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Biographie

LoOp

Formé en 1986 à l'initiative de Robert Hampson et de sa femme, LoOp aura connu une carrière aussi courte qu'intense achevée dès 1991. Ces cinq années verront le lineup régulièrement évoluer pour ne finalement se stabiliser que tardivement dans la vie du groupe toujours mené par Hampson, seul membre permanent de l'aventure. Les trois - puis quatre - anglais rencontreront un certain succès comme l'attesteront le classement de plusieurs de leur singles dans les charts indé de l'époque, bien relayés par l'incontournable John Peel et son flair légendaire. On a depuis furtivement croisé Hampson chez Godflesh avant qu'il ne fonde Main en compagnie de Scot Dowson (ex-LoOp), puis de filer en solo toujours sous le même nom. Divers membres ayant participé au groupe au cours des années auront  pour leur part été à l'origine de groupes comme The Hair&Skin Trading Company ou encore Lumen.
LoOp s'est reformé en 2013 autour de son dernier lineup connu à l'occasion de l'ATP Festival avant de se lancer dans des tournées nord-américaine et européenne. De nouveau au bord de l'extinction suite au départ de ses partenaires au bout de quelques mois, Robert Hampson prendra néanmoins la décision de redonner une chance à son projet et poursuit l'aventure épaulé notamment par Wayne Maskell et Hugo Morgan, tous deux échappés de The Heads. Cette nouvelle configuration débouche en juillet 2015 à la parution d'Array 1, la première sortie de LoOp depuis 25 ans.

Array 1 ( 2015 )

Si la réapparition imprévue de LoOp courant 2013 avait été l'occasion de vérifier que, premièrement, Robert Hampson est probablement l'homme le plus classe du monde en chemise bariolée et que, deuxièmement, la réputation live de sa formation était très, très loin d'être surfaite, rien ne laissait présager un retour en studio; et encore moins si rapide. Les départs conjugués de John Wills et Neil Mackay ayant manqué de justesse de replonger le groupe dans l'obscurité, nous en étions plutôt rendus, il y a un an de ça, à nous estimer heureux d'avoir pu constater que les Peel Sessions n'étaient donc bien pas un tour de passe-passe joliment troussé. LoOp, alors fraîchement sorti de son hibernation, vibrait sur scène comme à la première heure et c'était déjà très bien.

Mais voici qu'en Juillet dernier les anglais reprenaient le fil de leur histoire. Naturellement, sans le moindre heurt. Comme si A Gilded Eternity n'était pas sorti il y a vingt-cinq ans et qu'il avait finalement suffi que Robert Hampson se décide à rebrancher ses guitares pour que sa création sorte de la léthargie dans laquelle elle s'était enfoncée. Les années ont passé, les hommes ne sont plus les même mais, fidèle à la recette ayant fait sa réussite, LoOp persiste en 2015 à décliner sans scillier sa lecture singulière du Krautrock entre tension Post-Punk feutrée, guitares Shoegazing à la dérive et rythmiques tourbillonnantes en trompe l’œil. Rassurant pour certains, redondant pour d'autres, ce retour en studio aura, quoiqu'il en soit au moins le mérite de faire le lien entre un passé glorieux et cette réincarnation contemporaine du groupe. A l'écoute de "Precession" et "Aphelion", fidèles impatients comme néophytes (re)trouveront en l'espace de quelques mesures ce qu'a toujours été l'identité sonore de cette formation pas tout à fait comme les autres qui avait un temps réalisé l'alliance parfaite entre évolution permanente et continuité obstinée.
L'essentiel se joue portant ailleurs. Loin d'avoir quoique ce soit à prouver, Robert Hampson se permet ici quelques caprices inédits en intégrant sur ce Array 1 des éléments jusqu'alors réservés à ses expérimentations signées sous le nom de Main. Rien de moins logique quelque part, ce projet aux frontières du Drone, de la Noise et du Dark Ambient lancé en solo au sortir du crash de LoOp l'ayant occupé une bonne partie de ces vingt dernières années. Aussi "Coma", bien qu'un peu inattendu ne surprend-t-il pas vraiment. Il ne fait qu'annoncer la réunification des deux facettes de la carrière du dandy anglais à venir sur un énorme "Radial" qui, bien que relégué en face B, constitue le cœur de ce retour studio. Avec ces dix-sept minutes de Drone Ambient battu par un vent de Kraut LoOpien absolument irrésistible, Array 1 boucle un chapitre jusqu'alors jamais vraiment refermé par Robert Hampson. Immuable, complètement hermétique aux modes la formation britannique, sans véritablement changer, n'a peut être jamais sonné aussi actuelle qu'en 2015. La faute cette approche du Rock sans chapelle ni age, très certainement. Intemporelle, oui. Et donc inusable.

