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Biographie

Mr. Bungle

Formé en 1985 en Californie dans le petit bled d'Eureka par des camarades de lycée, Mr. Bungle est composé au moment de sa signature par Warner en 1991 de Mike Patton (chant, claviers), Trey Spruance (guitares, claviers), Trevor Dunn (basse), Danny Heifetz (batterie), Clinton McKinnon (saxophone), et Theo Lengyel (saxophone). Mike Patton est en parallèle chanteur du groupe de fusion Faith No More, ce qui permet à Mr. Bungle de gagner en notoriété et d'être signé par une maison de disques importante, mais ralentit la production du groupe qui ne produira que trois albums en huit ans.

Le style de Mr. Bungle est reconnaissable aux changements brutaux de rythme, de style et d'ambiance au sein d'un même morceau (à la manière de Naked City ou Frank Zappa). Au confluent de nombreuses influences (Slayer, John Zorn, György Ligeti,...), la coloration des albums évolue progressivement : le mélange de metal et de ska des débuts laisse place à un rock teinté de free-jazz, puis à une musique plus pop. Leur musique reste toutefois en marge de la production musicale classique et difficile d'accès.
Le groupe s'est aussi fait remarquer par ses performances scéniques décalées. Les membres apparaissaient déguisés de manière grotesque, Mike Patton portant un masque de cuir (ou de latex), d'autres déguisés en femmes. Pour la tournée qui a suivi l'album Disco Volante, de longues séquences étaient réservées aux improvisations bruitistes les plus extrêmes. Le groupe appellera cette tournée le Théâtre de la Cruauté en référence au concept d'Antonin Artaud.

Ses membres n'ont plus l'intention de collaborer dans l'avenir, préférant travailler à leurs projets personnels : Fantômas, Tomahawk, et Peeping Tom, notamment, pour Mike Patton, Secret Chiefs 3 pour Trey Spruance, par exemple. Bien qu'il n'y ait pas eu de communiqué officiel annonçant la séparation, Mike Patton a annoncé dans une interview donnée en tant que membre de Fantômas vers 2005 que "Mr. Bungle n'existe plus".

Mais le Bungle n'a en fait pas prononcé sa dernière bafouille, puisqu'en 2019 Trey Spruance, Trevor Dunn et Mike Patton décident de ressusciter le cadavre en s'attaquant au réenregistrement de la toute première démo The Raging Wrath Of The Easter Bunny, pour donner aux morceaux le rendu qu'ils méritaient (en effet la démo d'origine était quasi inaudible). D'obédience clairement Thrash Metal, ces titres devaient être réinterprétés avec les plus grands de la scène, c'est à dire Dave Lombardo (ex-Slayer, Fantômas, Dead Cross) à la batterie et Scott Ian (Anthrax) à la guitare rythmique, très excités par le projet. L'enregistrement s'est fait en dix jours après une série de concerts joués à guichets fermés aux Etats-Unis. Pour en faire un album complet le groupe a intégré des inédits de l'époque ainsi qu'une reprise de Corrosion of Conformity (Loss For Words). L'album ainsi agencé sort finalement en octobre 2020, naturellement hébergé par Ipecac Recordings.

18 / 20
8 commentaires (15.5/20).
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The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo ( 2020 )

L’action originelle se situe en 1985 à Eureka, bourgade du nord de la Californie. Un trio d’ados instables d’environ 16 piges s’ennuie ferme, et décide alors de monter un groupe de musique sauvageonne et curieuse. Trey Spruance, Trevor Dunn et Mike Patton appelleront l’entité du nom clownesque de Mr. Bungle (tiré d'une obscure vidéo éducative pour enfants) histoire de bien se démarquer des autres formations de jeunes désœuvrés de la région. Une ribambelle d’acolytes défilera au sein de l’équipe, le temps de pondre trois démos plus que douteuses, jusqu’à une stabilisation du line-up en 1989 qui leur permettra de sortir le fameux album sans titre de 1991, ainsi que les deux suivants, chez Warner. Le mystère reste entier encore aujourd’hui quant à leur ascension dans le cœur des petites gens, du fait de compositions qui se permettaient toutes les folies, et ne semblaient s’octroyer aucune limite raisonnable. La toute première pierre de cet édifice aussi improbable que majestueux fut donc la démo The Raging Wrath Of The Easter Bunny, imprégnée du Thrash Metal typique des années 80, à la production tout à fait dégueulasse et sortie uniquement en cassette. Un objet difficilement identifiable, quasiment inaudible, mais qui suggérait déjà une qualité d’écriture impressionnante pour des gamins de cet âge.

