logo Mad Season

Biographie

Mad Season

Mad Season est un groupe de rock alternatif intimement lié à la mouvance et à l'époque grunge, ainsi qu'à la scène de Seatlle des années 90. Impulsé par Mike McCready (Pearl Jam) et John Baker Saunders après une rencontre en centre de désintoxication, le groupe sera très vite rejoint par Layne Staley (Alice In Chains) puis Mark Lanegan et Barret Martin (Screaming Trees). 
Album émouvant ayant pour thème principal les déboires, sentiments et désillusions d'une génération aux abois, tragiquement liée par la consommation de drogues de toutes sortes, Above est avant tout un témoignage poignant d'une époque, mis en scène par cinq des plus grands musiciens de la scène grunge de Seattle, initialement réunis pour une succession de jam sessions, qui donneront rapidement un album.

Aucune suite ne verra jamais le jour, Staley et Saunders étant tous deux décédés quelques années plus tard, même si McCready a déjà annoncé qu'il restait des titres jamais sortis à ce jour, même sur l'édition deluxe (comprenant une captation live du groupe) de l'album sorti en 2013. 
Récemment, McCready et Martin ont annoncé qu'ils songeaient fortement à donner une seconde vie au groupe, et cherchait une voix pour remplacer l'irremplaçable Layne. Plusieurs concerts de charité sont d'ailleurs prévus aux Etats Unis pour janvier 2015. Affaire à suivre...

Line up : 
Layne Staley : chant, guitare
Mike McCready : guitare
John Baker Saunders : basse
Barret Martin : batterie
Mark Lanegan : chant


Chronique

19 / 20
6 commentaires (18.58/20).
logo amazon

Above ( 1995 )

Des albums bouleversants, j'en connais peu. Des albums profonds, à la fois générationnels et intemporels, encore moins. 
Nous sommes en 1995, pour certains le grunge s'est éteint avec Kurt Cobain, pour d'autres c'est son âge d'or. A l'époque, Mike McCready (guitariste soliste de Pearl Jam) est en cure de désintoxication pour tenter d'en terminer avec l'alcool, et rencontre un bassiste, John Baker Saunders, qui lui se bat contre les drogues dures. Le courant passe bien et les deux patients décident qu'à leur retour ils feraient de la musique ensemble. Une fois la cure terminée, Mike appelle un ami de longue date, Layne Staley (chanteur d'Alice in Chains, à cette époque en pause car complètement accro à l'héroïne) et seront très vite rejoints par Barret Martin et Mark Lanegan (Screaming Trees). C'est dans cette atmosphère très imprégnée par les ravages de la drogue, cette atmosphère de doute et d'émulation qu'un des projets de collaboration les plus alléchants de toute une génération va voir le jour. Au départ de simples sessions de jam entre musiciens et amis de la scène de Seattle, Mad Season et son unique album, pourtant très critiqué par la presse de l'époque, deviendra vite au fil des ans celui de toute une génération, un album qui entrera dans la légende, et qui restera à jamais un des plus vibrants et des plus touchants témoignages d'une époque, tant son esprit et sa densité sont brillamment capturés et retranscrits avec sincérité.

Incarné par un line-up très représentatif du milieu grunge du moment et animé d'une volonté de souffler et de prendre du recul avec leurs carrières respectives, les membres de Mad Season, sans prétention aucune si ce n'est de réunir des musiciens qui s'apprécient et d'offrir un constat acerbe d'une période troublée, prendront tout le monde à contre pied en proposant, non pas un album de grunge classique, ce qui semblait être l'évidence, mais quelque chose de plus subtil, quelque part entre un rock alternatif classique et un blues enfumé, en y déversant bien sûr les composantes grunge qui font que cet album est ce qu'il est. Vous l'aurez compris, même si des ressemblances et des familiarités musicales sont présentes et bien alignées avec les groupes d'origine des membres respectifs, Mad Season possède tout de même une identité propre et ne sera pas un combat d'intentions et de placements stylistiques imputables aux succès des groupes en question. C'est assez important, pour un super groupe, pour le souligner. Mad Season aurait pu (aurait dû ?) être un groupe pérenne, et pas un one shot, si les réalités de l'époque n'étaient venues rattrapper et frapper de plein fouet quelques uns de ses membres.

