logo Mar De Grises

Biographie

Mar De Grises

Mar De Grises se forme à Santiago en 2000 du fait de la rencontre entre plusieurs activistes de la scène underground locale, certains jouant ensemble dans différents groupes (Mourners Lament, Aurahiemis, Masaya), à savoir: Alejandro A. (batterie), Juan E. (chant, claviers), Rodrigo G. (basse) et Sergio A.&Rodrigo M. (guitares).
Une démo autoproduite sort en 2002 et permet au groupe de décrocher un deal chez Firebox Records, un peu à la surprise générale. Mais le plus surprenant est à venir, puisque le premier album de la formation, The Tatterdemalion Express, sorti en 2004, est considéré comme l'album Doom de l'année par toute la presse mondiale, et plus généralement comme un des meilleurs albums de Doom Death mélodique jamais composés. Le temps de digérer un tel succès, il faut quatre ans à Mar De Grises pour enregistrer un nouvel opus, qui sort en 2008 sous le titre de Draining The Waterheart et qui rencontre, là encore, un immense succès. C'est en 2010 que le groupe sort son troisième album, intitulé Streams Inwards. Il suit de près la sortie d'un EP en 2009, First River Regards, ainsi qu'une signature chez Season Of Mist. Le communiqué tombe en juillet 2013 : d'un commun accord, les membres du groupe décident de mettre fin à Mar De Grises en déclarant être arrivés à la fin d'un cycle.

14 / 20
2 commentaires (18/20).
logo amazon

Streams Inwards ( 2010 )

  Mar de Grises s’est véritablement imposé comme l’un des meilleurs groupes de doom death metal des années 2000, si ce n’est de metal tout court, grâce à deux chefs-d’œuvre, The Tatterdemalion Express et Draining the Waterheart. Depuis la sortie de ce dernier, le groupe semble vouloir en finir avec les breaks interminables tels que celui de quatre ans entre ces deux opus ; ainsi, après un EP en 2009, voilà que le groupe sort son troisième album, intitulé Steams Inwards.

  Deux choses ne changeront a priori jamais chez Mar de Grises : la gueule des pochettes (seraient-ils traumatisés par Esoteric cette fois?) et l’impression mitigée de la première écoute. Cependant, si pour les deux premiers opus, le sentiment d’incompréhension laissait progressivement place à, osons le dire, l’émerveillement, force est de constater que pour ce nouvel album, ce sentiment est beaucoup plus tenace, et pour cause : l’enchaînement des écoutes ne suffit pas à l’atténuer. Dès lors, il s’agit de poser la question : cet album serait-il moins bon que les précédents ?

  Ce disque montre de façon claire que Mar de Grises continue son évolution vers des sphères post metal (si jamais ça veut dire quelque chose) tout en conservant les éléments qui ont fait sa renommée. En effet, on retrouve avec plaisir ces magnifiques envolées de guitares si caractéristiques du groupe, cette alternance entre chant clair et growlé fonctionnant toujours aussi bien et bien évidemment ces paroles une fois encore empruntes d’une certaine poésie  (Starmaker, the Bell and the Solar Gust, A Sea of Dead Comets). La principale nouveauté n’en est même pas vraiment une ; si le groupe a sur ce disque expurgé sa musique de toute influence doom, ce processus avait déjà été bien entamé sur le précédent opus, avec le résultat que l’on sait. Ainsi, sur certaines compos, la musique du groupe atteint presque des sphères post rock (Sensing the New Orbit, Knotted Delirium), ce qui lui sied particulièrement bien. Une fois encore, Mar de Grises fait étalage de tout son talent de composition en livrant des titres ambitieux et complexes, même si moins longs qu’auparavant… et peut-être aussi moins riches.

  Car c’est là que se situe la vraie révolution de ce nouvel opus. Si des moments de toute beauté jalonnent une fois encore ce disque (Sensing the New Orbit et A Sea of Dead Comets en particulier), on se surprend ainsi à trouver le temps un peu long sur certains passages manquant d’inspiration (Starmaker, The Bell and the Solar Gust, Spectral Ocean) ou, tout du moins, d’intensité émotionnelle, chose nouvelle chez Mar de Grises, On ne parvient ainsi pas à retrouver cette sincérité qui faisait la force du groupe jusqu’à présent. Composé des mêmes ingrédients que son prédécesseur, ce disque sonne trop classique et peu être même un peu forcé. Peut-être que le groupe, se sentant attendu au tournant, a cherché à s’assurer des retours positifs… Ou alors, peut-être que l’inspiration dont il faisait preuve jusqu’à présent commence lentement à s’épuiser, en témoigne ces titres sans réel intérêt tels que Catatonic North, sorte de mauvais Anathema, ou encore Aphelion Aura, titre bonus post machin à chant féminin qui n’apporte vraiment rien au disque.

