Biographie

Keelhaul

Officiellement formé en 1997 à Cleveland aux Etats-Unis, Keelhaul est un quatuor qui a toujours cherché la complexité musicale. Sa musique a dès les débuts du groupe ressemblé à un hardcore très dense et chaotique utilisant largement tout le panel de techniques que proposent les théories solfégiales et un son massif et énergique.
Dès 1998, le groupe finance son premier album, I, et le fait remarquer par Cambodia Records qui le distribue à petite échelle. Cela n’empêche pas la formation de partir se forger sa première réelle expérience live en tournée (avec Botch notamment), à travers les Etats-Unis, où le bouche à oreille fait son effet, à tel point qu’Hydra Head signe le quatuor en 1999, d’abord pour un maxi 7’’, puis pour son deuxième album, II. Le label leur permet de tourner avec des ténors de leur catalogue que sont EyeHateGod et Meatjack.
C’est en 2003 que sort Subject To Change Without Notice aux Etats-Unis, troisième album des américains, et parfaite maîtrise de leur personnalité artistique encore floue sur les précédents opus. Celui-ci est distribué en europe depuis 2005.

15.5 / 20
1 commentaire (17/20).

Keelhaul's Triumphant Return To Obscurity ( 2009 )

Pendant un bout de temps j'ai cru que ce nouveau disque de Keelhaul était un gros boulet enchainé à leur cheville. Pour faire vite et clair : A Triumphant Jump To Obscurity With No Possible Return, un album de metal composé en charentaise au coin du feu pendant les longs dimanches d'hiver. Depuis 2005, les vieux briscards ont tout de même largement eut le temps de peaufiner leurs morceaux et de les répéter 1000 fois dans leur grange. Ce loooong (50 minutes) disque devait donc forcement contenir un truc qui arrache, quelque part entre les parties lentes (atmosphériques ?) comme la mort et ces chants (ça chante chez Keelhaul maintenant), qui subsistent - à mon humble avis - comme une surcouche quasi-inutile. But, why not ?

Quoiqu'il en soit, à force de relancer le keelhauling, on entre inévitablement dans leur schéma malade et démoniaque à base de ce riffing heavy bien connu et de ces ryhtmiques bétonnées qui tiennent le tout par les couilles. Les gaziers déclinent encore & encore ce qu'ils savent faire de mieux, construire et déconstruire des bonnes grosses tranches de pur rock'n roll, celui qu'on écoute les yeux écarquillés et un sourire abruti au coin des lèvres. Et ce n'est certainement pas les derniers concerts données en France, passionnés et engagés jusqu'à plus soif, qui viendront contredire cela. "Fuck Yeah !" d'un bout à l'autre.

Keelhaul's Triumphant Return To Obscurity est un album vaste et tortueux, où se croisent des compositions sachant faire le pont entre complexité et percussion ("Bandolero de Perros De Maiz", "Everything's a Napkin", "Kirby Wurm") et mid-tempi pépères ("THC for one"). Le tout parfois au sein d'un même morceau ("Waiting for the Moon to Speak"),  un peu comme si Keelhaul y avait régurgité en vrac tout ce qu'ils aiment et tout ce qu'ils ont envie de faire partager. Il va de soit que sauter à pied joint dans ce beau bordel est un brin casse-gueule. Ca revient à se caler dans des sables mouvants lesté d'un bloc de mortier : tu coules, et il n'y aura pas grand monde pour te tirer de là. En ce qui concerne le son, ça vallait bien le coup d'attendre une vraie release plutôt que de s'enfiler la version numérique dégueulasse qu'on pouvait trouver sur le web bien avant la sortie officielle.

A écouter : Slow but sure
16 / 20
6 commentaires (14.83/20).
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Subject To Change Without Notice ( 2005 )

S’il y a bien une scène dans tout ce fatras que représentent les musique amplifiées qui sait se renouveler  ces derniers temps, c’est bien la scène hardcore. A coups de post-machins, de nouvelles écoles (les suisses, les américains, les anglais, …) de déstructures en veux-tu en voilà, de surenchère dans le chaos et l’énergie, on voit fleurir de petites perles (de grosses merdes également) un peu partout, et je dois dire que je raffole de tout ça. Au diable les puristes et leurs règles établies, lâchons nous un peu, laissons libre court à notre imagination débordante, dansons allègrement, et tant que l’ivresse est là, oublions le reste. Qui de mieux que Keelhaul d’ailleurs pour nous accompagner dans ces palabres intellos ? Sûrement d’autres, mais pour cette fois, je m’attarderais sur eux puisqu’il me parait judicieux (et surtout d’actualité) de le faire.

Troisième disque pour les américains, mais premier avec une distribution correcte puisque assurée par Hydra Head à une échelle désormais internationale, qui espérons le fera sortir le combo de son anonymat dans nos contrées. Qu’on se le dise, Subject To Change Without Notice nous en met d’entrée plein les esgourdes. Dès les premières écoutes, on se dit qu’on a à faire avec un groupe bourré d’énergie, presque incompréhensible tant ses titres sont parfois complexes du sol au plafond. Pour faire simple, Keelhaul pratique un hardcore très bruitiste et déstructuré, tapant largement dans les tendances actuelles : un petit côté sludge, un autre noise, un son massif et surtout, cette fâcheuse manie de ne jamais laisser l’auditeur tranquille, grâce à des titres qui n’en finissent pas de rebondir. On finit même par se freiner dans les pulsions qui nous poussent à danser comme un ahuri tant il est difficile de le faire.  Tout est imprévisible. On passe par un nombre d’ambiance assez fou grâce à des riffs déments, dont on ne voit jamais le bout, soutenus par des rythmiques elles aussi fortement barrées et, la plupart du temps en total décalage avec le reste. Du coup, toute cette gymnastique d’esprit que le combo nous inflige, à coup de polyrythmies tellement complexes qu’elles semblent hasardeuses, confère à l’ensemble une approche très free-jazz ou tout du moins mathcore.
Seuls les titres interludes (HMG et le très Wilhelminien Tits Of War), étrangement placés l’un après l’autre au milieu du disque, nous offrent une respiration au milieu de tout ce tintamarre audacieux.
Subject To Change Without Notice se révèle pour autant palpitant malgré quelques passages à la personnalité faiblarde. Le tout résonne quand même comme un frais et subtile mélange de lourdeur à la sauce postcore et d’énergie folle et libertine (incarnés respectivement par les lignes mélodiques et rythmiques), auquel vient épisodiquement se greffer un chant rauque judicieusement placé.Ce dernier rappelle fortement Mastodon, et cela tombe bien puisqu’on est là aussi en présence d’une musique débridée et sans complexes.

Ce troisième effort de Keelhaul est donc un excellent disque, peut-être l’une des meilleures productions que l’on ait pu avoir ces dernières années en matière de hardcore (du moins l’une des plus originales) et il nous apporte là toute l’énergie du genre en apportant de l’eau au moulin.

A écouter : bien entendu.