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Biographie

Kayo Dot

Fondé par les membres du groupe de Metal-Progressif Maudlin Of The Well, Kayo Dot est avant tout un projet assez fou visant à fusionner les compositions classiques modernes aux guitares abrasives propres au Rock et au Metal. D'une technique irréprochable, les musiciens de Kayo Dot construisent avec élégance des morceaux "carrés" mais savent se laisser aller à une interprétation et à une exécution malléable témoignant d'un grand talent. En utilisant une kyrielle d'instruments (l'alto, le violon, la trompette, la clarinette, la contrebasse, la guitare, la basse, les percussions les plus variées) au service d'une musique riche et résolument spirituelle, Kayo Dot engendre une atmosphère dans laquelle convergent paradoxalement violence et sérénité.

Plastic House On Base Of Sky ( 2016 )

Les Américains de Kayo Dot sont de retour sur Terre en cette année 2016. De retour de Io et ses sonorités 80's, l'ex-Maudlin Of The Well et sa bande poursuivent le trip astral entamé il y a deux ans .

A l'instar du dernier méfait, Plastic House On Base Of Sky n'est pas une démonstration de technicité et de virtuosité des musiciens malgré la vingtaine créditée sur l'album. Contrairement à des Hubardo ou Choirs Of The Eye plus progressifs et alambiqués en termes de structures, ici on se focalise sur Toby Driver, sa voix perdue au milieu des claviers et guitares et les émotions qu'elle nous renvoie. Le ton mélancolique, rêveur (Rings Of Earth), le chanteur erre parmi les sonorités New Wave, Synthwave, Krautrock de ses comparses avec toujours autant d'habileté pour créer ces atmosphères si particulières. Secondé par une armada d'instruments allant des violons au mellotron, le leader et compositeur nous embarque pour cinq pistes oscillant entre l'organique et l'analogique, unis par une même aura tant sombre qu'onirique. Driver reste d'ailleurs fidèle sur l'ensemble du disque aux élans intimistes qu'on lui connaît bien, évoluant dans des cadres minimalistes où la musique et les mots posés dessus bâtissent une sorte de cocon enveloppant, tapissé de mélodies aussi douces qu'étranges. L'homogénéité instrumentale de Plastic House On Base Of Sky ne fera que renforcer cette impression,  poussant à l'introspection, baigné par ce discret kaléidoscope de textures et de couleurs sonores. 

Les premières notes de Amalia's Theme ne nous tromperons d'ailleurs pas sur ce qui nous attend : de cette ouverture fantomatique découleront 38 minutes de voyage sonore en terres expérimentales. All The Pain In All The Wide World et ses dix minutes se montre contemplatif dans sa première moitié avant de céder à davantage de désordre et de déconstruction musicale, à rapprocher des tendances Jazz de la formation, avec pour fil rouge les vocalises de Driver. On retrouvera cette même tendance avec un Magnetism qui laisse au batteur le moyen de s'exprimer comme il l'entend, et de fait de s'adonner à des schémas assez complexe où la cassure rythmique est monnaie courante.  En dépit de charmes certains, ces pistes manquent malgré tout de personnalité et auraient tendance à se confondre l'une l'autre, alors que suivent ensuite deux morceaux plus singuliers achevant l'album et méritant davantage l'attention. Rings Of Earth d'abord, pour sa voix sensible et haut perchée, placée sur une instru côtoyant presque l'Electro actuel qui dynamise l'ensemble après quelques minutes de torpeur. Mais aussi la superbe conclusion Brittle Urchin, malheureusement bien trop courte, où une ambiance grave s'installe à l'aide de basses constantes et de percussions tribales, conférant une saveur hautement cinématographique à cet ultime morceau. 
Et Kayo Dot n'a de cesse de nous inviter à fermer les yeux et à nous laisser bercer par notre imagination, aussi folle soit-elle. Les univers sont nombreux et l'on pourrait aussi bien penser à un décollage vers l'espace sur All The Pain In All The Wide World ou à une chevauchée rétro-futuriste dans un désert de pixels sur Brittle Urchin. Libre à l'auditeur de peindre ses propres tableaux. 

Résolument hors du temps et des courants, Kayo Dot puise dans ses racines multiples et dépasse le simple old school worship pour forger une nouvelle facette de sa personnalité. Les amateurs du précédent opus retrouveront les ambiances qui les ont charmés sur Coffins On Io, développées ici de manière plus dense et déroutante encore. Malgré quelques moments de creux et certains titres au potentiel peut-être sous exploité, Plastic House On Base Of Sky ne fera pas tache dans la discographie des alchimistes de Kayo Dot qui ne cessent au fil des années de s'approprier toutes les matières sonores qui leur passent entre les mains. 

