Découverte
Pochette s/t

Biographie

Noir Desir

Tout commence en 1981 à Bordeaux, Bertrand Cantat rencontre au lycée Serge Teyssot-Gay. Puis de fil en aiguille, ils rencontrent Denis Barthe avec qui ils montent une groupe qui changera sans cesse de nom,  PsychozStation DésirNoirs Désirs pour finalement opter officiellement pour Noir Désir. Frédéric Vidalenc (remplacé par Jean Paul Roy en 1996) les rejoint et en 1987 sort leur premier album Où veux tu qu’j’regarde? puis tout s’enchaîne: Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient)Du ciment sous les plainesTostaky666.667 club. A ce stade de sa carrière, Noir Désir est le fer de lance de toute la scène rock française, encensé, et presque vénéré, respecté pour son engagement , admiré pour ses prestations live. Il faudra pourtant cinq ans au quatuor pour revenir, années durant lesquelles les compilations One Trip One Noise et En Route pour la Joie. continuent d'entretenir la flamme auprès du public. Des Visages et des Figures parait finalement en 2001 et présente la formation bordelaise sous un jour inédit, sombre et apaisé faisant la part belle aux textes - élément pourtant toujours important de sa musique.Le succès est de nouveau au rendez vous, venant démontrer au moins autant les attentes immenses que peut soulever un nouvel album de Noir Désir que sa capacité à (re)conquérir un public fidèle et toujours plus large.
Ce disque sera pourtant le dernier du groupe, dont les activités sont suspendues à compter de Juillet 2003 à la découverte du corps de Marie Trintignant, alors compagne de Bertrand Cantat, tombée sous les coups de son compagnon dans la chambre d'hotel du couple à Vilnius (Lituanie) au cours d'une violente dispute sur fond d'alcool. Condamné à huit ans de prison par la justice lituanienne, Bertrand Cantat sera transféré dans une prison des environs de Toulouse l'année suivante pour purger le reste de sa peine, puis bénéficiera d'une libération conditionnelle pour bonne conduite en 2007 alors que, pendant ce temps, les membres de Noir Désir, toujours restés en retrait concernant le drame, s'adonnaient à leurs autres projets (InterzoneZone LibreThe Hyènes, collaborations diverses...).
C'est dans la plus grande discrétion que Noir Désir se remettra au travail et sortira en 2008 deux titres laissés en libre téléchargement sur le site officiel du groupe. Un album prévit initialement pour la fin 2009 est alors dans les starting-blocks. Il ne verra pourtant jamais le jour: la séparation de Noir Désir est officialisée par Denis Barthe le 29 Novembre 2010 suite au départ de Serge Teyssot-Gay, un des moteurs de la composition du groupe depuis les débuts, pour désaccords musicaux, humains et émotionnels avec Bertrand Cantat.

17 / 20
13 commentaires (19.08/20).

Des visages, des figures ( 2001 )

Sortie plutôt incongrue pour un album, le 11 septembre 2001, le jour même de l’attentat des twins towers à New York. Et pour couronner le tout, la galette en question comporte ce morceau ‘le grand incendie’ dont les textes sont édifiants de réalisme : « Ca y est, le grand incendie, Y'a l'feu partout, emergency, Babylone, Paris s'écroulent, New York City, Iroquois qui déboulent, Maintenant... Allez, London, Delhi, Dallas dans l'show, Hommage à l'art pompier, T'entends les sirènes, elles..., Sortent la grande échelle, Vas-y... Go!, Hommage à l'art tectonique, Un techno-picnic sur la terre éventrée, Mais la faille est creusée, atomisée (…) » Drôle de clin œil du sort… Certains iront jusqu’à dire que c’est de la prophétie ! …

En tous cas, c’est repartit pour un tour. Noir Désir, plus que jamais, intègre, fidèle à leurs convictions : quasi inexistant sur la promo, boycottant la télévision ; se retrouve avec un album qui explose, grâce au single "Le vent nous portera " où  Manu Chao mets la pâte à la guitare. On se croirait pour le coup, il y a quelques années plus tôt quand « aux sombres héros de l’amer » était matraqué sur les ondes hertziennes. C’est vrai qu’il y a comme un goût d’antan dans cet album, retour aux sources, tout en n’accomplissant aucune redite, tout en étonnant encore une fois.

Déjà, la pochette rouge, rappelle « du ciment sous les plaines ». Cette fois ci c’est Franyo Aatoth qui en est l’auteur. Il semblerait que cet artiste est été choisi, d’une part car il est un ami de Bertrand Cantat avec qui il a voyagé en Mongolie, mais aussi car c’est avant tout un artiste qui n’hésite pas à être engagé. Puisqu’il a travaillé, entre autre sur l’album ‘tibet libre’, avec plus d’une soixantaine d’artistes (Hervé di Rosa, Robert Combas, Moebius, Ben). Œuvre qui réunit des textes, des informations précises sur un génocide culturel et humain commis dans ce pays "libéré" par la Chine populaire en 1949.

L’artwork de Des visages et des figures, devait être au début un visuel photographique, mais après une balade dans l’atelier de Franyo Aatoth, Nini Barthe (le batteur du groupe) découvrit une toile " Les nouveaux cow-boys", une peinture en monochrome rouge qui relate un conte de fées sur la brutalité, thème qui collait parfaitement au message de l’album. La peinture fit l’unanimité dans le groupe. « À l'époque de la conquête de l'Ouest, un mythe a été créé, celui des cow-boys. Le cow-boy avec son banjo exprime le romantisme d'un holocauste. Ces braves types qui n'avaient peur de rien, flinguaient les méchants Indiens sous prétexte de les "civiliser", alors qu'ils ne voulaient que voler leurs terres. Ces brutes sont devenues petit à petit plus fréquentables, mais les indigènes ont été exterminés ("Un bon indien est un indien mort") ou forcés à s'installer dans des réserves misérables. Ils servent aujourd'hui de figurants dans un décor à Disneyland. (…) Actuellement, on peut constater à quel point sont présents ces " nouveaux cow-boys". Ces possédés du pouvoir ont gardé l'esprit de conquête, bien qu'il ne reste plus de territoires à conquérir. Ils se justifient en ayant recours à des grands mots, tels que la Famille, Dieu, Patrie, etc...C'est le règne du double langage et du cynisme. Pour eux ; tous les coups sont permis. Tout ce qu'ils veulent, c'est l'installer tour à tour sur la "chaise du pouvoir", jamais vacante mais toujours à prendre. » Propos de Franyo Aatoth recueillis par Maïa de Martrin.
Les choix esthétiques ne sont jamais fait au hasard, chez Noir Désir. Les propos ci-dessus en sont la preuve.

