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Biographie

Matrass

Matrass est un groupe bordelais actif depuis 2016, composé de Malo Gendroit (Batterie), Corentin Lagrue (Basse), Victor Roger (Guitare), Simon Michot (Guitare) et Kevin Weecxsteen (Chant). Un quintet réuni par deux passions communes : le Post-Metal et le Post-Hardcore. Originellement dôté d'un chant masculin, le groupe sort un premier EP autoproduit, Fulfillment, l'année suivante, mais se cherchera jusqu'aux années 2020 et un changement de voix opéré avec l'arrivée de Clémentine Browne.

Avec des compositions dans le sillage de The Ocean ou Psychonaut, la formation dose minutieusement densité et élégance, soutenant un chant féminin clair/saturé qui fait sa singularité. Autour de ces compositions, les textes formulent un rapport au monde fait d’enchantement et d’anxiété et évoquent l’individu dans ses conflits intérieurs et son évolution. Leur perfectionnisme n’épargne pas les lives : l’identité marquée du show lumières produit un continuum sonore et visuel, douceur enveloppante qui sait se muer en frappe chirurgicale. 

Après son dernier EP, Inner Wars (2022), l'arrivée d'un nouveau batteur en la personne de Baptiste Manec, et une exposition au niveau national (premières parties de Perturbator, Ingrina, Hypno5e, participation au Festival 666…), le groupe est retourné à ses expérimentations en prévision de la sortie de Cathedrals, leur premier album, qui sortira en mai 2024.

Chroniques

Cathedrals Inner Wars

Cathedrals ( 2024 )

C’est après un premier EP, Inner Wars, sorti en 2022, que Matrass revient sur le devant de la scène post-metal bordelaise avec leur premier album studio : Cathedrals. Avec un style plus agressif, davantage orienté vers une ambiance post-metal/prog assumée et délaissant ainsi une approche stoner/fusion, cet opus pose les premières pierres d’un avenir très prometteur pour la formation.

S’ouvrant sur une ambiance rock atmosphérique, Shreds bâti des fondations solides qui évoluent très vite vers un post-rock ne demandant qu’à éclore pour dévoiler sa puissance vers la deuxième partie du titre, résolument plus post-metal. Et c’est au bout de quatre minutes, toujours au sein de ce premier morceau, qu’on prend toute l’ampleur du travail fourni par Matrass en ce qui concerne le mélange des genres. Cathedrals est en effet parsemé de diverses influences, un vivier de plusieurs styles, imbriqués élégamment les uns dans les autres. 

Les trois premiers titres se succèdent avec une maîtrise et une cohérence sans faille, tandis que Appetite for Comfort se démarque par son riff d’ouverture entêtant, repris et décliné sous différentes formes tout le long du morceau. Encore une fois, le mélange des influences se fait sentir lors d’un pont plutôt groovy, avant de repartir sur un son dur et brute, mené par une batterie percutante à souhait. 

Adrift s’accueille comme une pause poétique dans la construction de cet opus. Piste entièrement instrumentale, portée par un riff léger à la guitare, éthéré, Adrift apporte une ambiance djent reposante et magnifique de complexité. Un titre, qui bien qu’instrumental, véhicule une émotion à fleur de peau. Comme son jumeau Silence, également sans voix, ou presque. Avec une entrée en matière tout aussi lancinante, cette piste laisse exploser sa rage au détour d’un saxophone, usant de mélodies diverses, ainsi que des cris de plainte de la vocaliste qui se réverbèrent dans cette cathédrale sonore. 

Reaching Heights surprend par son chant clair innocent, sombre, dérivant de plus en plus vers une esthétique enragée qui culmine sur un breakdown post-hardcore, alors que Glimpses offrira une écoute plus lourde, davantage orientée vers une ambiance doom. Cathedrals, quant à lui, s’ouvre sur une nappe d’orgue, pouvant rappeler une mélodie funéraire, et annonce une fin d'écoute, de voyage, proche. La tension de ce dernier titre réside sans nul doute dans les passages parlés, accompagnés toujours de ces nappes d’orgue et affirmant un côté cathartique à la performance.


