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Biographie

Kickback

Kickback est un groupe de Hardcore parisien formé en 1991 par Stephen Bessac (Chant), Fabrice Fortin (Batterie), Patrick Vandewalle (Guitare) et Jean-Marc Quere (Basse). Au départ, le groupe est très influencés par le New-York Hardcore et sortent une démo puis un premier ep en 1992, No One Gets Out Alive. Leur premier concert a lieu au Festival Hardcore Riot à la MJC de Saint-Denis et le groupe se retrouve plus tard en première partie d'Agnostic Front et Sick Of It All. En 1994, Pascal Pastore (Basse) rejoint les rangs de Kickback pour enregistrer le premier album, Cornered, qui parait chez Century Media Records et Hostile Records l'année suivante. Plusieurs concerts ont lieux avec entre autres Mass Hysteria, Slayer, 25 Ta Life, Gwar, The Exploited ou Madball. Après le départ de Patrick Vandewalle et de Fabrice Fortin en 1996 remplacés par Boussad Lacheb (Guitare) et Irvin Oziel (Batterie), Kickback lui donne une suite encore plus violente en 1997 intitulée Forever War. Stephen Bessac s'inspire des films de Gaspard Noé (de nombreux samples sont extraits de ses films) et ses textes font notamment référence au nihilisme, à l’hédonisme criminel et à la littérature du Marquis de Sade. Boussad ne reste pas longtemps dans le groupe, c'est donc Irvin qui s'occupe de la guitare alors qu'est recruté Simon Doucet derrières les fûts pour assurer les concerts. Le groupe se fait très vite connaître par ses prestations violentes, sans concessions et provocatrices, allant même jusqu'à insulter le public sur scène. Les 150 Passions Meutrières, un nouvel ep, paraît en 2000, puis Kickback se fait assez discret pendant les années à venir. Contre toute attente, Kickback ressort de sa banlieue poisseuse en 2009 avec un nouveau line-up avec l'arrivée de Damien (Guitare - DiapsiquirArkhon Infaustus), Warner (Guitare - Right 4 Life, Nevrotic Explosion) et Hervé Goardou (Batterie - Puss In Boots), mais surtout un nouvel album sous le bras. No Surrender, toujours plus nihiliste et plus loin dans la noirceur, voit leur Hardcore mêlé à d'autres styles musicaux comme le Thrash-Metal, le Black-Metal largement influencé par le jeu de guitare de Damien. Un nouvel album, Et Le Diable Rit Avec Nous, sort en 2011.

17 / 20
2 commentaires (9/20).
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No Surrender ( 2009 )

"Je le répéterai sur tous les tons, le monde n'est habitable qu'à la condition que rien n'y soit respecté". Georges Bataille

C'est sur ces mots de l'intellectuel français que se conclue "Deathlust", la deuxième piste de No Surrender, brûlot haineux et sulfureux dont Kickback a le secret. Les Parisiens signent leur grand retour après 12 ans d'absence et un Forever War qui avait matraqué la scène Hardcore hexagonale de l'époque. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, le groupe s'est séparé et ne reste pour ultime (?) testament que quelques disques dont celui qui nous intéresse aujourd'hui.

Opérons avec la même finesse que la formation : cet album est réussi. Le style si reconnaissable, à la croisée du New York Hardcore et du Metal, qui avait fait la joie des amateurs des deux albums et de l'EP précédents ne seront pas déçus s'ils attendent une dose de noirceur pure, un concentré de brutalité, une attitude nihiliste et un tabassage en règle des tempes. Une atmosphère couleur ébène pour ces 38 minutes de torture auditive qui font feu de tout bois : l'air est viciée par la peur d'une accélération dévastatrice ("Aging Disgracefully") tout autant que d'un ralentissement tortueux. Les hurlements de Stephen accompagnent notre chute dans un univers sombre, à la croisée de Nietzsche, Gaspard Noé et du marquis De Sade qui porterait du Lacoste. 

Kickback a t-il hiberné pendant plus d'une dizaine d'années pour en ressortir identique ? Loin de là. L'arrivée de Damien, membre de Diapsiquir, apporte une touche Black Metal malsaine aux compositions de cet album qui leur va à ravir. L'ensemble des titres de No Surrender sont habillés de riffs en tremolo picking caractéristiques de la musique du Malin. Kickback n'en oublie pas de jouer du Hardcore agressif qui n'a pas sa mosh part dans la poche. Pas besoin d'aller bien loin," Still On The Prowl" comporte les deux éléments évoqués plus haut. Et ce ne sont certainement pas les quelques samples présents ici ni même les quelques interludes ("Woods Are Wet Woman Hell" et "The Audience is The Target") qui vont rassurer les moins téméraires d'entre vous.