Un clin d’œil graphique au passé, avec ce monochrome rouge, mais clin d’œil aussi dans les compositions. Il semblerait que les textes soient moins incisifs que dans 666,667 club, bien que Noir Désir ne retourne pas pour autant sa veste! … Preuve incontestable, le coup de théâtre de Bertrand Cantat aux victoires de la musique avec sa lettre ultra épicé lu en direct destiné Jean marie messier (ci jointe plus bas)! Mais ce n’est pas tout, la liste est bien plus longue, pas besoin de revenir sur les textes du morceau ‘le grand incendie’ qui en dit long (vu plus haut). On notera simplement que le groupe s’octroie le droit de nommer Vivendi dans le morceau "A l'envers, à l'endroit" alors que l’album sort chez Universal ! « On n'est pas encore revenu du pays des mystères, IL y a qu'on est entré là sans avoir vu de la lumière, Il y a l'eau, le feu, le computer, Vivendi et la terre, On doit pouvoir s'épanouir à tout envoyer enfin en l'air , On peut toujours saluer les petits rois de pacotille , On peut toujours espérer entrer un jour dans la famille , Sûr que tu pourras devenir un crack boursier a toi tout seul , On pourrait même envisager que tout nous explose à la gueule »

Un combo alternatif revendicatif, certes mais aussi expérimentateur des mots, des sons, et des sens. Noir Désir, épouse aussi des textes plus introspectifs, un peu dans le même esprit que leur début. « L’appartement »  en est une preuve talentueuse, les mélodies s’y apaisent, prodiguant des airs certes plus calmes mais tellement habités, qu’on ne peut que se sentir happé par tant de profondeurs. On remarquera aussi « Des armes », texte interprété par Betrand Cantat, écrit par Léo Ferré qui de son vivant, n'a pas eu le temps de mettre son texte en musique. Nous avons affaire ici à une interprétation admirablement céleste, où la voix de Bertrand Cantat se transforme, juste le temps d’une chanson. On se croirait dans une cérémonie, plantée au milieu d’une cathédrale dont les plafonds seraient béants vers des cieux fiévreux. L’interprétation de Bertrand Cantat est impressionnante, émouvante, bouleversante, et la nappe musicale à peine présente transporte les mots de ce texte ailleurs. C’est une perle rare, un morceau de toute beauté. Exquis.

Dans Des visages et des figures, il y a donc les morceaux revendicatifs où le son rock reste un peu plus soutenu même si c’est vrai on est bien loin des décibels électrisées de Tostaky ; on retrouve aussi des morceaux plus introspectifs où les envolées lyriques nous emportent dans des figures de style ingénieuses, et généreuses, flirtant avec des nappes sonores aux atmosphères tantôt pesantes, tantôt bouleversantes, tantôt sensibles… Le style flirte avec une certaine chanson française. La qualité du son mûrit, et les détails dans l’architecture des morceaux deviennent de plus en plus fins. Autant dire que c’est un véritable régal pour nos tympans. Car rien n’est laissé au hasard, que ce soit dans les mots choisis, que dans les notes.

Et puis il y a « L'Europe», morceau de 23mn43, interprété par Bertrand Cantat et Brigitte Fontaine. Un morceau absolument hors norme, de part sa construction textuelle, son armature, sa durée… Une ambiance oppressante, des textes lus, taillant dans le vif, comme s’ils étaient issus d’une écriture automatique d’un inconscient dément. Et pourtant, les mots ne sont pas là, choisis par hasard, car quand on creuse dans les paroles, on découvre vraiment des significations très intéressantes. On pourrait comparer ce titre à certain morceau contemporain de Einstürzende Neubauten. Ca dérange pas mal le public, beaucoup ne comprenne pas, ne saisisse ni pourquoi le groupe a choisit le personnage de Brigitte Fontaine, ni pourquoi autant de longueur. Pour ma part je trouve ça, culotté, ingénieux, superbement réalisé, et tellement pertinent. Voici quelques extraits du texte en question "On se relève de ça ? On se relève de tout même des chutes sans fond. Nous avons su monter nous avons su descendre, nous pouvons arrêter et nous pouvons reprendre... Europe des lumières ou alors des ténèbres ; à peine des lucioles dans les théâtres d'ombre. A peine une étincelle dans la nuit qui s'installe et puis se ressaisit, et puis l'aube nouvelle, après les crimes d'enfance, les erreurs de jeunesse on n'arrache plus les ailes des libellules d'or. (…) Amnistie, amnistie ou alors amnésie, qu'est-ce que vous volez que ça foute, de toutes façons il faut bien avancer, pressons le pas camarade et puis réalisons réalisons, il en restera toujours quelque chose allez ! Matérialiste alors ça fait qu'au moins on est sûr de n'pas de tromper, et du tangible alors jusqu'à l'indigestion, du rationnel alors et jusqu'à en crever, des logiques implacables mais toujours pas de sens... (…) . "

Quand le groupe avait réussi à décrocher un contrat avec Barclay, il y a quelques années, les rumeurs allaient bon train, on imaginait nos quatre Bordelais happé dans le star System. Aujourd’hui après tant d’années, après tant de combats, après tant d’albums, et de concerts, on peut être certain d’une chose, c’est que Noir Désir a toujours fait ce qu’il désirait, a toujours su rester intègre, a toujours eu beaucoup de créativité, même si des enjeux importants pouvaient leur barrer la route, et même si cela n’a pas plus à tout le monde. Je trouve ça vraiment admirable. En espérant, qu’un de ces quatre matins, ils nous reviennent … 