A écouter : Rings Of Earth, Brittle Urchin
16.5 / 20
3 commentaires (14.67/20).
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Coffins On Io ( 2014 )

Kayo Dot fait partie intégrante de ces groupes dont ne sait jamais à quoi s’attendre, album après album. Après Gamma Knife en 2012, séduisant, mais peu enclin à dépasser le stade des préliminaires, on pensait la formation de Toby Driver définitivement revenue au cœur même de ses racines avec Hubardo, en 2013, qui remettait au premier plan une violence mise au placard après leur second album. Troisième album en trois ans, Coffins On Io poursuit-il le chemin tortueux du retour aux sources préalablement tracé les deux derniers albums ? Manquerait plus que ça !

Kayo Dot se joue de l’espace temps. Créant du neuf avec du vieux, Coffins On Io est comme découvrir une photographie poussiéreuse dans un grenier parental vétuste qui changera le cours de votre vie présente, ainsi que son futur à venir. Kayo Dot interpelle, provoque par une production joueuse, écartelant l’ouïe entre un air de déjà vu et un territoire vierge de tout souvenir. Dès le premier titre, The Mortality of Doves, le ton est donné. A milles lieues des élucubrations de maudlin of the Well, l’on se retrouve plongé dans un univers que David Lynch ne renierait pas. Voix aigue, beat et claviers directement sortis des années 80, la machine à rêves se met en route de la plus belle des manières. Le groupe n’en oublie pas pour autant d’aiguiser son efficacité. Plusieurs passages particulièrement groovy jalonnent l’album, la fin d’Offramp Cycle, Pattern 22 ou encore celle de Library Subterranean sont des exemples parlant. Le premier vient cueillir l’auditeur par son beat velouté d’une nonchalance et d’une chaleureuse rondeur. Le second, après un démarrage particulièrement catchy, déverse ensuite sa furie sur un autre beat incroyablement répétitif qui ne peut que vous coller à la peau. L’envie de se repasser inlassablement ce passage est indomptable. Rythmiques alambiquées féroces, batterie déchainée, jusqu’à ce que le saxophone furieux de Toby Driver vienne déstructurer encore un peu plus un morceau qui se termine à des années lumières de ses premières notes. Une des meilleures pistes du Kayo Dot nouveau, à n’en pas douter. 

Rock Progressif ? Darkwave ? Gothique ? Avant-Garde ? New Wave ? Tout cela à la fois. Tellement de choses se déroulent parfois au même moment qu’il n’est pas anodin d’appuyer sur le bouton « stop » pour vérifier que seul cet album tourne. Coffins On Io se caractérise autant par son imprévisibilité que par son aspect insaisissable. Tel une anguille se jouant avec malice des fils tendus, Kayo Dot disparaît et réapparait là où on l’attend le moins. Le changement est d’autant plus drastique lorsque l’on suit attentivement l’évolution du groupe formé à Boston. Hubardo, sorti en 2013, posait les jalons d’un retour aux sources réussi. Un an plus tard, Coffins On Io brille par sa différence. Déstabilisant à l’extrême, à l’image de ce chant si surprenant qu’il en devient décadent, origine d’un désordre incontrôlé, frôlant la lassitude, toujours à la frontière de deux océans agités dont on ne saurait prévoir les entrechocs. Bien loin des grognements rageurs de l’album précédent, Toby Diver délivre ici un chant typé New Wave avec une touche gothique indéniable. Son fausset sur Spirit Photography est d’ailleurs tout bonnement bluffant. 
Notons également le mix de l’album qui, s’il confère une imagerie séduisante à la musique, pourra en rebuter certain par sa faiblesse.

Coffins On Io est un développement du côté mélodique de Kayo Dot. L’écoute au casque en est d’ailleurs vivement conseillée tant l’album recèle, refoule, regorge d’effets, d’accroches, de détails, bref de classe. La prise de risque est indéniable et l’on ne peut que saluer la démarche d’un groupe décidément pas comme les autres. Oubliez vos prérequis et laissez vous porter par la sensibilité sinueuse de ce très bon album. 

