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Biographie

La Dispute

La Dispute est un combo américain issu du Michigan né en 2004 sous la forme d'un quintet. Mêlant avec passion screamo et post-hardcore dans un élan qui rappelera vite Saetia, early mewithoutYou ou At The Drive-In, le groupe distille sa musique par petites touches allant de EP's en 7" avant de se lancer dans le grand bain, fin 2008, avec leur premier vrai album, Somewhere At The Bottom Of The River Between Vega And Altair, pour partie autobiographique.
La sortie sur No Sleep (Monument to Thieves, Sleeping Giant ou encore Frontier(s)) permet également au groupe de tourner avec Thursday en 2009.

14.5 / 20
6 commentaires (14.42/20).
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Wildlife ( 2011 )

Il y a dans La Dispute un je-ne-sais-quoi qui, à l'instar de Pianos Become The Teeth, me donne des frissons dès les premières notes. Sans doute le timbre écorché, empreint de douleur, des frontmen ou ces émotions qui dégoulinent le long des enceintes. Même si j'émets moins de réserve que mon collègue sur Somewhere at the Bottom …, je ne nie pourtant pas l'aspect juvénile et parfois maladroit des compositions de La Dispute mais sur ce cru 2011, le gap est assez important.
Plus maitrisé, plus adulte mais toujours empreint de cette amertume enfantine dans le chant, voici comment on pourrait qualifier Wildlife. Les traits y sont moins grossiers, l'imprécision dans les riffs se fait petit à petit plus discrète (l'excellent "Safer In The Forest - Love Song for Poor Michigan") lorsqu'elle ne se meut pas en en maîtrise parfaite des émotions ("King Park", alternant ambiances sur fond de suicide ou "Edward Benz, 27 times"). La Dispute a grandi et, à la manière d'un Baudelaire dont la poésie se fait imagée et riche, le combo affine sa musique.

Néanmoins, j'avoue être assez déstabilisé par une production parfois trop lisse. Certes le chant est éraillé, on se surprend à chanter en choeur mais il manque cette fragilité sonore qui décuplerait des titres comme "The Most Beautiful Bitter Fruit", "a Letter" ou "You and I in Unison" (avec une grosse affiliation à mewithoutYou). De la même manière, La Dispute atteint parfois - heureusement rarement - ses limites lorsque le frontman accapare l'attention, au détriment du reste du groupe alors que certains passages ne mériteraient qu'à être mis en avant ("King Park" toujours).

"My spirit, soaring high and high up over King Park, leaves the crime scene, travels further back Till far before the shooting, through their windows, to their living rooms." ("King Park").

Wildlife aurait pu sans doute être une future pièce maitresse dans la discographie de La Dispute. Plus maitrisé, plus abouti que Somewhere at the Bottom …, ce nouvel opus manque encore peut être d'un zeste de passion sur certains titres ("All Our Bruised …") mais la quasi totalité du disque s'avère enjôleur malgré une prod parfois trop lisse. Heureusement, le plus important est là : les émotions.

A écouter : King Park, histoire de saisir l'essence de cet album
13.5 / 20
9 commentaires (16.22/20).
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Somewhere At The Bottom Of The River Between Vega And Altair ( 2008 )

Sans avoir honte de se fondre dans une mouvance qui prend souvent un air de sables mouvants et de frôler les clichés sur chaque riff, le premier album de La Dispute, Somewhere at The Bottom of the River Between Vega and Altair, s'aborde d'abord sous forme de comparaisons (ici Thursday, là Native; deux groupes avec lesquels le groupe part en tournée). Pas la meilleure manière d'approcher un disque, certes. Pas forcément la pire non plus: mieux valent des comparaisons flatteuses qu'un air de rien.

Recette connue, arpèges entendus, Somewhere at The Bottom... a un arrière-goût très prononcé de mewithoutYou. Mêmes pleurs, même rage dans la voix de Jordan Dreyer que dans celle d'Aaron Wiess. Un phrasé parfois similaire, où se bousculent les mots qui débordent de peine ("Said The King to The River", "Andria" qui sonnent les plus mwYiennes de l'album), où les invectivent se disputent aux plaintes profondes. La voix de Wiess a pour elle ceci d'enthousiasmant qu'elle entraine à elle seule le reste des instruments, que ce soit dans des spoken words marmonnés ou dans de vigoureuses imprécations. Dreyer, au contraire, semble constamment en lutte pour maintenir un niveau difficilement acceptable. Les variations vocales (chant clair, cris) sont mal maîtrisées, exagérant à outrance ("Bury Your Flame"), dérapant trop souvent devant l'efficacité des instruments. Il faut un temps pour s'y habituer, pour la digérer; la tristesse d'une rupture ne peut définitivement pas tout expliquer.

Au contraire, ce qui fait l'intérêt du combo, c'est cette rebellion juvénile des instruments devant le dramatique adolescent d'une situation convenue. Les riffs sont pesés, efficaces ("Then Again, Maybe You Were Right"), la rythmique, hachée, marque par sa sécheresse. La Dispute se laisse aller, comblant son manque de technique et certaines transitions mal négociées par une certaine imagination de la lead guitar ("Andria" mélodiquement lumineuse) et une volonté d'aller jusqu'au bout de son propos sur chaque morceau quelque soit le format; le point culminant étant sans doute les 12 minutes de "The Lost Continent" qui emprunte un virage Post, tout en montée, avant d'exploser dans des choeurs fraternels façon Modern Hardcore. On y revient, le temps d'une phrase: c'est peut-être là où le débit de Dreyer est le plus signifiant, le plus proche de ses émotions. Le brossage des styles, en vogue en ce moment, parvient cependant à ne pas dévier les Américains de leur route. Il est, quelque part, bienheureux qu'ils n'aient pas poussé plus loin leurs expérimentations tant on sent qu'ils sont déjà arrivés au bout de leur savoir-faire.

Ce qui ne remet aucunement en cause la qualité de Somewhere at The Bottom..., qui est justement là où on l'attend: les lyrics, à défaut d'être fins, sont justes et la musique retient l'attention quand virevoltent les guitares, quand elles ne s'arrêtent qu'à regret pour clôre un chapitre. Ca peut augurer du bon; mais les clichés ont la vie dure. Surtout quand l'étincelle n'est pas si évidente que ça.

A écouter : Andira - The Lost Continent - Said The King to The River