Lettre lue durant les Victoires de la Musique 2002

"Camarade PDG,
Tu permets que je t'appelle camarade, je suis obligé de te tutoyer par la même occasion, c'est d'usage. Et puis c'est mieux que "Ô grand Jean-Marie MESSIER, commandeur des communicants", et puis des autres aussi, par la grâce de la Sainte Trinité : ramifications, absorbtion, profit.
C'est quoi, profit ? Profit, profit, c'est là.
Je précise quand même qu'il n'est pas le seul à être comme ça, je m'adresse donc aux autres aussi, mais enfin disons que lui, c'est le camarade le plus omniprésent. Et puis, quand même bon, il faut dire que toi, camarade, tu n'es pas vraiment mauvais finalement, tes intentions sont pures, le bonheur pour tous dans le meilleur des mondes, toi tu respectes les artistes, surtout les rebelles, pas ceux préfabriqués et formattés par l'industrie et pour l'industrie, tu es donc fantastique, mais il te reste tout à prouver :
- que tu défends la culture au pluriel, et pas seulement parce que le profit - tiens donc, un mot qu'il ne prononce jamais, mais nous, oui - n'a pas d'odeur - le profit n'a pas d'odeur, 
- que les petits labels et les petits disquaires pourront survivre à une telle hégémonie, je parle du ras-de-marée Universal,(qui est aussi votre maison de disques)
- que tu ne sépares pas le monde entre bergers actionnaires et moutons payeurs, sachant que les bergers ont parfois des têtes de mouton et vice-versa.
Il te reste aussi à prouver que tu n'es pas le roi du dégraissage de personnel et qu'une de tes missions principales est de rééquilibrer les échanges culturels et commerciaux entre l'Europe et les Etats-Unis
- vous imaginez un petit peu le truc. 
Tu as dit, Jean-Marie - tu permets, camarade, je t'appelle par ton prénom - sur France Inter début janvier, qu'un disque sur 4 partait à l'exportation. Selon toi c'est le cas de Noir Désir et de Zebda : merveilleux mais entièrement faux. Menteur, camarade patriote, chiffres à l'appui. 
J'en passe et des meilleures sur l'utilisation que tu fais de notre nom, et c'est pour ça qu'on se permet de répondre, parce que c'est notre droit. Pour finir, saches que si tes pilules sont trop amères, tu trouveras d'autres que nous pour les faire passer, et nous n'avons pas demandé à faire partie de ce grand tout que tu diriges, que tu manipules, que tu récupères - critiques, médias, y compris cette lettre que tu vas sûrement tenter de récupérer. Allez, salut à toi camarade PDG de la nouvelle Internationale d'Universal, nous ne sommes pas dupes de ton manège, et si nous sommes tous embarqués dans la même planète, on n'est décidément pas du même monde."

A écouter : Des armes, le grand incendie, ...
17 / 20
12 commentaires (17.75/20).

666.667 Club ( 1996 )

D’abord pour  tous les curieux qui se poseraient la question sur la signification du titre « 666, 667 Club » plutôt énigmatique, voici la réponse donnée lors d’une interview (Rock & Folk décembre 1996)  «Il y a un logiciel sur l'ordinateur qui te permet de voir quel tempo est sur la maquette, tu tapotes sur le clavier et ça te sort un chiffre. Bien sur, comme des abrutis, on a fait celui qui allait le plus vite. Sergio a été le premier à tomber dessus. (…) Et le club, c'est qu'on a tous réussi à trouver ce chiffre ...Première explication. Ensuite c'est de la symbolique. 666, hein, c'est lourd, on n’aurait jamais pu appeler le disque 666, le chiffre de la Bête… C'est de l'ironie, parce que là, paf, ça décroche sur le sept, qui a une toute autre signification... »
Et oui autre signification, en effet car si on reprend « if man is 5, then the devil is 6, then god is 7 » le refrain de « Monkey Gone To Heaven » des Pixies, ils nous expliquent   vaguement la numérologie concernant les chiffres 5, 6, et 7. Oui 666, c’est le fameux chiffre de Satan, Lucifer voire de la dite mauvaise bébête. Mais le « 7 » ici fait mouche, car il serait le chiffre de Dieu… Alors 666, 667, décompte de dieux et de diables … Paradoxal tout ça …

 

L’Album fourmille d’un tas de significations, d’indications claires sur des faits réels, des références évidentes, des coups de gueule, des revendications, …. Etonnant cette nouvelle écriture à laquelle Noir Désir ne nous n’avait pas forcément habitué. Dans Tostaky, les revendications étaient plus poétisées, et de ce fait, moins certaines. Les textes ici, sont beaucoup plus directs, plus tranchés, et incontestablement beaucoup plus engagés. Attention, la poésie n’est pas pour autant occultée, bien au contraire, les jeux de mots virevoltent, ce sont d’incontestables prouesses littéraires qui en cascades nous étonnent toujours un peu plus, et tout ça, pour notre plus « noir » plaisir. Des paroles remarquables qui, ici prennent cet aspect plus protestataire.

 

On pourra s’étonner, malgré un pamphlet de récriminations qui laisse en bouche un constat rugueux, et âpre, qu’une nouvelle teinte sucrée colle au palais. Jusqu’ici Noir Désir n’avait pas forcément usé d’optimisme, dans leurs précédentes compositions. Et, ici, cela change assez radicalement (disons qu’ici, l’optimisme, l’espoir est vraiment mis à avant, alors que jusqu’ici on pouvait se poser la question de son existence). Nous voilà donc face à cette nouvelle couleur, un bleu, bleu azur, bleu de l’espoir. Bleu chargé de sens, puisqu’il est la couleur identitaire de la France. Mais il est aussi symbole du ciel, de la mer, de la liberté. Noir Désir, est certes usé, voire désabusé, mais rempli d’espoir, et cela semble assez inédit. Il suffit de voir cette pochette, un ciel où les nuages dégagent la lumière du soleil. A moins que ce ne soit l’inverse ? Les nuages qui attaquent le soleil ? La lecture peut être faite dans plusieurs sens, je pense. A vous de choisir. Ceci dit, il semblerait que la première lecture soit la plus probable puisque, Bertrand Cantat lui-même disait dans une interview réalisée par JC Panek.: « les paroles ne sont pas sombres. (…) Ca peut paraître long mais je peux avouer qu'il y a une première série de compositions qui n'a pas fait l'unanimité au sein du groupe. C'était trop noir, du genre descriptions de dépression... C'était chiant. Il y a eu une autocensure. Ce n'est qu'après que je suis parvenu à trouver un autre équilibre.(…) Parfois, la lumière brille mais loin, très loin et il y a du chemin à faire pouf voir les choses briller... »