Avec une telle fusion des genres, Matrass construit un édifice étonnant de technicité, de poésie et de grandeur. Le quintet nous embarque dans un univers riche et éloquent, sans jamais perdre le fil de sa construction. Tous les instruments semblent avoir une sensibilité à part, se superposent et s’habillent les uns les autres, ce qui révèle un travail de production plus que louable. Tout le long de l’écoute, on retrouve la présence imposante de la basse qui vient enrichir l’ensemble des mélodies, ou encore les guitares qui alternent entre jeu incisif et atmosphérique. Chaque titre possède sa particularité qui le distingue de ses compères et invite les auditeurs à découvrir cet opus jusqu'au bout. Cathedrals est un excellent premier album, qui place déjà la barre très haut, et à de quoi se mesurer aux grands représentants du genre.

A écouter : Appetite for Comfort, Adrift, Reaching Heights
4.5 / 5
1 commentaire (18.5/20).

Inner Wars ( 2022 )

Oui, on cause beaucoup de la guerre ces derniers temps, et somme toute c’est plutôt logique, mais c’est une thématique en général aussi récurrente dans le milieu des musiques plus ou moins énervées, heureusement davantage pour chier dessus que pour l’ériger en nécessité inévitable et surtout très lucrative pour une poignée de connards virilistes en uniforme ou en costard. Les relativement jeunes bordelais.e.s de Matrass se placent sans ambiguïté dans le camp des islamo-gaucho-beatniks, celui de ces dangereux extrémistes de la paix haineux de la réussite de ceux qui s’en mettent plein les fouilles sur le dos des peuples déconcernés, brutalisés.

Deuxième EP du quintet, Inner Wars enfile son casque bleu et met directement les pieds dans le champ de bataille de nos turpitudes, usant d’une Fusion non-alignée qui mêle Rock, Metal, Stoner et Post-Rock, déjà pas mal agencée sur le 1er court Fulfillment, malgré un chant très inégal, en particulier très faiblard sur les parties hurlées. Du coup Matrass est allé chercher la voix de Clémentine Browne, aux capacités vocales plus sûres, surtout bien plus décisives dans ce que dégagent ces nouvelles compositions, qui jouissent également d’une production excellente (par David Thiers au Secret Place), aussi massive que pointilleuse. Ainsi Parasites (Clean All) dénonce ironiquement les justifications guerrières toutes pétées (« You’re too many to feed anyway ; You’re almost glad that we are here to clean all parasites »), tapissé d’un gros riff Stoner, cerné d’un groove instantané, virant sur un feeling jazzy augmenté d’une basse métallique savoureuse, le chant prenant toutes ses aises, sublimé par un accent français assez léger pour faire succomber son auditoire, en plus de vocalises saturées ici justes et puissantes. Confirmation avec The Tide, aux airs Post-Rock qui mutent en Post-Metal, puis le point de fixation Y, alors que la poussière retombe, que la guitare distribue de la mélodie gorgée de Blues, que le spoken word introspectif nous renvoie à nos propres questionnements, et qu’on termine dans une orgie de riffs libératrice. 

Inner Wars est finalement d’une consistance remarquable, second départ avec lequel Matrass semble avoir trouvé sa voie, celle de l’équilibre des forces en présence, entre une instrumentation tout-terrain qui veille à ne jamais s’éparpiller, une voix nouvelle qui insuffle une sacrée dose de sensations et une écriture fluide, précise. Soldier en sera l’ultime témoin, armé d’un couteau vocal supplémentaire, soit l’artiste Folk Qlay, lui-même équipé d’un violoncelle bienvenu, dans le but d’adoucir définitivement les mœurs.

Manifestement il faudra compter avec Matrass à l’avenir, menant sa barque le long d’un fleuve de cohérence pas tout à fait tranquille, via un taf d’écriture - aussi bien musical que textuel - équilibré, porteur de sens et d’émotions parfois contradictoires mais jamais dissociées. On détecte en effet ici une maîtrise des dossiers plus qu’enthousiasmante pour la suite.

A écouter : Oui.
Matrass

Style : Post-Metal / Metal Progessif / Post-rock
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Origine : France
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