A écouter : The Mortality of Doves, Library Subterranean, Spirit Photography
17.5 / 20
1 commentaire (18.5/20).
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Hubardo ( 2013 )

Evoquer une fois de plus maudlin of the Well lorsqu’on s’apprête à parler de Kayo Dot, c’en est presque désuet et inutile. Et pourtant, si ce dernier a désormais sa propre patte, Driver et sa bande ne se sont pas défaits de l’esthétique musicale qui leur colle à la peau. Hubardo est un écho à la première formation de Boston, car toujours tiraillé entre ses amours soniques aux horizons parfois contraires, mais à l'aura plus dense et plus sombre.

Difficile de faire une intro plus hostile et repoussante que « The Black Stone » et ses râles lugubres lâchés par Jason Byron sur quelques notes, passablement inquiétantes, qui ne facilitent en rien l’écoute. Kayo Dot se distingue par une entrée en matière difficile, à l’image d’une œuvre conséquente qui demandera du temps et une ouverture musicale certaine. Mais les efforts des plus persévérants seront récompensés par un album parmi les plus intéressants de la discographie, mêlant principalement un Metal violent et dérangeant à l'atmosphère obscure et de belles envolées Jazz tout aussi vindicatives. Particulièrement marquée dans les premières pistes, cette fusion se manifeste au travers de guitares frénétiques soutenues par un batteur furieux et architecte de structures chaotiques (« Thief »), secondés de ce saxophone adepte de folles cavalcades perçantes (« Vision Adjustment To Another Wavelength »). On pense notamment à John Zorn et son projet Naked City ou plus secondairement au Shining Norvégien, mais là où ceux-ci intègrent habilement cet instrument peu familiers du milieu Metal, Kayo Dot creuse plus profond encore ses recherches expérimentales, alimentées  de claviers Ambiant aux sonorités 80's (« The First Matter »), de cordes fragiles ou encore de pianos discrets conférant un ton plus grave et presque gothique à l'ensemble. Parallèlement au mariage des deux styles principaux, le groupe effleure la musique Classique (« The Second Operation ») et côtoie les ambiances Darkjazz et autres vibrations Dronesques. Cette pléthore d'influences s'articule pourtant avec brio dans une cohérence exemplaire, preuve d'un talent certain pour l'orchestration et contournant le collage grossier et racoleur.
Le chant quant à lui est le garant ultime de la folie tout en offrant une performance polyvalente, au bas mot. Des vocaux hallucinés et franchement perturbants de « Floodgate » aux douces et mélancoliques mélodies sur « Passing The River », Toby Driver est le fil conducteur de ce voyage déroutant où l'inattendu se montre fascinant.

Car au-delà de sa prouesse à briser les barrières entre les genres (ou plutôt à unir ceux-ci), l’album s’apprécie également pour son concept global. Narré de manière très lyrique et imagée, Hubardo s’apparente à une sorte de nouvelle où un poète, visiblement à l’écart de ses contemporains, se trouve fasciné par la chute d’une mystérieuse pierre (« The Black Stone ») tombée du ciel. De fait, l’ambition et la palette sonore de ces onze pistes découlent de cette mythologie créée de toutes pièces, et se pencher de plus près sur les paroles apporte très certainement une dimension supplémentaire à l’Avant-Gardisme général, qui se révèle alors nettement plus parlant. Réciprocité, questions-réponses, musique et fiction ne font qu’un, ce qui constitue toute la force d’Hubardo, résolument destiné aux amateurs de Metal touche-à-tout bien entendu, mais plus généralement aux mélomanes et rêveurs, attachés à la création d’un univers tout aussi singulier que prenant. Guidés par la sincérité et la passion plutôt que par la traîtresse volonté de vouloir se démarquer à tout prix, le travail des Américains paye et impose le respect car complet, riche et certainement venu d’un autre monde.

Kayo Dot prouve avec cet opus que les alchimistes d’outre-Atlantique ne volent pas leur réputation et le statut « culte » de la formation. Dix ans après ses premiers pas et avec cinq albums au compteur, le groupe ne freine pas sa perpétuelle remise en question et sa quête de sens musicale. Souvent qualifiés d’Avant-Gardistes, il est cependant difficile d’imaginer que beaucoup de formations seront influencées par cette approche si personnelle des Bostoniens dans les dizaines d’années à venir; visionnaires peut-être pas donc, mais Artistes et Démiurges, très certainement.