Le Bungle resurgit en 2020 de son cercueil mal fermé, le trio désormais presque quinqua, qui a bourlingué à peu près dans toutes les directions, ne cache pas son envie de retrouver son âme de gosses paumés mais foutrement inspirés, électrisés par la scène Thrash de l’époque. Pour se faire il était nécessaire de réenregistrer The Raging Wrath…, lui octroyer toute la saveur qu’il méritait avec un rendu digne de ce nom. Et quoi de mieux que de s’attacher les services de deux darons du Thrash 80’s (Dave Lombardo de Slayer et Scott Ian d’Anthrax) pour optimiser la démarche ? Quelques représentations et 10 jours d’enregistrement plus loin l’affaire était pliée, augmentée d’une interprétation inédite et salutaire pour en faire un vrai long format.

Bien sûr celles et ceux qui attendaient (étrangement) une suite logique (?) à Disco Volante et California seront déçu.e.s, car il n’est évidemment pas question ici d’éclater toutes les barrières mais plutôt de les rassembler en un tronc commun qui a vu naître Mr. Bungle et l’a même accompagné jusqu’à la (non) fin en toile de fond, malgré la multiplication des styles proposés. Cela dit le pète au casque propre au Bungle demeure présent, par l’intermédiaire d’un Patton au sommet de sa forme, des solos ébouriffants de Spruance, du jeu de basse complètement dingue et rugueux de Dunn, ou d'une Cucaracha intempestive. D’ailleurs, bien que le contenu soit résolument Thrash le groupe recomposé n’oublie pas de nous introduire en douceur par quelques notes fragiles (Grizzly Adams), afin de correctement nous casser la gueule dans les grandes largeurs ensuite. Ainsi Anarchy Up Your Anus nous arrange le portrait dans un cadre Punk Hardcore, Raping Your Mind porte vraiment bien son blase, ou le diptyque Hypocrites / Habla Espanol O Muere (association d’un inédit de l’époque et d’une reprise du Speak English Or Die de S.O.D.) nous assomme sous un déluge riffique démentiel. L’occasion de souligner l’apport indéniable de Scott Ian à la guitare rythmique, qui fait réaliser que personne d’autre ne pouvait officier à ce poste, tout comme l’indétrônable Lombardo derrière les fûts, qu’il martyrise à l’envie avec son feeling monstrueux.

Plus loin le très consistant Methematics laisse échapper encore un peu plus de déviance à travers quelques cassures et enchaînements audacieux, organisant la rencontre d'un Slayer psychologiquement atteint avec le Punk des bas-fonds, mangé ponctuellement par un riff extirpé du Love Is A Fist présent sur le premier album du Bungle. En fait il n’y a absolument rien à jeter, l’excellent single Eracist rappelle partiellement le Surprise! You’re Dead! de Faith No More, Spreading The Thighs Of Death met à l’amende environ tout ce qu’a produit la scène depuis 40 ans, la reprise orgiaque du Loss For Words de Corrosion Of Conformity sublime totalement l’original, et le coup de grâce Sudden Death nous enfonce la tête dans le seau à grands coups de trique avec la même détermination infaillible.

35 ans plus tard The Raging Wrath Of The Easter Bunny se révèle sous une lumière qui le place définitivement parmi les meilleurs albums Thrash de tous les temps, rien de moins. Une performance aussi inattendue que renversante qui confirme - s’il y en avait encore besoin - tout le talent de ses auteurs, prenant un pied incommensurable à exécuter le dossier mis à jour, bien aidés par deux éminents représentants de la scène. Un tour de force qui marquera nos mémoires au fer rouge et qui donnera éventuellement lieu à d’autres albums, qu’il s’agisse d’une réactualisation des deux autres démos, ou bien de nouvelles œuvres imprévisibles. Supposons que nous sommes en droit de l’espérer.

The Raging Wrath Of The Easter Bandcamp.

A écouter : comme des ados redécouvrant le Thrash.
19 / 20
6 commentaires (19.33/20).
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Disco Volante ( 1995 )

1995, Faith No More connaît un succès dégoulinant et fait naturellement la tournée des stades et autres festivals estivaux… Mike Patton, peut-être un peu las de toutes ces paillettes et surtout en mal de création, va trouver refuge dans son side-project, aujourd’hui devenu aussi culte que FNM pour les amateurs du gominé, Mr Bungle. Le clown maléfique met tout le monde d’accord avec la livraison de Disco Volante, évolution totalement hallucinée du génial et déjà bien cramé précédent opus. Si ça ne tenait qu’à moi, je dirais qu’il s’agit là du chef d’œuvre de Mr Bungle, le chef d’œuvre de Trey Spruance, Mike Patton, et Trevor Dunn. Un album référence qui donnera le ton sur les différents projets des protagonistes cités plus haut. On pensera notamment à Fantômas, Tomahawk, Secret Chiefs 3, ou encore Moonchild Trio.