La grosse demi-heure d'Array 1 pourra en définitive tout autant être pointée du doigt pour sa prise de risque minimale (retour en terrains conquis) qu'être applaudie comme une preuve de la constance et de l'unité de l'univers sonore développé par Robert Hampson depuis bientôt trente ans (LoOp/Main). La vérité de cet EP étant probablement située à mi-chemin entre ces deux jugements selon les goûts de chacun, peut être faudra-t-il en retenir avant tout les promesses qu'il semble soulever pour un futur proche. Le très discret sieur Robert ayant toujours d'avantage considéré son groupe comme une expérience live que comme un projet studio, le fait qu'il se soit donné la peine d'y retourner dit certainement quelque chose de sa motivation à poursuivre l'aventure. La brume électrique tapissée de fuzz cotonneux dans laquelle s'était abîmé LoOp il y a maintenant une petite éternité s'est de nouveau abattue sur notre époque pour une durée encore indéterminée. Frissonnez, pauvres pêcheurs.

17.5 / 20
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Wolf Flow: The John Peel Sessions 1987-90 ( 1991 )

En cette époque de fin de règne rien ne semble pouvoir arrêter John Robert Parker Ravenscroft. Vu d'ici, et très certainement déjà pour ses contemporains, le bonhomme fait figure d'insoumis, de découvreur insatiable à l'image de cette scène britannique indépendante à l'appétit dément, avide de nouveaux territoires, qu'il n'a de cesse de faire déferler sur les ondes anglaises. Qu'auraient bien pu devenir ses fameuses sessions sans elle; et que serait il advenu de cette dernière sans la bienveillante intervention et la passion sans bornes du natif d'Heswall? Nous ne le saurons jamais car l'histoire aura, pour une fois, pris le bon tournant en ce qui les concerne. De combien d'attentats sonores a-t-il bien pu réellement se faire complice depuis le milieu des années 70 puis tout au long de l'interminable décennie de joug Thatcherien (et bien après)? Combien formations cultes a-t-il bien pu voir éclore dans ses studios? Car ils étaient un peu les siens ces locaux dans le fond.

Ces murs entre lesquels tous sont passé ou presque, de The Smiths à Napalm Death. De My Bloody ValentineThe Fall et Heresy à Killing Joke, The Chameleons ou encore Bolt Thrower,  Motorhead et bien sur Joy Division. Sans compter les internationaux conviés à la fête (Helmet, Dinosaur Jr., Fugazi, D.O.A., Sonic Youth...). Au crépuscule des 80's, de ce ridicule échantillon - car la liste est interminable -  le sieur Peel les aura presque tous aimés avant, lancés dans le bon timing entre le bouillonnement des late 70's et les premiers mugissements des années 90. Dans le fond peu importe leur nombre exact. Nous retiendrons surtout qu'ils ont compté.

LoOp, reçu alors que la formation n'a pas encore soufflé sa première bougie, est de ceux là. Une preuve parmi tant d'autres de son flair incomparable pour les groupes qui faisaient la différence. Ils furent si nombreux à défiler dans les studios de la BBC, parfois même à plusieurs reprises, qu'il est aisé de s'y perdre mais le compteur de LoOp restera bloqué à trois passages et sera à l'origine de Wolf Flow. Ce pressage, peut être plus encore que d'autres tirés de ces Peel Sessions immortalise le climat particulier de toute une époque et de sa synergie singulière.A l'écoute de ces 9 morceaux, comment ne pas imaginer le jeune Hampson et ses futurs courants d'airs d'acolytes, quelques années plus tôt, scotchés à leur poste de radio chaque soir, à se gaver de vibrations hors des clous? Et quelle autre manière pour eux alors de le rendre que par ces trois soirées d'anthologie?
Car LoOp, comme beaucoup, se sublime au cours de ces prises. Le groupe rend à son oeuvre sa sauvagerie, étend la portée de morceaux déjà marquants pour les transformer en hymnes. Là où se tient LoOp semble brusquement précipiter le meilleur des musiques aventureuses et obsédantes des 15 années fraîchement écoulées de ce coté du mur. L'agressivité de The Telescopes au mieux de leur forme ("Soundhead",), la surcharge d'effluves opiacées de Spacemen 3, les rugissements et le radicalisme de Psychocandy (The Jesus and Mary Chain), les boucles hypnotiques de Suicide ("Rocket USA" est interprétée lors de la session de 87), la puissance habitée et les convulsions de Killing Joke ("From centre to wave" et ce monstre vociférant qu'est "Afterglow", toutes deux tirées d'A Gilded Eternity). Au croisement de tous ces éléments, un groupe météorique capable de produire un son véritablement fascinant, dépouillé, frontal et labyrinthique qui vous syphone les neurones. LoOp n'aura jamais été plus enivrant mais le fut au moins à trois reprises (1987; 88 et 90). Toute la grandeur de l'acteur principal des 4 années qu'aura duré l'aventure éclate dans ce qui, avec du recul, constituera finalement le Best Of indispensable d'un groupe n'en ayant jamais sorti.