 

Une once de lumière, un peu d’espoir car la cohésion sociale, l’ambiance politique n’est pas à son beau fixe en France et un peu partout ailleurs dans le monde. Oui Noir Désir devient de plus en plus engagé, et ne s’en cache pas. Si l’on s’approche des textes, c’est simple et direct. Prenons par exemple « un jour en France », morceau typique du revirement engagé du combo. « Un jour en France est très subjectif, c'est une impression. (…) Il faudrait réfléchir à la manière d'aborder la suite des événements. (…)Ce n'est pas un constat, c'est encore au-delà de la colère. C'est profondément ressentir cette lâcheté extraordinaire de la majorité de la population et des gens qui ne sont pas loin de toi. C'est chacun pour sa peau, sauver les meubles. Mais nous ne sommes ni des prophètes, ni des professeurs. Ce morceau est sans prétention. C'est l'affirmation de certaines valeurs qui sont galvaudées. Mais égalité n'est pas égalitarisme et fraternité ne veut pas dire tout le monde sur le dos de tout le monde. Et bien qu'ici, nous soyons en collectif, chacun est individualiste. Ces paradoxes jamais résolus sont incontournables. » Propos de Bertrand Cantat.
Noir Désir ne s’apparente à aucun parti politique avec cet album, ne prône pas non plus la solution miracle, mais tente de soulever des points important concernant des disfonctionnements dans notre société. On notera évidemment le combat acharné contre le FN de Le Pen, et de Mégret (MNR) discours très présent à plusieurs reprises dans les textes de cet opus, ceci dit ce n’est pas la première fois que Noir désir parle de racisme, de fraternité, mais peut être pas avec autant de verve…

 

Noir désir revendicatif, mets le doigt là où ça fait mal, mais reste assez flou dans certaines de ces revendications. Lors d’une interview dans l'humanité, il en sera justement question. « Votre engagement a sans doute un sens. Lequel ? Betrand Cantat répondra : Que la parole ne soit plus confisquée par des professionnels, ceux qui s'en sortent; qu'elle puisse être redistribué à tous ceux qui ont des choses à dire; que les énergies circulent à nouveau: les énergies libertaires, de reconquête d'idées aussi simples que l'égalité des chances, aujourd'hui fondamentalement menacée. Cette reprise de la parole s'impose comme une évidence, tout comme la reprise d'initiative. Notre position découle de cela: on ne veut pas se contenter de jouer notre musique et d'avoir du succès. Cela ne nous paraît même pas envisageable. Le sens est là et repose également sur d'anciennes références: l'égalité des chances, ne pas accepter un certain type de mondialisation, le tout marché, le tout pognon, sans qu'aucune autre idée vienne contrecarrer ce système. Le monde ne peut être géré sans cette idée de partage des richesses, du savoir... Ce que je dis là est assez commun. Enfin, tant mieux si ça le devient... »
Je pense que tout est dit concernant leur idéaux.

 

 

Jusqu’ici, j’ai évoqué cette fureur dans les textes, leurs messages et pas forcément la couleur musicale. Paradoxalement le groupe semble s’apaiser un peu, alors qui paraît être de plus en plus habité par des aspirations revendicatrices. Paradoxal… Les mélodies y sont plus travaillées, tout semble beaucoup moins brut que dans Tostaky. A Claude Faber, Bertand Cantat avoua « En fait dans notre création, les ambiances intimistes sont arrivées d'abord. Quand on s'est remis au travail, on est parti sur des trucs très doux. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Et on est reparti sur des compositions plus dures, plus électriques. (…)  Disons qu'avec Tostaky, on a tout fait à fond. Le son était très très fort. Là on essaie de plus vivre la musique. En fait le dernier est un disque beaucoup plus en nuances. Les accords, les mélodies, même les textes, il y a beaucoup de choses nouvelles. (…) Notre travail, c'est un mélange de tempête et de beau temps.(…). Un morceau comme Les persiennes par exemple, ne se décide pas à l'avance. Et presque tous sont comme ça. »

Faut dire que la tournée Tostaky avait laissé le groupe exténué, et que Cantat avait payé cher les excès, en soins intensifs de ses cordes vocales, mises à rude épreuve. Donc, ceci peut expliquer peut être cette tendance à moins d’excès sonores ?

 

Assurément, cet album ne laisse pas de glace, les réactions de la presse et du public sont assez tranchées. On aime, ou on n’aime pas, mais on ne reste jamais vraiment insensible. Faut dire que l’environnement musical de l’époque battait de l’aile. Le rock n’avait pas du tout le vent en poupe ! Et c’est le moins que l’on puisse dire. Souvenez vous, c’était l’explosion des boys bands, et 2 BE 3 éclatait dans les charts avec leurs chorégraphies bodybuildées huilées. Noir Désir, s’en moquera d’ailleurs, très ironiquement en réalisant le clip d’un homme pressé totalement calqué sur les clips de cette nouvelle mouvance des boys band pré fabriqués.

