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Biographie

Monolord

Formé en 2013 à Gothenburg en Suède, Monolord est un groupe de Stoner / Doom constitué de Thomas Jäger (Guitare / Chant), Esben Willems (Batterie) et Mika Häkki (Basse). Monolord fait rapidement sensation avec son premier album sorti en 2014, intitulé Empress Rising qui sort chez Easyrider Records. Un second album du nom de Vænir est parait en avril 2015. Le groupe se produit au Roadburn en 2015, Hellfest en 2016, fait plusieurs Desert Fest, mais fait également une tournée avec Salem's Pot puis Ufomammut.

16 / 20
2 commentaires (16/20).
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Your Time To Shine ( 2021 )

Lentement mais sûrement, Monolord s’approche de la décennie d’existence (il n’y a pas qu’à eux que cela va faire bizarre). Une décennie à balancer, avec la régularité d’un métronome, des riffs dopés à la fuzz. 

Ce n’est d’ailleurs pas autrement que s’ouvre Your Time To Shine. Direct et relativement court pour leurs standards, The Weary illustre à perfection la recette maison qui consiste à taper dur d’entrée de jeu avec un riff bien incisif puis à calmer le jeu en usant de la voix comme d’un relaxant. Dès le premier titre on retrouve ainsi la marque de fabrique des suédois, sur cette dichotomie entre le gras et l’aérien. A un bout du spectre on retrouve l’incisif de I’ll Be Damned, avec son énorme section rythmique, et de l’autre l’indolent Your Time To Shine, long fleuve tranquille qui serpente pendant plus de 10 minutes.

Your Time To Shine ne cherche ainsi pas à révolutionner le son Monolord si ce n’est que, plus que jamais, le sentiment principal qui se dégage de l'ensemble est la mélancolie, voire la tristesse. The Siren Of Yersinia, le dernier morceau, fait ainsi une analogie entre la période actuelle et celle des épidémies de peste. Sur le plan musical, quelques petites singularités sont néanmoins à signaler : les deux dernières minutes de Your Time To Shine, assez goovy (et qui évoquent Space Cadet de Kyuss ou Planet Caravan de Black Sabbath) ou encore l’utilisation d’instruments à corde sur The Siren Of Yersinia.

Your Time To Shine rentre dans la catégorie des albums que l’on hésite à chroniquer par peur de la page blanche. L’impression première est en effet que tout cela pourrait se résumer par des laconiques « pas surpris », « dans la lignée de leurs précédents disques », « zéro prise de risque ».  Mais comment ne pas être emporté par l’envolée lyrique finale de To Each Their Own ou ne pas être ému lorsque la voix cristalline de Thomas Jäger, dans les derniers moments de l'album, vient percer la distorsion pour venir déclamer « I hear the siren of Yersinia / I need your death to set me free / I hear the silence of our millions / I feel the sickness breathe in me » ? On ne va pas se mentir : Monolord fait globalement toujours à peu près la même chose mais le fait très bien. A la perfection de l’exécution (tout sonne merveilleusement bien) s’ajoute le fait que les suédois sont suffisamment doués pour jouer avec leur style et ainsi éviter le sentiment d’une redite totale. Alors oui, on va continuer à vous en parler.

16 / 20
5 commentaires (15.8/20).
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Rust ( 2017 )

La musique de Monolord est une onde basse fréquence porteuse d’une vibration qui s’immisce au plus profond de votre corps, rentre en résonance avec le moindre de vos neurones, et génère un irrésistible phénomène d’oscillation. Infiniment lent, rythmé par une pulsation proche de la bradycardie Rust possède également une inertie pachydermique trompeuse par son apparente nonchalance. Saturé de fuzz, ce large fleuve indolent sur lequel flotte, tel un frêle esquif, le chant clair et magnifié par les réverbérations de Thomas Jäger, se transforme parfois en un torrent nerveux, venant là surprendre l’auditeur léthargique. Refusant de céder aux sirènes de la facilité, les suédois n’hésitent en effet pas à recourir à de franches ruptures, rompant ainsi un équilibre qui, établi depuis de longues minutes, semblait immuable. Si la première banderille est lancée par le break rageur de Rust qui sert ensuite de point d’appui à un riff épique, que dire du final d’At Nicae et du long passage où basse et batterie se taisent pour laisser la place à un solo tout en fuzz qui vous prend tel un long frisson vous parcourant l’échine. De son entame ultra dynamique jusqu’à son crépuscule à la guitare sèche, Rust est une succession de moments forts unis les uns aux autres par une cohérence dans les compositions. Cependant le paroxysme est atteint sur l’instrumental Wormland, lors de cet instant d’une rare beauté où un violon vient reprendre et magnifier le riff de la guitare.