Le premier constat de ce disque quand on y prête une oreille, c'est que niveau production, on est finalement assez loin de ce qui se faisait à l'époque. Beaucoup plus lisse et propre que la moyenne, tout sonne pourtant spontané, frais, inachevé. C'est ce qui donne un son si particulier : on pourrait trouver la prod un peu plate, un peu juste, il ne faut pas oublier que cet album est un recueil de jam sessions juste un peu retravaillées, composées en une semaine. La volonté d'y inscrire des arrangements propres, cristallins parfois, fait partie intégrante du projet, et permet d'accentuer encore plus toute la tristesse et la mélancolie qui émanent de cet objet. 
C'est le deuxième constat après quelques écoutes : l'album donne la chair de poule à tous points de vue, un grand cri du coeur exprimé à l'aide de textes introspectifs magnifiques de Layne Staley, des plus sombres, qui résonnent avec le personnage et avec l'époque, voilà comment on pourrait résumer cet album. Galères de vie et galères de coeur, où drogues et incopréhensions face à une société dans laquelle cette génération ne se retrouve pas ont une place prépondérante...

Wake up young man, it's time to wake up...slow suicide's no way to go...

Première pépite, toute en mélancolie, en tristesse justement dosée que ce Wake Up en guise d'introduction, une ligne de basse qui donne froid dans le dos, un Layne Staley nous susurrant des paroles désabusées, constat d'impuissance que l'auteur ne cessera de scander, tout en retenue, de sa voix si particulière, avant d'être rejoints en milieu de parcours par un McCready aérien, parfait virtuose, donnant de l'ampleur et de l'intensité à la tristesse ambiante. Mad season donne le ton de la plus belle faon qui soit.

The river of deceit pulls down
The only direction we flow is down

Le reste sera du même acabit : X-Ray Mind et son groove hypnotique, ses temporisations tribales et toujours ce chant qui glace le sang, River of Deceit, le single de l'album, nous offrant calme et sérénité, reprenant quelque peu les atmosphères qu'on pouvait trouver sur Jar of Flies d'Alice in Chains, ces atmosphères faussement optimistes. Staley n'a jamais aussi bien chanté que sur cet album, le résultat est hallucinant, jamais il n'a été aussi désabusé, convaincant et sincère, ce résultat est encore plus hallucinant quand Mark Lanegan le rejoint sur Above, donnant lieu à la réunion de deux des plus grandes voix d'une époque, pour un titre exprimant en douceur les ravages de la drogue.

I'm above
Over you I'm standing above
Claiming unconditional love
Above

Viendront Artificial Red, titre enfumé, bluesy à souhait, laissant libre cours à tout le savoir faire de quatre musiciens d'exceptions puis Lifeless Dead, et I don't know anything, les deux titres les plus aggressifs de l'album, où la part belle est donnée aux riffs de guitares sales et dissonants, aux harmoniques dégueulasses, avec cette fois ci un chant plus typé Alice in Chains, rageur, écorché, et... renversant !
Ne restent plus que Long Gone Day, chef d'oeuvre de l'album entre folk et jazz, simplement magnifique, puis November Hotel, piste instrumentale au caractère bien trempé.

Autant de sentiments, d'atmosphères et de constats exprimés dans ce projet font de cet album un incontournable de l'époque, bizarrement sous estimé et assez peu connu du grand public. Pourtant le constat est simple, si vous ne deviez retenir que quelques albums de cette époque si singulière, je suis à peu près certain que ce Above serait indubitablement dans votre top 5, tellement son contenu, son exécution et ses intentions sont incroyables. Rage, sincérité, simplicité, mélancolie, résignation, ravages émotionnels et tristesse infinie se mêlent à des atmosphères et instrumentalisations tour à tour grunge, rock, blues, jazz ou folk autour d'un songwriting incroyable, pourtant originellement issus de sessions de jam. 

All alone, we're all alone

Les réalités de l'époque et de leurs protagonistes rattrapperont tragiquement Mad Season, avec la mort de Baker (1999) puis Staley (2002) et mettront définitivement fin à une possibilité de suite. L'héritage de ce one shot hallucinant est pourtant là, discret mais indiscutablement poignant.
Mad Season aurait pu, aurait dû, être le renouveau du grunge, tant cette noirceur et cette capacité à exprimer une rage avec plus de retenue, plus d'émotion, étaient prometteurs...

A écouter : Comme un témoignage poignant d'une époque...
Mad Season

Style : Rock alternatif poignant
Tags : - -
Origine : USA
Facebook :
Amateurs : 8 amateurs Facebook :