  Ainsi, Streams Inwards est très clairement en dessous de ce que l’on était en droit d’attendre de la part de Mar de Grises. Il s’agit d’un bon disque, c’est évident, mais c’est justement là que le bât blesse : cet album est seulement bon, rien de plus… Déception donc. Espérons qu’il ne s’agit là que d’un coup de mou et que le groupe saura reprendre la route d’une carrière qui était, jusqu’à maintenant, sans le moindre accroc.

Tracklist: 01. Starmaker, 02. Shining Human Skin, 03. The Bell and the Solar Gust, 04. Spectral Ocean, 05. Sensing the New Orbit, 06. Catatonic North, 07. Knotted Delirium, 08. A Sea of Dead Comets, 09[*] Aphelion Aura.

A écouter : Shining Human Skin, Sensing the New Orbit, A Sea of Dead Comets
17 / 20
1 commentaire (16/20).
logo amazon

Draining The Waterheart ( 2008 )

  Le retour à la réalité n’est jamais simple lorsque qu’on signe une très grande performance d’entrée de jeu, comme ce fut le cas avec The Tatterdemalion Express, premier opus de Mar de Grises, qui fut à l’époque élu album de l’année par une grande partie de la presse spécialisée. Aussi le groupe s’est-il protégé en se faisant très discret pendant quelque temps, le temps de digérer un succès aussi énorme qu’inattendu, mais également de confectionner un nouveau rejeton à l’abri des projecteurs, appelé Draining the Waterheart (pauvre gosse).

   Visuel pas terrible, nom énigmatique, première écoute qui laisse l’auditeur perplexe… on dirait bien que Mar de Grises est de retour, avec encore une fois un album extrêmement dense, fait de morceaux longs et complexes auxquels il n’est pas évident d’adhérer immédiatement. Remarquez, ceux qui ont écouté The Tatterdemalion Express ne seront pas surpris tant le sentiment de n’avoir rien compris à ce qu’il s’est passé était fort avec ce disque ; et bien là, c’est pareil, mais en plus fort encore. On devine cependant une grande richesse enterrée là-dessous, et c’est ce qui nous décide à sortir notre pioche et y retourner.

  Car sous l’aspect monolithique de la chose se cachent des perles toutes plus précieuses les unes que les autres, à savoir des compos d’un raffinement extrême qui balaient la quasi-totalité de ce qui se fait en ce moment en Doom Death. Dans l’idée, (essayez d’) imaginez un improbable mélange entre Ataraxie version Anhédonie et Opeth pour la dimension épico-progressive sans tous les trucs surproduits, et vous ne devriez pas être trop éloignés de ce que donne Mar de Grises. Outre les traditionnels riffs intelligents qui savent allier puissance et mélodicité sans tomber dans le sirupeux (l’extraordinaire Sleep Just One Dawn), ce qui marque sur ce disque, c’est l’utilisation d’éléments Electro qui se marient parfaitement avec la musique du groupe (l’exceptionnelle Kilometros de Nada, presque dansante, l'instru Fantasia la bien-nommée), chose inédite pour le genre. Alors certes, il y en avait déjà sur le précédent opus, mais il s’agissait plus de nuances que de véritables effets.

  Gardons-nous bien d’oublier de mentionner le chant magnifique, qu’il soit clair, growlé (Deep-Seeded Hope Avant Garde), chuchoté (Wooden Woodpecker Conversion), en anglais, en espagnol, ou qu’il s’agisse tout simplement de chœurs d’une beauté stupéfiante (One Possessed). Que dire encore de ces claviers somptueux, piano et synthé mêlés en une symphonie jamais au grand jamais ridicule ? Plus puissant qu’un groupe de Doom Death mélo classique, plus mélodique qu’une formation de Doom Death bas du front, Mar de Grises dénote encore une fois, et semble avoir trouvé, avec cet opus, la recette ultime qui lui permet de toucher la grâce sur des titres d’une grandiloquence rare tels que Liturgia; Convite y Prefiguración / Purgatorio / Diálogo Infierno, véritable morceau de bravoure et pic émotionnel de l’album, judicieusement placé à la fin, en guise d’apothéose pour un disque décidément exceptionnel.

  Il y aurait encore tellement à dire sur ce disque qu’il serait indécent de continuer. Saluons-donc la performance incroyable de Mar de Grises qui parvient une seconde fois à reléguer toute la concurrence à des années-lumière. Si c’est le caractère exceptionnel de la beauté qui la caractérise, alors ce disque est sans doute une des plus belles choses jamais arrivées au genre. Dès-lors, est-ce vraiment utile de se demander si Draining the Waterheart trouvera sa place parmi les albums de l’année ?

Tracklist: 01. Sleep Just One Dawn, 02. Kilometros de Nada, 03. Deep-Seeded Hope Avant Garde, 04. Fantasia, 05. Wooden Woodpecker Conversion, 06. One Possessed, 07. Summon Me, 08. Liturgia; Convite y Prefiguración / Purgatorio / Diálogo Infierno

A écouter : Sleep Just One Dawn, Kilometros de Nada, Liturgia...