 

En outre, 666,667 Club c’est avant tout 13 morceaux, qui nous plongent dans cette ahurissante disparité sonore, tout en restant limpide… C’est aussi ça la magie Noir Désir. Diversité, mais cohésion. On trouve donc, de tout dans cet album, un instrumental "666 667 Club", où les guitares aériennes, les percussions pulsatives, et autres instruments flirtent  avec exotisme. On découvre aussi des morceaux apaisés, où le maître mot reste le travail du détail, exemple « Ernestine » avec ses violons du plus bel effet ou même « Septembre, En Attendant » où l’on s’arrête de respirer quelques secondes tellement les notes une à une dégoulinent sur notre échine gelée par tous ces frissons que nous procurent ces paroles sublimes. Idem pour « a la longue ». Dans un tout autre registre « Song for JPL », simple mélodie avec guitare sèche, et chant mi blues, mi survolté façon punk, qui est un hommage curieux et surprenant à ce grand Monsieur Jeffrey Lee Pierce, un songwritter très apprécié par Nick Cave, Henry Rollins, les Red Hot Chilli Peppers, Cocteau Twins, et bien sûr Noir Désir. Et pour les morceaux les plus rentre dedans, évidemment « L'Homme Pressé », « Comme Elle Vient » « Un Jour En France »,  …

 

Et voilà… Un album très riche encore une fois autant sur le fond que la forme, où l'aspect revendicatif est mis en avant, sans pour autant estropier la qualité des compositions. Le quatuor bordelais nous émerveille, nous interpelle… à suivre …  

A écouter : comme elle vient, septembre en attendant, homme press
14 / 20
2 commentaires (14.5/20).

Dies Irae ( 1994 )

Nous sommes en 1994, la tournée Tostaky (qui avait lieu durant l’année 1993) s’est achevée, le groupe en sort totalement épuisé. C’est un peu le « vide » après s’être donné autant, besoin du repos du guerrier en quelque sorte. Cantat a les cordes vocales en vrac, et doit soigner très sérieusement sa gorge qui lui cause de plus en plus de soucis. De son côté Serge Teyssot-Gay  vaque à son side project. La période n’est pas vraiment à la composition d’un nouvel album … Alors pourquoi ne pas ravir les fans avec un live ? D’autant plus que cette Idée de live trottait depuis un certain temps dans les pensées du groupe. C’était maintenant ou jamais... D’autant plus que la tournée fût vraiment fameuse !
Dans une interview de rock n folk de 1994 on peut lire Bertrand Cantat dire :
« Contrairement à nos prévisions, nous avons aligné une centaine de concerts. Notre logique nous poignarde dans le dos, puisque nous avions exigé des salles à capacité moyenne qui nous ont obligé à doubler certains concerts. A l'avenir, nous ne savons pas quelle sera notre stratégie : nous ne pouvons pas être aveugles et ignorer tous ceux qui sont restés dehors. Si on doit faire des grandes salles, il s'agira peut-être de mini festivals avec d'autres groupes. Mais nous ne savons pas ce qui peut se passer, la prochaine tournée n'est pas pour demain et n'aura peut-être jamais lieu... Les festivals dans lesquels nous jouons pour terminer correspondent à une autre dimension. C'est quitte ou double. Quand ça marche vraiment bien, nous éprouvons d'autres sensations que dans les salles. L'électricité que dégage le public est démultipliée. Il est incroyable avec nous et, certains soirs, il nous relance. Nous, nous sommes rarement contents de nous... alors heureusement qu'il est là ! »

Voilà qui en dit long sur ce que devait être la fougue de cette tournée… Dies Irae est donc un double live de 22 titres (+ 2 morceaux cachés) qui retrace l’énergie de Noir désir sur scène lors de cette fameuse tournée de Tostaky. De la folie, sans conteste, et on le croit volontiers, vu le contenu sonore de ce live. Même certains critiques compareront le jeu scénique de Cantat aux prestations mythiques de Jim Morisson (Doors) ! C’est pour dire !

Plus concrètement, ce live nous donne comme pourrait le faire une bonne compil, l’étendu des meilleurs morceaux des bordelais, dans une version plus énervée, plus électrique (suite logique à Tostaky). Vous l’aurez compris il s’agit ici des meilleurs morceaux des albums ‘veuillez rendre l’âme », « du ciment sous les plaines » et bien entendu « tostaky » dans une version beaucoup plus enragée, et brute. On y retrouve de l’ancien comme du plus récent , dans une sauce aliénée, et délirante « tostaky », « ici paris », «  à l’arrière des taxis », « Marléne », j’en passe et des meilleurs. De plus, le groupe nous fait le plaisir de nous concocter quelques reprises jusque là inédites, qui ne dénotent aucunement avec le reste du répertoire. Ce live pour le coup s’écoute du début jusqu'à la fin, sans accrochage, sans fioriture, tout est limpide, tout est bon, puissant, électrique, fougueux, ardent, pulsatif… On y retrouve un Cantat complètement déchaîné, et on saisi mieux comment ses cordes vocales à la fin de la tournée ont eu du mal à tenir le choc ! Le groupe est immodéré, prodigue, … On regrette juste de ne pas avoir ni l’image, ni la chaleur du concert avec ce son qui laisse imaginer des ambiances surprenantes… On comprend mieux aussi pourquoi ils sont choisis ce nom « Dies irae » qui signifie Jour de Colère. Le combo était là, pour se rendre soir après soir sur scène pour délivrer à tripes ouvertes tout ce qu’ils avaient à donner. C’est encore une fois un Noir Désir franc, généreux, et remarquable que l’on retrouve. A noter aussi deux morceaux cachés « i want you » et « la chaleur » complètement ahurissant tellement ils sont chaotiques, et enragés.

 

Liste des chansons CD1
1 La rage
2 Here it comes slowly
3 Ici Paris 3 La Chaleur
4 One trip / One noise
5 Alice
6 Les Ecorch

A écouter : tostaky, ici paris,
18 / 20
5 commentaires (18.6/20).

Tostaky ( 1992 )

Pochette assez concise, avec une tonalité sépia très contrastée, c’est une photographie des quatre membres du groupe à peine reconnaissable, car ils sont de dos, le tout en plan rapproché. Assez étonnant, voire même surprenant à prime abord, il est rare de se montrer sous cet angle. Serait ce une façon de montrer combien il conteste les dictats établis par Madame Industrie du disque ? … allez savoir … En tous les cas, nous voilà bel et bien face au nouvel album de Noir désir, qui semble afficher dés le début le contre courant, et le paradoxe. Encore une fois Noir Désir surprend ….
 "Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien", voilà un refrain des plus endiablés que l’on retrouve dans cette nouvelle mouture, refrain catapulté avec sa rafale de riffs prodigieux et accrocheurs, il s’agit ici de ‘tostaky’, morceau au même nom que l’album. Incontestablement, Noir désir se durcit, s’intensifie, s’affranchit, se radicalise, gagne en maturité, et déploie ses talents, sur la scène rock française qui reste totalement abasourdie.

