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Biographie

Meek Is Murder

Meek Is Murder est fondé en 2005 par Mike Keller, ancien guitariste de The Red Chord. Démarré comme un side-projet, le groupe devient sa formation principale à partir de 2008 lorsqu’il est rejoint par Frank Godla (co-fondateur du site metalinjection.net) à la batterie et Sam Brodsky à la basse.

Un premier album intitulé Mosquito Eater sort en 2009, suivi par deux EPs en 2012 et 2013 : Into The Sun et Infant Worhsip. En 2011, leur deuxième LP Algortithms est produit par Kurt Ballou (Converge, Nails, Isis, Cave In…)  et mastérisé par Alan Douches (Converge, The Dillinger Escape Plan, Mastodon…). C’est à cette même équipe que sera confié l’enregistrement en 2013 du troisième album du groupe : Everything Is Awesome Nothing Matters. En 2015 sort un troisième EP intitulé Onward.

Largement influencé par les grands noms de la scène Hardcore (Botch, Converge, The Chariot...) le son de Meek Is Murder est souvent qualifié de "whatevercore"

Chronique

Everything is Awesome Nothing Matters ( 2013 )

Né au Japon, le « haïku » est la forme poétique la plus concise au monde : 17 syllabes suffisent à sous-tendre la diversité des sensations éprouvées face à la réalité.

Avec 4 titres lâchés en 2 minutes 30 et le tout bouclé en 19 minutes, comment ne pas faire ce parallèle ? Mais cette analogie mérite mieux que ces chiffres qui ne sont ni plus moins à Everything is Awesome Nothing Matters ce que les mensurations sont aux Hommes : une simple mesure.

Une confrontation à la réalité
En 2012, avec Into the Sun Where It Falls Off the Sky les Brooklyniens nous avaient déjà fait le coup de l’album concept mais le changement d’ambiance est radical. Cette fois, pas de tribute à la trilogie Retour vers le futur mais le récit de la pire année qu’ait vécue Mike Keller, le chanteur de la formation. Jugez-en par vous-même : la perte de son appartement et de la quasi-totalité de ses affaires dans un incendie, une maladie grave, un procès, le décès de trois membres de sa famille et pour finir la fin d’une relation amoureuse. Shit Happens.

Un exercice de style
        It passed you by
        Like the rain our hearts beat away
        Then and just as it passed our hearts beat away

Les textes d’Everything is Awesome Nothing Matters font preuve d’une intelligence remarquable dans leur écriture, concise et ciselée. Non seulement les paroles sont extrêmement bien écrites mais au-delà, on sent la volonté de ne pas produire un disque qui ne soit qu’un simple enchainement, une agglomération de titres. Une grande partie d’entre eux s’articulent ainsi en s’inscrivant en réponse ou dans le prolongement du morceau précédent, en en reprenant le thème ou certaines paroles (More Always More / Less is More).

Un rapport temps requestionné
Exit la croyance que de longues minutes sont nécessaires pour introduire du relief, surprendre par les variations de rythmes ou de sonorités. Avec une frénésie stroboscopique, Meek is Murder nous prouve qu’il n’a besoin pour cela que de quelques petites dizaines de secondes (You Had a Horse, Our Hope / Our Home …) et qu’il ne faut pas compter sur eux pour se contenter de balancer treize morceaux reposant sur l’équation « un riff = un titre ».

Une diversité de sentiments
C’est par le maelstrom d’influences et d’émotions qu’il nous donne à voir que Everything is Awesome Nothing Matters emporte les cœurs et tout ce qui se trouve sur son passage. S’en contrefoutant de la classification des genres Meek is Murder convoque l’héritage des plus grands noms de la scène core de ces quinze dernières années pour donner ses lettres de noblesse à la bâtardise et lui donner un nom : le « whatevercore ».  La nervosité et la fureur  des compositions ne sera pas sans rappeler aux plus anciens le son de Botch, on retrouve aussi du The Chariot dans les Larsen stridents et langoureux de Passerby ou d’Ashes&Glass tandis que Play Dead rappellera dans son chant la décharge émotionnelle que peut porter un Jeremy Bolm (Touché Amoré). Mais l’influence la plus marquante est définitivement celle de son producteur. L’architecture de l’album, cette sensation de chaos organisé sont autant d’indices précurseurs qui mettront les habitués sur la bonne piste jusqu’à ce que leurs dernières incertitudes soient complétement balayées par Gost Moth. Le travail sur la guitare ne laisse alors plus de place possible aux doutes : Everything is Awesome Nothing Matters sort tout droit des forges du God City Studio et des mains de son fondateur : Kurt Balou.

Depuis l’artwork, inspiré par une sculpture de Antoine-Louis Barye, jusqu’à la multitude des références musicales, tout fait ici appel à la culture de l’auditeur qui ne ressort pas indemne de ces vingt minutes passées dans cette centrifugeuse lancée à plein régime. Jouissive madeleine de Proust boostée aux jalapenos, EANM n'en possède pas moins une identité propre. On ne peut qu'encourager le groupe à poursuivre dans cette direction et se détourner des chemins faciles qui pourraient le conduire au pastiche.

A écouter : Ce n'est pas encore fait ?