Jazz, death-metal, noise, musette, pop, cabaret, etc… se succèdent, se percutent, s’accouplent pour former une sorte de créature musicale mutante, à l’apparence improbable mais dont le cœur se révèle absolument construit au fil des écoutes (qui seront nécessairement nombreuses). Disco Volante est donc une entité capable d’enfiler une multitude de visages, créée par des cerveaux malades en mal d’expérimentations. On ne sait plus où donner de la tête entre les ambiances lourdes, bruitistes et primales (Everyone I Went To Highschool With Is Dead et ses chœurs désenchantés), voire technoïdes (Desert Search For Techno Allah), les entames jazzy qui explosent sans crier gare pour enchaîner sur un plan free death, en passant par des phrases chantées, murmurées, vieillies (Carry Stress In The Jaw), hurlées la seconde d’après, accompagnées d’un accordéon puis d’une mandoline (Violenza Domestica en italo-espagnol dans le texte). Suivrons un interlude guilleret et popisant, mais aussi inquiétant (After School), puis Phlegmatics et son départ canon sur un rythme thrash metal qui se muera en dialogue déroutant entre clarinettes…  Ma Meeshka Mow Skwoz, dans un délire de cirque festif, rappellera le premier LP du Bungle, ou The Bends, long morceau perturbant et perturbé, découpé en plusieurs ambiances distinctes à fort caractère cinéphile encore une fois. Backstrokin’ se pose en nouvel interlude qui fera étrangement penser au travail de Patton sur le film A Perfect Place, laissant justement place au très free jazz et cartoonesque Platypus, entamé succinctement par des riffs lourds un brin déconstruits.

Enfin, l’écoute de Merry Go Bye Bye, le titre final en deux parties - dont une cachée nommée Noises - nous achèvera dignement. Une entame enthousiaste en forme de chansonnette folk 50’s, coupée brutalement par un thrash/death des familles, agrémenté de sonorités électroniques grinçantes ou oppressantes, entrecoupé d’une ligne de guitare qui évoquera Tomahawk. Pour clore cette première partie, une chanson langoureuse apparaît, dans un style « crooner » affectionné par le gominé, qui inspirera certainement Pink Cigarette sur California. Ce qui s’apparente à la seconde partie du morceau est surtout un joyeux bordel dissonant où tout le monde évalue ses capacités à jouer faux, et ils se débrouillent plutôt bien les cons ! Quasiment inaudible mais parfait quand il s'agit de clôturer un objet musical totalement cinglé et hors du temps.

Sans nul doute, Disco Volante est de loin l’album le plus expérimental de Mr Bungle. Le groupe arrive en outre à envelopper cet amoncèlement de sonorités dans une atmosphère cinématographique tout à fait singulière bien qu’inspirée du surréalisme, qui se perçoit déjà au premier contact par le visuel du disque. Les univers de David Lynch ou de Stanley Kubrick – pour ne citer qu’eux – ne sont jamais bien loin à l’écoute d’un disque qui pourrait être la bande originale de leur œuvre la plus dérangeante. Le genre de musique que l’on écoutera dans 150 ans avec la même jouissance ressentie aujourd'hui pour Bach, Charles Mingus, Miles Davis ou John Cage. Dans le domaine de la folie créatrice, Mr Bungle intègre définitivement l’équipe des meilleurs spécialistes contemporains.

Disco Volante peut s'écouter sur Deezer.

A écouter : en famille.
18 / 20
4 commentaires (17/20).

s/t ( 1991 )

Mike Patton est fou. Vous en doutiez ? Musicophage avant tout, ses univers décalés, sa musique complexe et son charisme légendaire font de lui un acteur majeur du monde musical, qui n'a que faire des carcans habituels de l'industrie. Le genre d'individu qui a le talent suffisant pour faire évoluer les genres. Son truc à lui, c'est l'ambiance atypique, le goût prononcé pour les mélanges improbables, le non conformisme dans toute sa splendeur.
Tout le monde connaît Faith No More, le groupe le plus connu du frontman talentueux. 
Nous sommes en 1991, Patton et Faith No More font une pause, et laissent les charts américains se remettre du fameux "The Real Thing" qui contamine la jeunesse américaine. Pendant ses vacances improvisées, Mike retrouve ses potes de lycée et enregistre avec eux ce qui deviendra quelques années plus tard un album cultissime. Quand on a pas peur de mélanger métal, ska, jazz, scatologie, porno et humour noir, et qu'en plus on a du talent, tout devient possible...

