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Biographie

Locktender

Après 2 années de pause, les membres de Men As Trees se sont re-localisés à Cleveland pour former Locktender. Le concept de Locktender est de mettre en musique et paroles des artistes choisis ainsi que leurs œuvres les plus marquantes. Ainsi les 3 premiers morceaux du groupe, rassemblés sur Collected, se basent sur les travaux de William Blake, Earl Nightingale et Raphaël Gleitsmann.

Les deux premiers albums du groupe, Kafka et Rodin, issus des mêmes séances d'enregistrement, sortent respectivement en 2013 et en 2014. Il faut ensuite attendre quatre années avant que Locktender n'enregistre un nouvel LP, Friedrich, inspiré par le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich.

Chroniques

Friedrich Collected
16.5 / 20
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Friedrich ( 2018 )

De l’eau a coulé sous les ponts depuis la dernière fois qu’un disque de Locktender a été chroniqué sur notre site, il y a six ans. Une poignée de splits mais surtout désormais trois LP qui s’inscrivent dans une démarche commune : chaque disque se focalise sur l’œuvre d’un artiste tandis que chaque morceau trouve son inspiration dans l’une de ses œuvres. Après Kafka et Rodin, c’est ainsi au tour du peintre allemand Caspar David Friedrich de servir de point de départ à ce nouvel album concept. Il faut dire que les peintures de Friedrich, « cet homme qui a découvert la tragédie du paysage » s’accordent particulièrement bien à la musique de Locktender : des paysages chaotiques, souvent hivernaux, dans lesquels la nature semble toute puissante et l’homme bien solitaire. Le livret qui accompagne le vinyle met ainsi en regard les œuvres picturales et les paroles, permettant à tout un chacun de visualiser les sources d’inspiration et de mieux comprendre les intentions du groupe.


Histoire de filer la métaphore, Friedrich pourrait être qualifié de trompe-l’œil. Non pas parce qu’il ne donne qu’une impression de relief, bien au contraire, mais parce que, malgré les quatre années qui le séparent de son prédécesseur, il s’intègre naturellement dans la discographie du groupe. A un tel point que de prime abord cela en devient suspect. Mais quelques écoutes croisées avec une replongée dans les précédents opus permettent de se rendre compte que continuité n’est pas reproduction. On retrouve donc cet enchaînement de pièces fuyant toute idée de linéarité, ce Post-Hardcore qui puise sa charge émotionnelle dans un relent de Screamo qui trouve ses racines dans celles du groupe, quand il s’appelait encore Men As Trees.

C’est en effet leur dimension émotionnelle qui font se rejoindre les passages les plus brutaux, ceux les plus lents ou encore ceux desquels émane un sentiment de fragilité. Il n’y a ni haine ni violence dans la musique de Locktender. Porte-parole des troubles de l’âme humaine, le chant de Nick se fait plus magistral que jamais. Si l’on met de côté les cœurs un peu hasardeux et dispensables de The Monk by the Sea, c’est bien la section vocale qui concentre l’attention et cristallise la charge émotionnelle, portée par la vague de fond des parties instrumentales. On retrouve là, dans un registre différent, tous les ressorts de la musique de The Saddest Landscape. Du caverneux le plus abrasif, le chanteur est capable de passer en un instant au chant clair le plus limpide, comme sur Seashore with Shipwreck by Moonlight représentatif de cet équilibre trouvé entre calme et fureur.

Que ce soit avec un The Chasseur in the Forest tout en tension contrôlée ou avec un The Abbey in the Oakwood où les furieuses résurgences Screamo viennent se muer en une douloureuse complainte, on est porté de bout en bout par ce Friedrich, comme balancé par la puissance des vagues qui l’ouvrent et le clôturent. De l’eau a coulé sous les ponts…

Friedrich est écoute et en téléchargement gratuit sur Bandcamp.

A écouter : The Chasseur in the Forest, The Abbey in the Oakwood
14.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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Collected ( 2012 )

Men As Trees a toujours été un groupe un peu en marge. Toujours surprenant, souvent même déroutant car dans le refus absolu d'un certain classicisme screamo  hardcore établi, les gars de Détroit ont considéré chacun de leur disque et chacune de leur composition à tiroirs comme des entités singulières quasi-vivantes. Désormais rassemblé à Cleveland après deux années de pause, les américains embrassent avec Locktender le même état d'esprit investi et libertaire. Ils achèvent avec ce symbolique Collected très joliment illustré une première étape cruciale, avant de s'attaquer a des projets toujours plus prenants et ambitieux.

Naviguant à l'instinct sur un bateau ivre, Locktender n'a pas peur de se lancer corps et âme dans des morceaux fleuves de plus de 10 minutes. Usant de manière parfaitement combinée des montées screamy post-rock comme des trombes hardcore, les américains ne se perdent pas un seul instant dans la densité ahurissante de leur propos. Pour cause, un don évident pour l'établissement de traits d'union entre contemplation et séisme, entre frises cristallines et ces véritables râles d'ours des cavernes furibards qui adhèrent parfaitement à la bouillante toile de fond. Tout change décidément en un éclair chez eux et tout semble pouvoir s'écrouler comme se reconstruire d'un instant à l'autre. Locktender souffle eux même la tempête sur leur frêle cocon hérité de jolies influences emo hardcore. Collected fige 3 morceaux magmatiques et entérine la renaissance du groupe. Car pour l'entrée à l'age adulte, Locktender prévoit deux LP, respectivement inspiré des aphorismes de Zürau de Franz Kafka et des sculptures d'Auguste Rodin. De quoi façonner des paysages encore plus accidentés et touchants.

Sorti sur CD et K7, Collected est également disponible en libre écoute et téléchargement.

A écouter : Sur la falaise du monde