A écouter : En entier avec les paroles
18 / 20
1 commentaire (18/20).
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Coyote ( 2010 )

Il s’en est passé du temps depuis ce Choirs of the Eye chroniqué en ces pages. Et laisser tant de temps à quelqu’un comme Toby Driver, c’est lui laisser un champ d’évolutions infini. Incapable de se figer dans une ligne de conduite artistique, par convictions, le jeune new-yorkais a depuis 2004 fait transfigurer son entité Kayo Dot à plusieurs reprises, abandonnant peu à peu le metal reminiscent de l’époque des glorieux Maudlin of the Well, et intellectualisant au fur et à mesure le propos jusqu’à tomber dans une abstraction succulente et très relative à la musique savante, injustement impopulaire, perdant de surcroit une bonne partie de son public initial. Méprisé, raillé, incompris, Kayo Dot aujourd’hui n’attise plus la curiosité, demandant un effort considérable pour ingurgiter et comprendre chacune de ses créations, et n’est plus suivi que par un cercle assez restreint de fidèles peu avares en efforts à la vue de la richesse de l’univers de la formation américaine. Coyote n’inversera pas la tendance, Toby Driver ira de toute manière où il a envie d’aller, sans la moindre considération sur la réception faite à son œuvre, convaincu à juste titre de l’intérêt de sa démarche, totalement unique dans le milieu de la musique, a fortiori dans le secteur indépendant. Coyote est, comme le laisse annoncer son artwork, le plus noir des disques de Kayo Dot, mais aussi à la fois le plus accessible que le plus abstrait. Et le plus bouleversant, de loin.

Coyote est terrible de désespoir et d’amour, cela se ressent dès les premières écoutes, et au fur et à mesure de celles-ci, il se dégage à travers cela une âme extraordinairement puissante. Par son abstraction, son éloignement de la caricature post-rock habituelle, Kayo Dot démontre une intelligence à affirmer sa composition comme pertinente en tout instant, moins versatile que sur ses précédents disques. Ce quatrième album a d’ailleurs une histoire bien particulière. Ecrit en collaboration avec une amie proche de Toby Driver, artiste elle aussi, Yuko Sueta, alors malade du cancer et luttant contre la mort à travers son art. Malheureusement le disque fut terminé sans elle, bouleversant la fin du travail de composition et l’état d’esprit du jeune homme. Ne restent plus d’elle sur le disque que ses textes, chantés par Driver, témoignage de sa lutte et une grande douleur omniprésente recouvrant le disque d’une lourde chape de mort. Dès le départ s’étaient adjoints au line-up les new-yorkais Tim Byrnes, Terran Olson et Daniel Means, musiciens reconnus jouant respectivement trompette, saxophone ténor et saxophone alto, et bien évidemment l’incontournable et sublime violoniste Mia Matsumiya, accompagnant Kayo Dot depuis longtemps. De fait,  au moment de se mettre à coucher des notes sur le papier, Driver, composant comme à son habitude en fonction des instruments qu’il a à disposition et plus particulièrement des instrumentistes à qui il a à faire, possédait déjà le potentiel pour transfigurer sa musique et lui donner un aspect ténébreux et dramatique. Et  découvrir la composition de Toby Driver dans un tel registre est un véritable délice.