Lorsque Wolf Flow voit le jour en 1991, LoOp n'est déjà plus, dispersé entre The Hair and Skin Trading Company, Godflesh (brièvement) et Main. De son coté, John - nous l'appellerons ainsi tant à force de croiser son patronyme on a parfois le sentiment qu'il pourrait presque faire partie de la famille - poursuit son chemin 13 années durant avant, à son tour, de disparaître et de laisser un trou béant dans le paysage musical moderne et l'imaginaire d'innombrables amateurs d'une certaine idée du rock. L'histoire, elle, a continué. Mais (plus) tout à fait comme si de rien était. Wolf Flow, dans les tous premiers rangs des plus beaux vestiges de l'héritage Peelien et plus encore que les pendants studio de ses auteurs est là pour nous le rappeler.
Il était là. Ils étaient là. Sans eux, où en serions nous?

Fade Out ( 1988 )

On ne compte plus les merveilles qu’ont pu enfanter plus ou moins directement les années 80. Une fois levé le barrage géométrique et fluo de la musique populaire, cette période fut une véritable serre à idées et ce notamment en Grande Bretagne. LoOp fait partie de ces groupes magiques à l’influence diffuse mais indéniable qui auront marqué un pan entier de la musique.

LoOp, apparaîtra au cœur de cette décennie bouillonnante pour ne finalement rester que le temps qu’elle s’achève et laisser une grosse poignée de compositions à vous faire baver n’importe quel shoegazer. Fade Out, sorti en 1989, est un étrange voyage dans le temps : complètement ancré dans son époque (coincé entre Post Punk et Shoegaze pour simplifier), cet album est indissociable de l’effervescence qui agite la scène britannique (My Bloody Valentine, The Jesus&Mary Chain, Spacemen 3, Ride) et donne pourtant l’impression de ne mener nulle-part. Fade Out est de ces sorties qu’il est aisé de situer dans le temps mais qui pourtant vous perdent.

Fade Out est un album pauvre, plus encore que son prédécesseur. Pauvre dans ce qu’il y a de plus rêche, de plus simpliste. Le riffing est minimaliste, la batterie semble bloquée dans une boucle sans fin et le tout est noyé dans un fuzz omniprésent aussi abrasif que réconfortant. Un véritable cauchemar pour certains, un océan de bonheur pour quiconque est à la recherche de vagues noisy vaporeuses telles qu’ont pu le servir les voisins britanniques des londoniens à la même époque.
Il est bien difficile de ressortir un titre frappant de ces 8 pistes tant celles-ci s’abordent comme un tout dans lequel nous sommes plongés dès les premiers instants du très évocateur Black sun d’ouverture. Ici la variation rythmique au sein de chaque composition - voire au long de l’album - est rare pour ne pas dire quasi inexistante. Celle-ci se fait vite complètement hypnotique et obsédante, presque aliénante alors que les nappes de guitare dissonantes s’engouffrent dans l’espace laissé vacant par l’esprit obnubilé. Alors LoOp fait geindre ses guitares, se déploie dans des délires à la limite de l’incantatoire, le psychédélisme avance et le fuzz brouille les repères, emportant l’auditeur dans une douce léthargie entre sensualité et noirceur. Jouissif.
Fade Out est de ces sorties planantes mais hermétiques, électrisantes, chaleureuses et inquiétantes qui, une fois apprivoisées, livrent un flot continu de sensations brutes appelant à l’abandon. Fade Out est de ces disques qui vous achèveront lorsqu’au bout de la nuit ces quarante minutes viendront vous harceler inlassablement d’attaques noise hallucinées jusqu’à ce que vous cédiez pour finalement vous écrouler, vaincu par ces sonorités envahissantes douces et sournoises.

LoOp est de ces groupes éphémères et intemporels, héritiers de la scène Post Punk, qui, au tournant des années 80-90, prirent un plaisir sans fin à maltraiter leur rock quelques années durant. Les vibrations se font encore sentir de nos jours et LoOp, bien qu’éteint depuis 1991, irradie  toujours l’univers Noise tel une source intarissable. Fade Out est de ces sorties qui  discrètement mais surement continuent et continueront de s’affirmer comme des incontournables. Fade Out est une parenthèse géniale de la musique moderne aujourd’hui étrangement redevenue quasi confidentielle et qu’il ne tient finalement qu’à chacun de nous d’aller  ré-ouvrir.

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