Alors que par le passé, en cherchant bien, pouvait leur être reproché un certain monolithisme, Monolord a ici notablement passé un palier en termes de composition. Jouant sur les différences de tempo et d’énergie, sur les lentes métamorphoses tout autant que sur les coups d’arrêt, les titres se font plus variés mais pour autant, les suédois ne font pas dans la surenchère. L’approche reste humble, directe. Bloc d’une incroyable cohérence, Rust met également à l’honneur chacun des instruments à partir desquels il a été façonné. On s’imagine alors les heures d’enregistrement, en compagnie d’un grand nom de la production, nécessaires à la genèse de cette relation symbiotique. Et bien non, figurez-vous que tout cela a principalement été composé sur la route, entre deux dates d’une tournée sans fin et enregistré dans le studio DIY du groupe, à Göteborg. Il y a bien là de quoi en faire réfléchir plus d’un.

Rust surpasse donc Vænir ce qui, de facto, fait de lui un des albums si ce n’est l’album de Doom de cette année 2017. Rien de plus.

16 / 20
7 commentaires (15.43/20).
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Vænir ( 2015 )

Ah… L’incomparable et tant redoutée passe du second album. Effondrement total pour les uns, bénédiction pour les autres, ce deuxième opus, qui se doit d’à la fois confirmer et développer la magie, n’est pas de tout repos. D’autant plus lorsque le premier effort n’a qu’une petite année au compteur et qu’il a su fédérer les adeptes d’un genre devenu si populaire qu’il en perd parfois la tête et ses recettes. Pour Monolord en revanche, la passe de deux n’est pas un problème, loin de là.

Nos amis bûcherons nordiques ici présents ont tout compris. Leur premier album, Empress Rising, leur a permis d’acquérir une notoriété fulgurante dans le royaume du Stoner/Doom, là où beaucoup d’autres prétendants n’ont pas dépassé les phases de qualification. Il s’agit là pourtant d’un genre particulièrement apprécié, « hype » diront certains, qui remplit des salles de plus en plus importantes depuis ses premiers soubresauts il y a une bonne vingtaine d’années. Monolord est un groupe intelligent, qui propose une mixture savamment dosée entre l’héritage poussiéreux de leurs glorieux ainés (des rois Black Sabbath aux princes Candlemass) et la touche graisseuse moderne d’un Stoner plombé à la Kyuss. Le chant entre directement dans les stéréotypes du genre : clair, assez aigüe, blindé de réverb, mixé volontairement en retrait des instruments.
La recette semble assez largement éculée me diriez-vous… Absolument répondrais-je.
Pourtant, Monolord le fait foutrement bien.

La productivité à outrance peut paraître effrayante. En effet, les artistes qui se targuent de pouvoir sortir tous les ans des albums dignes d’intérêt ne sont pas légions. Encore un cliché que les Suédois font voler en éclat avec leur nouvel opus. Vaenir est la suite tout ce qu’il y a de plus logique d’Empress Rising, sauf qu’à l’écoute, la drôle d’impression d’avoir affaire à un groupe qui a dix ans d’expérience est saisissante. Là où l’album précédent se perdait un tant soit peu dans sa créativité, ce nouvel effort rend chaque seconde digne d’intérêt. Monolord prend son temps. Les six morceaux de Vaenir s’apprécient sur la durée : les constructions sont précises et les ambiances sont finement travaillées, notamment à l’aide de quelques éléments de Field Recordings bien sentis.
Les riffs - élément prépondérant pour le genre dont il est question ici - se savourent avec ce petit sourire incontrôlable, gage de qualité. C’est justement là où Monolord frappe fort : le travail derrière chaque accord saute aux oreilles. Prenez la fin de We Will Burn ou encore Died A Million Times et laissez vos cervicales faire le boulot. Le morceau éponyme laisse entendre un groupe en pleine confiance, avec cette lente montée en puissance dont l’éruption laisse l’auditeur cloué au siège.
Enfin, comment ne pas évoquer cette production titanesque. A chaque coup de guitare, une tempête de sable ardent vous égratigne le visage. Les rythmiques rocailleuses et processionnaires pèsent sur votre nuque : vous mordez la poussière à mesure que la chape de plomb se charge d’asphyxier le semblant d’air qu’un morceau tel que The Cosmic Silence semblait bien vouloir vous octroyer. Bluffant.

Monolord persiste et signe avec cette nouvelle bûche féroce. Ce deuxième opus confirme les espoirs placés l’année dernière dans le trio Suédois. Avec Vaenir, ils se permettent même de jouer des coudes pour se placer en tête de file d’une scène Stoner/Doom qui avait bien besoin de nouveaux repères. Les futurs patrons, c’est eux. Les cartes sont en tout cas entre leurs mains.

A écouter : Avec des lunettes de protection.