l’album que dans cette tentative de description schématique, mais vous devriez maintenant avoir une image légèrement plus nette de la musique de Pan Sonic.

Parfois des sons bien plus connus/communs font leur apparition, sortant d’instruments à cordes, à l’acoustique presque chaleureuse, qui tranchent avec la froideur quasi-industrielle de l’album tout en étant utilisés de manière assez incongrue et inquiétante, mais rien de bien tangible, rien à quoi se raccrocher, tout est sans cesse en mouvement. Et ne cherchons pas, rien n’est véritablement rassurant sur Katodivaihe, sûrement pas les sons discrets et aigus qui résonnent, grésillent, se transforment peu à peu en bruit devenant insoutenable et purement indus, notamment sur le morceau Suhteellinen/Comparative où le contraste minimalisme/bruit est saisissant. Ces déluges bruitistes ne sont pas sans rappeler Einstürzende Neubauten et ses Strategies Against Architecture.

Certains moments sont presque douloureux, les sons les plus hauts deviennent des aiguilles plantées dans les tympans (la fin de Haiti) et les plus bas provoquent des vibrations parfois insoutenables. Tout cela donne du relief à l’album, chaque son participe à la construction d’un véritable édifice sonore, toujours plus massif et grandiose, qui donne tout son sens à la musique et à l’expérimentation des Finlandais, à rapprocher des travaux sonores de Pierre Henry. C’est à l’écoute globale que l’on se rend compte que l’album tout entier évolue vers une musique toujours plus extrême jusqu’aux derniers morceaux d’une rare intensité, sorte de progression vers quelque chose de toujours plus froid et inhumain.

Tous ces éléments font de Katodivaihe une pièce sonore évolutive, une expérience à part et assez éprouvante. Nul besoin d’avoir un goût prononcé pour l’electro, tentez le coup si vous voulez découvrir un autre pan de la musique, très expérimental, qui vous assure des sensations peu courantes. Et rien d’intellectuel à cela.

A écouter : Tout pour comprendre

Kesto ( 2004 )

Kesto est une masse puante, un tas de gerbe et de moisissures, putride, plein de mouches et d’insectes rampants. C’est un reste, une décomposition avancée de la musique, un message abstrait obsédant. Oubliez ce que vous savez, oubliez le rythme, la mélodie, ils sont morts dans d’atroces souffrances, écrasés, humiliés, torturés de telle manière que leur âme fût perverse à leur dernier souffle. Le commun tournoie, béat, dans le passé, l’idm est d’une banalité navrante. L’essence même de Pan Sonic n’a de sens que dans la répétition incessante de boucles courtes évoluant sans cesse en longueur, en volume, en distorsion. Le son se dérobe, rien ne tient, vous nagez dans un mélange de liquide gluant et de vide, happé, envahi, impuissant. C’est votre cervelle qui produit les sons, tout vient de votre intérieur, Pan Sonic ne fait que révéler les formes et les couleurs que vous avez dans le crâne, tout n’est que fange ronde et piquante, stérilité intellectuelle infinie. En quatre pièces et autant d’heures, Kesto annihile toute possibilité de réflexion, met en œuvre sa puissance hypnotique et crée l’accoutumance. Musique totale ou anti-musique, violence et désespoir ou absence de sentiment, répulsion ou puissante fascination, laideur ou appréciation esthétique superflu ? Ne répondez pas, ne vous posez pas les questions.

D’une ambition extrême, Kesto est le chef d’œuvre de Pan Sonic, son œuvre complète et totale, son manifeste à la destruction, à la destruction même de la destruction. Rien ne reste dans la musique du duo finlandais, tout évolue sans cesse et glisse de vertige en vertige. Bien que cet art des finlandais prenne toute sa dimension - notamment physique – live, ce quadruple album propose l’expérience studio du groupe la plus immersive et complète, longue, palpitante, variée, prenante et fouillée. La figure de proue de Kesto, présente sur le premier disque, est massive, puissante, destructrice. Elle vous rabaisse plus bas que terre dans une harsh noise sourde et grondante. Jamais le chaos n’a été aussi vide, la folie aussi amorphe, et la décrépitude choit tout droit vers le néant, dans une perpétuelle décomposition aux cycles elliptiques. C’est assurément le visage du Pan que l’on retiendra, impitoyable, provocateur, nihiliste et violent, celui que le groupe a montré lors de ses dernières prestations live, le visage le plus charismatique qui brûlera l’auditeur ou le fascinera. La deuxième heure de Kesto est bien plus subtile, plus sinueuse. Bien que toujours chaotique, elle glisse vers des bruits moins amples, moins pointus. Tout crépite, comme un rêve fiévreux et s’enlise dans l’âme doucement, libérant ça et là un glitch désagréable et envahissant qui serpente longuement en continuant cette ode à la destruction, au vide volumineux. Pansonic avance petit à petit vers des plans plus ambiants, plus construits et travaillés, qui constituent probablement les moments les plus musicaux du voyage, où les boucles offrent même bien souvent des tempos auxquels s’accrocher le temps de quelques encablures. On retrouve ainsi le groupe tel qu’on avait pu le voir sur Aaltopiiri quelques temps plus tôt, autrement dit, le dernier visage qu’avait eu Pan Sonic avant la sortie dont il est question. Le troisième volet des quatre que compte Kesto est de loin le plus dur d’accès, un pur disque de musique concrète lente et cognitive qui pour autant, comme tout moment que produit Kesto, est d’une spontanéité terrifiante. Les sons d’origines plus variées que jamais portent à tendre l’oreille, à aller chercher les nappes qui s’immiscent en vous, sortant ça et là, frelatent vos pensées et vous cachent les cieux, si nuageux eurent-ils été. Vicieux, Pan Sonic agresse, violente, en écrasant par intermittence le malheureux qui a concentré son attention, produisant des chocs sonores puissants et soudains, crasseux et stridents. Reste ce dernier disque, plus épuré encore, ambiant et clairement un hommage à Charlemagne Palestine (avec qui Pan Sonic a travaillé sur la collaboration Mort Aux Vaches) qui sublime le tout, sorte de voyage introspectif, lent, à la progression interminable et feutrée. Avec ce dernier élément (dont l’intérêt pourra certes être discuté), les finlandais vont au bout de leur démarche, atteignent le vide, le néant et l’absence totale de ressenti.

Kesto assoit la manière de faire de Pan Sonic, dénuée d’esthétisme positif dont il n’est même pas lieu de faire été ici. Celui du duo est fort, encombrant, d’une puissance folle, il est libertaire et sans bornes, ne recherche pas la beauté et travaille uniquement sur le son en sculpture perpétuelle, sur sa déformation travaillant pour lui même.  Fatalement, et bien plus que pour bien des groupes de noise qui ne font « que » du bruit, le pouvoir de fascination et d’introspection qu’a la musique de Pan Sonic est énorme, et cela vient du fait que jamais, malgré ses nombreux visages,  y compris en touchant à la musique concrète, Kesto n’étale son intellectualisation en aucun moment, et c’est peu dire que la formation, qui vient de terminer sa tournée d’adieu à l’heure où j’écris ces lignes, est l’un des piliers de la liberté de ces scènes bruitistes, l’une des formes les plus avancées de musique à mon sens.

A écouter : Oui. Pour public averti et ouvert d'esprit tout de mme.