Cet album tout en restant dans une lignée logique d’un Noir Dez, donne au groupe une nouvelle apparence plus aboutie, plus déterminée même. On retrouve bien évidemment les ingrédients qui font la patte d’un Noir Désir, le chant en anglais, espagnol, et bien sur en français, chanté, braillé, murmuré. Cantat encore une fois nous prouve qu’il jongle avec les mots avec autant d’arrogance, et de contenance. Les vrombissements de ses cordes vocales balancent tantôt du froid, tantôt du sublime, tantôt de l’insupportable, tantôt du lourd de sens surtout quand il s’attaque sans relâche au politiquement tendancieux. C’est même déconcertant autant de proses sophistiquées, et subtiles sur des thèmes aussi difficiles. Le fond a autant d’impact que la forme. Des mots radicaux, pour des thèmes incroyables.
Dans Ici paris on peut entendre Cantat chantant « Marianne rebelle me disait, Qu'elle est plus jolie métissée, Ici Paris, Caravanes, vent du désert, Mais nous n'irons plus a la guerre, a l'attaque, Ici New York, ici Moscou, Chacun pour soi, tous pour les sous, solidaires », ça boue, ça gicle, ça fait mal, on dirait un volcan en éruption prêt à faire trembler la terre entière. Un big Bang sonore, Noir désir dans cet album prend en puissance, se laisse aller à la saturation. Tostaky est indéniablement le plus électrique de tous les albums de Noir désir, et c’est sans doute pour cela, que les amateurs de métal, et de sons saturés s’y intéressent. D’autant plus que pour le coup la scène alternative se sent en osmose avec les nouvelles causes promues par ces textes acides et accusateurs. Faut dire aussi qu’en production, il n’y a pas n’importe qui ! Ted Niceley lui même, personnage emblématique dans la scène hardcore qui a collaboré entre autre avec Fugazi. Nous sommes bien loin de la mélodie ‘aux sombres héros » et pourtant …

Tostaky est indubitablement un joyau, sincère, franc, tout y est vrai, brut, et sans conteste. Les thèmes chiadés, la texture rugueuse électrique n’est pas pour me déplaire, la poésie, la fougue et la spiritualité. Tout est en paradoxe. Tendre et énervé. Un bouquet d’émotions impérissables.
Je finirais « en beauté » cette chronique simplement par les sublimes paroles du morceau « Marlene », un admirable hommage à l’actrice Marie Magdalena Dietrich, connu sous le nom de Marlène Dietrich, qui étant né 1901 à Berlin-Schöneberg se trouva plongé dans l’ère Hitlérienne, à savoir aussi, qu’à côté de sa glorieuse carrière, Marlène Dietrich prit ses distances à l'égard de son pays en condamnant le nazisme. (Et c’est bien pour cela que Noir Désir fait son hommage ici).
« oh Marlene, les coeurs saignent, et s'accrochent en haut, de tes bas, oh Marlene, dans tes veines, coule l'amour, des soldats, et quand ils meurent ou s'endorment, c'est la chaleur de ta voix, qui les apaise, et les traîne, jusqu'en dehors des combats, oh Marlene, c'est la haine, qui nous a amener la, mais Marlene, dans tes veines, coulait l'amour des soldats, eux quand ils meurent, ou s'endorment, c'est dans le creux de tes bras, qu'ils s'abandonnent, et qu'ils brûlent, comme un clope, entre tes doigts, Hier und immer,Da kennt man sie, Kreuz unter Kreuzen, Marlene immer liebt. »

A écouter : Marl
14 / 20
1 commentaire (10/20).

Du ciment sous les plaines ( 1991 )

Voilà un album trop sous estimé, trop méconnu dans la carrière de Noir Désir, d’ailleurs à l’époque de sa sortie, la presse l’avait plutôt mal accueilli, pour certains c’était un album trop déraillé, trop brut, trop électrique, trop bruyant, voire trop brouillon. Ah ben oui, qu’est ce vous croyez messieurs dames, c’est que nous sommes loin de la mélodie de « aux sombres héros de l’amer… ». Ici pas de ‘tube’ à matraquer sur les ondes FM,… C’est la déception la plus totale pour nos pauvres amateurs de tubes sortis à la chaîne, puis matraqués, et remâchés. Noir Désir est malheureusement un vrai groupe de rock n’ roll, avec de vrais morceaux incisif à l’intérieur, qui décrasse à grands coups, les pauvres petits tympans effarouchés. Ah ! Ah ! Ah ! Je pense surtout que les critiques de l’époque n’avaient sûrement jamais du prendre le temps d’écouter en entier « veuillez rendre l’âme à qui elle appartient », et n’avaient écouté que le ‘tube’ sortant, sans vraiment chercher à comprendre plus loin, pour pouvoir être déçu à ce point. Enfin… On beau dire, nous avons affaire ici à un groupe vraiment hors norme, qui n’a pas envie de se mouler à quoi que ce soit. Et la cohérence entre « veuillez rendre l’âme à qui elle appartient » et « du ciment sous les plaines » n’est pourtant pas si lointaine bien au contraire…