De toute la liste des side projects et groupes auxquels Patton a participé, Mr Bungleest celui qui sort le plus du lot, de par la virtuosité des musiciens, l'aura artistique que dégagera le projet, et simplement par ce que représente un tel bordel pour le début des années 90. Tout le monde retient de Mr Bungle l'album Disco Volante, deuxième effort où nos joyeux drilles repousseront les frontières du n'importe quoi, et qui annonce en fanfare l’émergence de groupes tels que Fantômas, The Dillinger Escape Plan, ... Il serait pourtant dommage d'en oublier ce premier album, moins connu mais tout aussi culte. Et tellement plus fun...

Attachez vos ceintures, le voyage au pays des clowns flippants commence...

Réunir l'orchestre d'un hôpital psychiatrique sous la houlette de John Zorn (Naked City  entre autres) pour une thérapie musicale de plus d'une heure, voilà le défi que se sont donnés les six potes de lycée : Mike Patton au chant et aux claviers, Trey Spruance à la guitare, Trevor Dunn à la basse, Danny Heifetz à la batterie, et Clinton McKinnon et Theo Lengyel aux saxophones. Complexe et torturé, ce premier album est d'une richesse incroyable : cuivres, guitares, claviers, chant élastique, tout se mélange et s'accorde. Sur ce socle fertile, c'est un capharnaüm de samples débiles, de vocalises absurdes et d'expérimentations éprouvantes et délirantes qui vient se greffer pour mettre à mal vos nerfs. Ce penchant musical est assez difficile d'accès, cependant, tout y est si entraînant, rythmé et funky que les délires expérimentaux passent plutôt bien, et on digère tout ça assez facilement, même si les private joke et autres absurdités sont parfois assez longues. 

Travolta (Quote/Unquote) donne le ton, un joyeux sac survitaminé de riffs et lignes de basse en tous genres, accompagné de bizarreries du plus bel effet. Slowly growing deafest un titre nerveux : ska, métal fusion et beats nintendo se côtoient, pour sept minutes de folie furieuse, où Patton s'en donne à cœur joie.
Bon début d'album, le reste est encore plus cinglé, Squeeze me Macaroni, Carousel etEgg sont des summums de n'importe quoi. Groove, vous avez dit groove ? C'est le moins qu'on puisse dire, Trevor Dunn sait manier le manche, et le duo basse guitare que nous propose le groupe sur la plupart des titres est un régal tout en nuances de nervosité, de joie, et de perversion. Délicieux...

Niknak paddiwak...

Le cirque Patton s'invite dans votre salon (Carousel), vous n'aimez pas les clowns ? Eux non plus. Tout va bien. Le pire est à venir.

Excuse me, i'm lost. Please help me...

Le tableau surréaliste s'étoffe avec My ass is on fire, sorte d'ode au caca (Patton a souvent dit avoir été influencé par l'oeuvre d'Antonin Artaud) teinté de "death", aux paroles explicites dont je vous conseille vivement la traduction. Enfin, dernier temps fort, une des chansons les plus drôles : The girls of Porn ; funky à souhait, jazzy par certains aspects, Mr Bungle vous surprendra avec ce titre vraiment accrocheur, ses paroles hardcore et cette basse ronronnante.

We got incest and bestiality too
We got Sade and The Sweetest Taboo
We got girls who'll eat your pee and poo
And guys who'd love to fuck your shoe

Et pour conclure cet album fou, le fameux "Dead Goon", sorte de cauchemar pour personnages de dessins animés, avec cette ligne de basse à tomber par terre, ces interludes de fête foraine franchement malsains, et autres samples complètement cons.

Tudieu que c'est éprouvant ! 
Ce premier album est peut être celui qui a le plus mal vieilli, celui qui témoigne le plus d'une époque et donc le moins intemporel de toute la discographie, il reste cependant celui qui a fait connaître le groupe, l'album de tous les mélanges, de tous les excès musicaux, un des meilleurs albums de fusion jamais édité ou tout du moins un des plus fendards, qui prouve sans conteste que l'on peut mélanger tout et n'importe quoi si le génie est au rendez vous. Une chose est sûre : Zappa aurait adoré... 

A écouter : Pour avoir la patate.