Plus court que son grand frère Forever WarNo Surrender a pris le chemin de la radicalisation : une production plus écrasante, plus « Metal », des influences plus diverses qui rendent la démarche du groupe plus extrémiste et surtout un travail de composition plus poussé. Chaque titre est truffé de riffs efficaces et de breaks prêts à vous exploser l'arcade qui se suivent naturellement, un plaisir à entendre pour un genre musical qui a tendance à oublier d'écrire de vrais morceaux, si l'on excepte Arkangel et Morning Again pour ne citer qu'eux. 

Le roi du Hardcore français est mort, vive le roi. Kickback a posé sa marque au fer rouge sur le front de la scène européenne et elle est bien condamnée à vivre avec ces témoignages de sa gloire passée et de sa volonté de toujours parcourir les sentiers de la guerre. Kickback s'est peut être fait beaucoup d'ennemis, Kickback a certainement cessé de vivre mais il a gagné sa couronne en l'arrachant à la gorge des prétendants. On plaint Pénélope.

A écouter : Tel un des classiques du Hardcore du XXIème siècle

Forever War ( 1997 )

Après un premier album paru en 1995, influencé avant tout par la scène New York Hardcore, Kickback envoie chier tout ce petit monde d'un seul revers de main et lâche le manifeste qui fera sa renommée. Ce tacle à la gorge est depuis devenu l'une des références de ce que certains nomment le Negative Hardcore. 

Forever War, le « bien nommé » ne joue que sur un seul tableau : la haine. Tout est pensé pour mettre à mal le corps et l'âme pendant 47 minutes et quelques qui sembleront une éternité à celui qui n'a pas encore accepté son sort. Les Parisiens manipulent les riffs et les breakdown comme on ferait tourner une pute dans un bordel de Pigalle. Le morceau titre figure d'ailleurs dans tous les manuels du « bon petit Coreux » au chapitre « moshpart » et ce n'est pas pour rien. D'ailleurs, les influences Hardcore Old School sont toujours présentes comme sur l'introduction de « False Fame » mais on sent que Kickback a décidé d'aller bien, plus loin que ce que peuvent proposer les ténors du New York Hardcore, empruntant un chemin à peine parcouru par Integrity pour ne citer qu'eux.

Indubitablement, Forever War se détache de son prédécesseur par son ambiance et par les influences dont il est parsemé, comme autant d'éclaboussure sur un drap qui aurait bien trop servi. On pense en premier lieu au Thrash de Slayer sur certains riffs comme sur « No One Gets Out Alive ». On devine aussi la silhouette des débuts du Hardcore Hip Hop grâce à ce groove diabolique qui semble jaillir des tréfonds d'une banlieue abandonnée et surtout ce chant maladif au débit proche du rap. Et puis il y a ces deux morceaux, « Long Live Death » et « Nightstalker » qui pourraient bien être la bande sonore d'un film de Gaspard Noé. 

Pour que tous les noms qui reviennent d'habitude dans une chronique de Kickback soient cités, il faudrait également faire appel à Nietzsche, au Marquis de Sade et à quelques autres écrivains et évoquer l'espèce humaine, sa déchéance et toutes sortes de perversions sexuelles. De notre côté, nous choisirons plutôt de dire que Forever War est avant tout le témoignage d'un groupe qui s'est rapidement emmerdé dans la scène Hardcore et a choisi de balafrer sa musique à grand coup de textes vicieux, d'influences piochées dans les pires recoins de l'underground et d'une réputation de fils de pute. 

Au fond, on aimerait tous donner de grandes explications philosophiques sur ce disque, sur le comportement de Kickback, sur la qualité de leur musique, sur ce qui fait que Forever War est l'un des plus grands disques de Hardcore de tous les temps, pourquoi il n'est pas un disque de Hardcore, comment le groupe a-t-il réussi ce coup de maître et bien plus. Mais vous vous demandez souvent pourquoi Alex Delarge fait ce qu'il fait ? Les meilleures et les pires choses dans la vie se moquent de la logique, Kickback fait partie des deux.

A écouter : Couteau à la main