Dans ce nouvel album, Noir Désir reste toujours aussi majestueux, aussi prodigieux , catégoriquement plus fou, c’est vrai, beaucoup plus tarés, plus impulsif, plus enragé, plus expérimental. D’ailleurs il affiche simplement et clairement la couleur. Le rouge.
Et oui, pochette habillée joliment de cette couleur monochrome, tantôt rouge révolutionnaire, tantôt rouge agressif, ou rouge passionné, rouge ardent, rouge vif, rouge feu... Toutes les multiples facettes sont belles et bien là. Avec un Cantat de plus en plus charismatique et torturé, qui semble laisser un peu de côté les références poétiques (Maïakovski, Lautréamont), pour exulter plus de rage, plus de spontanéité, et plus d’électricité.
Niveau musical c’est un vrai feu d’artifice, ça claque, ça surprend, ça détonne…  Nous voilà face à 14 morceaux, déjantés où Le rock devient plus acerbe, plus percutant, les ambiances deviennent plus acérées, plus aliénantes, plus acides. Ce qui est d’ailleurs étonnant dans cet album, c’est l’enchaînement surprenant des univers assez disparates, morceau, après morceau. On est plongé d’un coup ici et là, dans des folies, harmonica, ou autre cris divers, des guitares juvéniles, ce qui donne au final des ambiances toujours à « border line ». Ca crépite, grésille, et, des textes toujours plus malsain les uns que les autres moulés dans un rock beaucoup plus corrosif, et déliré. On navigue dés lors d’univers à un autre, sans frontière, et quelques fois, on tombe dans des Mondes assez cocasses, voire saisissant, et saugrenu.
Exemple flagrant : « La chanson de la main » voici les paroles de cette chanson suréaliste:
non, j'n'ai pas les doigts qui pendent, non, j'n'ai pas les doigts qui pendent, ou comme des tentacules, ou comme des tentacules, le poulpe indépendant court le long du couloir, avancez, avancez petits doigts, avancez, avancez petits doigts, que je vous considère jusqu'a c'que vous fuyez, beaucoup plus loin de moi, beaucoup plus loin de moi, elle vient, elle vient de loin la chanson de la main, elle vient, elle vient, de loin la chanson de la main.
Ahurissant… c’est le mot …
Cet album est très disparate, et de ce fait, il détient quelques petites perles, comme d’autres morceaux peut être moins faciles d’accès. Ceci dit j’aime ce cocktail « melting pot », qui a tendance à perdre l’auditeur. C’est un peu insupportable, et déroutant, mais Noir Désir ne laisse jamais rien au hasard. Un album ; comme un jeu de piste, à nous de trouver les indices, et de creuser d’autres strates encore pour accéder peut être à un ailleurs. On remarquera en tous cas "Charlie", "En route pour la joie", ou "The holy economic war», entre autre qui sont des morceaux extraordinaires en émotion, en force, en profondeur, aujourd’hui encore ils  restent des morceaux incontournables dans la carrière de Noir Désir.
Pour conclure je dirais que « Du Ciment sous les plaines » est un album dur d’accès ; certes, car son côté totalement déjanté, quasi border line peut être complètement incompris. Mais il reste incontournable, et délicieusement acidulé.

A écouter : Charlie", "En route pour la joie", ou "The holy economic war"
18 / 20
7 commentaires (18.93/20).

Veuillez Rendre l'âme (à qui elle Appartient) ( 1989 )

« Veuillez rendre l'âme à qui elle appartient », péripéties énigmatiques, histoires obscures, aventures célestes, infernales, acides, voire même corrosives, nous voilà immergé pour sûr dans du Noir Désir grand cru, qui fait mal, mais qui apaise un peu. L’écoute passe, minute après minute, heure après heure, mois après mois, année après année, ces litanies, ces maux, ces climats, ces pressions repassent et trépassent dans une mélodie écorchée vive, exutoire, à feu et à sang, sans s’essouffler. Soupirant des vagues abruptes d’un rock raillé emprunté à des post punks éreintés, flirtant avec un Boris Vian des temps moderne, ou mélange d’un Bashung métamorphosé en Arno, qui déferlerait de part et d’autres de ses tripes alors déraillées, des horreurs mais toujours si humaines.
Peu importe les années, peu importe les endroits, cet album est une référence qui n’a pas pris une ride « humaine ». Je dis « humaine », car j’avoue être perdue sur le plan purement esthétique de la production. ‘Le son est vieux’, on ne peut pas vraiment affirmer cela. ‘Le son est garage’, pas tant que ça… En fait, je ne sais même plus si je n’ai pas trop écouter cet album, je dois être incontestablement absorbée par ces aventures qu’il évoque, et de ce fait, je deviendrais entièrement incapable de me rendre compte si en effet le son est intemporel ou pas. J’aurais envie de dire qu’il est. Car pour moi c’est un opus qui n’ai pas monnayable, qui n’a pas a proprement dit ni début ni fin, il ne fait que tourner comme une spirale… Une spirale qui toucherait avec malice l’intemporel. Il a un son Rock très particulier, que je ne connais pas à d’autres, c’est peut être pour cela qu’il m’est difficile de saisir s’il est vieilli ou pas.
A chaque écoute, Noir Désir, avec cet album, nous emmène loin, si loin dans la torpeur, proche d’une musique délicatement insalubre. L’écoute reste indélébile, comme une cicatrice au fer rouge, car les mélodies simples, efficaces, s’enroulent comme un serpent autour de notre cou apeuré… Strangulation de l’esprit, avec ces notes, ces mots choisis en français mais aussi en anglais, nous sommes oppressé par ces riffs diaboliques, noué de chœurs lourds, et une batterie impolie. Noir Désir est un groupe alors jeune, c’est peut être pour cela que les mots choisis sont plus corrosifs, Fougueux, spontanés, ardents et aussi tranchants.

Sans doute l’un des premiers tournant dans le rock français « énervé » (dans tous les sens du terme). D’ailleurs l’album sera le premier grand moment de consécration pour le groupe grâce au titre "Aux sombres héros de l'amer". C’est simple… Nous sommes à peine en 1989, Noir désir passe en boucle dans les radios, et tout le monde connaît ce refrain ‘aux sombres héros de l’amer… » … Et même si certains ne saisissent sûrement pas toute la tragédie de ce morceau, Noir Désir pulvérise le TOP 50 de l’époque. Ce morceau, c’est vrai, reste très fort sur plusieurs plans, ceci dit, à mon humble avis il ne relate pas tout ce que cet album a de magique, de tragique, de poignant, et de sulfureux.
Il suffit de se pencher sur le contenu des textes pour saisir que notre Cantat est un plus qu’un poète. Avec « Les écorchés vifs », Noir désir, nous prouve qu’ils ne portent pas ce nom par hasard. Il y a quelque chose d’étrange qui jaillit dans les veines de ces bordelais, quelque chose de tellement malsain, c’est surprenant, belliqueux… Les figures de style bondissent, les mots ricochent aux quatre coins de ce rock brut imperturbable, les images comme des faucheuses assoiffées taillent dans tous les sens, ça pullule d’ambiances lourdes de sens, et flambent comme un brasier révolutionnaire.
 La preuve noir sur blanc, voici quelques paroles du morceaux « Les écorchés »

