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Biographie

Moon Prototype

Moon Prototype (ou tout simplement MP) fait parti de ces projets issus de nulle part, conçus et enfantés dans l’ombre et le silence. Les premiers bruissements provenant du berceau se feront entendre dés 1998 mais il faudra attendre 1999 pour qu’il pousse ses premiers cris. Les premiers pas se succèderont (M-P, Chemical, Wproject et le succulent Relive) et en tant que spectateur de l’évolution de cet enfant qui s’offre au monde on ne pourra qu’applaudir. Aujourd’hui, MP marche seul et atteint des hauteurs jusque là inexplorées. Ses deux géniteurs (Moon pour la partie musicale et oR.hal pour ce qui est des textes) sont encore loin d’avoir tout enseigné à leur rejeton dont l’avenir apparaît comme plus que passionant. Amateur de trip hop, d’électronique ou d’industriel, MP vous donne la main, saisissez là et laissez vous plonger …

Chronique

16.5 / 20
4 commentaires (11.13/20).

Melanclimax ( 2004 )

MP ne se décrit pas, il se raconte. Melanclimax, en tant qu’une de ces formes n’échappe pas aux règles qui régissent l’univers de Moon : un monde où même les yeux fermés on demeure bien plus clairvoyant que la plupart. On se retrouve élève, les pupilles écarquillées et l’esprit émerveillé devant les vibrations oniriques prêtes à nous saisir. Peu importe les vecteurs, peu importe les moyens … boîtes à rythmes, samples, boucles, claviers, les tentacules de MP sont multiples mais servent un seul et unique objectif : définir de nouveaux repères libérés de la pesanteur des codes et des castes.
Aveuglé par le poids du monde, les mélodies deviennent des refuges. Point d’acidité ni d’agressivité en ces lieux, les parties électriques ou hurlées des précédent efforts ont laissé place à des compositions épurées de tout superflu mais infernalement séduisante. La vision offerte par MP n’est pas pour autant doucereuse et réjouissante : Cars Want To Eat Men n’est qu’une facette de ce regard innocent et pourtant sévère porté sur le monde incompréhensible et parfois inhospitalier. Les textes ont cette dimension quelque peu floue mais intimement proche qu’on pourrait qualifier de « poétique ». Au-delà de l’émotion transmise par les sons on distingue des images qui viennent frappées à nos paupières endolories par ce qui nous tiens lieux de quotidien. La musique de MP s’est également enrichie d’un côté bien plus métissé que par le passé. Les vapeurs orientales de In And Warm se fondent à la brume de l’album avec une légèreté déconcertante à l’instar des bourrasques déstructurées de 13:28. Tout les morceaux ne convergent pas vers les mêmes sensations mais l’ensemble garde mystérieusement une troublante cohérence. Ce ne sont pas les multiples interludes, narrant la naissance et la découverte du monde par un individu indéterminé et inconnu mais étonnamment proche de nous, qui nuiront à l’unité de Melanclimax.
Là ou l’évolution est encore bien plus nette c’est sur le plan vocal. La voix de Moon est l’acteur principal de ce songe sonore et les progrès depuis Relive sont saisissants : le chant est beaucoup plus mis en avant mais surtout bien plus maîtrisé. Là ou les samples portaient auparavant les mélodies c’est ici les cordes humaines qui nous entraînent au-delà de ce que la froideur de l’outil électronique est capable d’engendrer. La chaleur dégagée n’entre pourtant pas en conflit avec les machines mais s’en sers comme d’un cataliseur pour se répandre dans nos attributs auditifs et toucher notre sensibilité. Et quand le chant se fait double, Aurélie de Bulle venant prêter son organe sur le lancinant Twin Voices Converse In Silence, alors les derniers remparts s’effondrent et charmé on ne peut qu’être étreint par cette entité soumise à une savante alchimie d’organique et de mécanique. Ne reste qu’un ultime Inabilities pour briser les vestiges de toute résistance et bousculer une fois de plus nos neurones gangrenés par les pollutions auditives diverses.
Melanclimax est une pierre lancé contre le mur terne de l’habitude et du quotidien mais comme tout rêve, elle le brise avec une facilité effrayante. Le règne despotique du réel semble toucher à sa fin avec des efforts aussi efficace que ceux de MP

A écouter : Cars Want To Eat Men, Inabilities, In And Warm ...