(…) Puisqu'on se lasse de tout, Pourquoi nous entrelaçons-nous ? Pour les écorchés vifs, On en a des sévices, Allez enfouis-moi, Passe-moi par dessus tous les bords, Mais reste encore, Un peu après, Que même la fin soit terminée, Moi j'ai pas allumé la mèche. C'est Lautréamont, Qui me presse, Dans les déserts, Là ou il prêche, Ou devant rien, On donne la messe, Pour les écorchés. Serre-moi encore, Étouffe-moi si tu peux, Toi qui sais ou, Après une subtile esquisse, On a enfoncé les vis... Nous les écorchés vifs. On en a des sévices. Oh mais non rien de grave, Y'a nos hématomes crochus qui nous, Sauvent, Et tous nos points communs. Dans les dents, Et nos lambeaux de peau, Qu'on retrouve ça et là, Dans tous les coins, Ne cesse pas de trembler, C'est comme ça que je te reconnais, Même s'il vaut beaucoup mieux pour toi, Que tu trembles un peu moins que moi. Emmène-moi, emmène-moi. On doit pouvoir, Se rendre écarlates, Et même, Si on précipite, On devrait voir, White light white heat (…)
Je pense que tout est dit. Cet album est un véritable bijou aigre/doux, (à tendance corrosif) un album incontournable, pour tout ceux qui apprécie le rock à l’état brut.

A écouter : les
18 / 20
7 commentaires (18.93/20).

Veuillez Rendre l'âme (à qui elle Appartient) ( 1989 )

Veuillez Rendre l'Ame (à qui elle Appartient) : Second jet et premier coup de maître pour un groupe qui n'en avait que faire. Dix comme vingt ans plus tard, malgré les coups du sort et en dépit d'une séparation à présent actée, la flamme des bordelais brûle de la même énergie brute que celle qui les animait à l'origine. Cet album à la fois d'une importance capitale et à part dans la discographie d'une formation atypique et parmi les plus remarquables que le Rock et la Chanson française aient connu en est le principal combustible.

Veuillez Rendre l'Ame... ou la source. Patiemment alimentée à l'irrévérence intelligente, à la poésie et à la rébellion, avec un grand "R", chevillée au corps des FerreCash et Brassens. Celle qui sans se laisser détourner ni perdre son cours avait su se faufiler discrètement jusqu'au plus profond des fondements de la musique populaire moderne et qui aura subtilement mais durablement marqué les esprits. La musique de Noir Désir est à "leur" image: insoumise, indomptée, chargée de références, accessible mais dense et lourde de sens, peut être plus en cette année 1989 que jamais par la suite. Même si Un jour en France.

Pour beaucoup, Veuillez Rendre l'Ame… est la première véritable rencontre du grand public avec un homme, une voix et une certaine façon de faire sonner le Rock (en) français. Derrière ce pseudonyme d'un romantisme sombre désuet et un brin kitsch, une bande de jeunots irradiés par la fougue et la folie, une fièvre synonyme de liberté, incarnée par une belle gueule au timbre magique et à l'âme (déjà) malmenée, qui transpire la passion et capte toutes les attentions.
Propulsé sur le devant de la scène par Aux sombres héros de l'amer, titre enflammé, grave et mélancolique, premier immense hymne transgénérationnel d'une longue série, Veuillez  Rendre l'Ame… est pourtant bien plus qu’une collection de titres plaqués derrière un unique tube et un leader charismatique. C'est un disque charnière, un peu éclipsé par sa descendance qui, dans la logique des choses, lui doit pourtant presque tout autant qu'elle lui permet rétrospectivement de venir s'inscrire au panthéon de la musique francophone. Un disque littéralement bâti à la force des bras et à la sueur des fronts, direct et néanmoins subtil, moins frontal et plus intemporel que ses successeurs les plus renommés (Tostaky666.777 Club), porteur d'une urgence et d'une tension frémissantes, à fleur de peau. 
Un disque radical, sans concessions dans son exécution comme dans l'esprit qui l'habite,  plus garage, folk, sale et bluesy que n'importe quelle autre sortie du quatuor sans réellement être ni les uns ni les autres. L'état de grâce du premier album brut, fougueux, traversé en sus de fulgurances d’obédience Post-Post Punk (concept n’est ce pas?) flamboyant ala Gun Club, débordant d'énergie et d'envie de faire entendre son propos.
Noir Désir rompt avec une mauvaise habitude hexagonale de mettre plus souvent que de raison de l'eau dans son vin (du "rock" dans le punk - généralement plus déjanté que méchant - de la pop dans le Rock et ainsi de suite) et de jouer gentil là où les voisins britanniques ou US, par exemple, au cours de la décennie fraichement écoulée, creusaient déjà toujours plus profond et devaient bien souvent leurs plus beaux faits d'arme à leurs aventuriers, adeptes de la ligne dure et autres ennemis du consensus mou.

Noir Désir est de ceux-ci. Noir Dez’ crie et vit le rock, le vrai. Riche mais urgent, sans fioritures ni compromis. Le possédé, l'écorché, le dramatique. Direct mais poétique. Celui qui racontait une histoire sans même prononcer un mot mais dont la parole vient ici pourtant encore embellir le récit (Les écorchés, Apprend à dormir). Le Rock exutoire chauffé à blanc, en éclats de guitare inventifs, tortueux, insidieux et décomplexés qui refusent de nous quitter l'esprit un fois qu’ils y ont pénétré (Joey II, The wound), en cavalcades effrénées (What I need, A l'arrière des taxis), en renfoncements sombres et intimistes, en dégringolades émotionnelles (Sweet mary). Une musique profondément brute, humaine, qui raconte et peuple la vie, en petites anecdotes comme en brûlots enflammés. Une musique qui abolit les frontières et abat les murs. Une musique fulgurante mais de tous les instants, continuelle bande son de son époque.

Noir Désir, groupe éternel.

A écouter : Absolument.