Coyote est d’une rare richesse musicale, se révélant paradoxalement le disque de Kayo Dot le moins changeant en atmosphères. Il est en fait un juste mélange entre des genres musicaux a priori peu de fois réunis, free-jazz ambiant à rapprocher des géniaux Supersilent, musique contemporaine faisant la part belle à une dissonance très académique et post-rock abstrait et langoureux. L’ouverture du disque est magistrale, mystérieuse, minimaliste, avec son violon tressautant, ses percussions éparses et discrètes nappes de cuivres, déchiré par le chant de Toby Driver, toujours aussi particulier mais à fleur de peau comme jamais, criant la douleur de Yuko Sueta « Help me, i’m disappearing ». Plus que jamais, la musique de Kayo Dot apparaît comme écrite minutieusement, orchestrale et pensée, ce qui est tout à fait loin de lui retirer tout potentiel émotionnel, gros défaut adressé à Kayo Dot. Le jeu de l’entrelacement des différents instruments, pizzicati ou mélodies sublimes au violon, basse motrice et cuivres éphémères apportant ça et là des mélodies inattendues de longueurs variables, rebondissant l’un sur l’autre, évitant le rebondissement spectaculaire au profit des discrètes apparitions, offre une richesse d’écoute rare, de surcroit si l’on compare le résultat à n’importe quel groupe affilié post-rock. Rarement sur Coyote le propos se fait plus énergique ou rythmé et quand il l’est, il n’en fait jamais trop, mettant en valeur des mélodies puissantes en termes de composition. Même le déchainement de colère désespérée du premier morceau de bravoure du disque,  Whisper Ineffable, n’en fait pas trop. Sa batterie mécanique et répétitive, déchaînée brusquement telle une violente émotion assaillant le compositeur, étirée par son chant plaintif et les cuivres obsédants, se voit mourir au dernier souffle de son éveil en un bruitiste free-jazz incarnant un parfait dernier accès d’abattement et de liberté de disque. Puis la trompette, vibrante, mourante, s’éteint, accompagnée par un violon dissonant gémissant le trépas. C’est l’âme de Coyote qui vient de se révéler et de subjuguer. Elle se dévoile encore plus à travers sa musique très chique sur l’autre énorme pièce, The Shrinking Armature, treize minutes (rien d’exceptionnel chez Kayo Dot) représentant une éternité difficile à capter. Sa polyrythmie d’ouverture étrange, entre la discrète batterie et la trompette s’évertuant à ne rester que sur une seule note, en dualité avec un violon épique et une étrange ligne de basse, fascine totalement dès les premiers instants pour une nouvelle fois nous abandonner seul à un désert sonore intriguant et minimaliste, parsemé de spasmes, jusqu’à l’entrée du rhodes salvateur qui semble prendre en main les choses et guider l’envolée du morceau, d’abord puis saccadée puis brillante, pour la première fois du disque. Puis c’est la chute vers une fin de morceau des plus audacieuses et abstraites, quand, après avoir structuré les différents éléments apparus depuis le morceau grâce au rhodes et à la rythmique de batterie soutenue, le morceau change brusquement de tonalité, basculant vers la grâce, emporté par un long et sublime déchirement de trompette, glissant lentement vers une nouvelle descente, terminée en une suite répétitive hypnotique brusquement arrêtée. Insaisissable, et brillant. 

Pour la première fois depuis le début de sa discographie, Kayo Dot semble à fleur de peau, sensible. Pas une fois le chant de Toby Driver n’est éraillé, manifestement endeuillé, sans colère. Sa musique en est transfigurée, palpitante et assumant son abstraction naturellement révélée de fait. Oublions que Kayo Dot avait quelque consonance metal, n’exigeons rien d’eux, leur odyssée musicale est passionnante, et prendra encore diverses formes (en témoigne l’EP Stained Glass sorti après de quatrième album). Coyote a une classe immense, hyper touchant et insaisissable à la fois, beau et froid, affirmant la liberté de la formation et sa créativité. Quoi qu’on en dise, Kayo Dot est probablement l’un des groupes les plus intéressants de la musique indépendante, complexe, charismatique et unique. Le comprendre se mérite, prend un temps colossal et mène à une certaine forme de plénitude. Vivement la suite.

A écouter : longuement.
16.5 / 20
4 commentaires (18/20).
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Choirs Of The Eye ( 2004 )

La nouvelle vague post-rock a le vent en poupe et les nouvelles formations inspirés de Godspeed ! You black emperor ou Sigur Ros sont désormais sur le devant de le scène. Toutefois, les 11 membres de Kayo Dot n'en sont pas à leur coup d'essai. Quasiment tous issus du défunt Maudlin of the well, ces musiciens hors pairs en ont déjà fait rêver plus d'un grâce à leur metal progressif expérimental. Si l'expérimentation musicale occupe toujours une grande place au sein de leurs compositions, exit ici le coté métal et bienvenue aux sonorités free-noise et jazz plus apaisantes.

Difficile de coller une étiquette sur "Choirs of the eye" tant les styles s'entrechoquent et se chevauchent. Tout au long des 5 morceaux, on oscille entre mélodies oniriques et chaos bruitiste, entre "paradis" et "enfer", entre "rêve" et "cauchemar". Chaque composition est un véritable méandre sans logique ni structure remarquable, se laisser porter est alors la meilleure solution afin d'apprécier pleinement la performance.

"Marathon" débute sur une douce mélodie soutenue par des cuivres discrets laissant présager une suite paisible et propice à la détente...fausse piste ! D'une manière des plus déroutantes qu'il soit, un riff dissonant accompagné d'une voix d'outre-tombe transforme l'état d'apesanteur précédemment acquit en un véritable malaise. Plus tard, viendront se greffer à ce chaos une ligne de piano puis un riff plus aérien, diluant la noirceur du mélange, qui reprendra sa couleur d'origine douce et apaisante, comme si rien ne s'était produit.

Le coté progressif hérité de MOTW est toujours maîtrisé avec autant de talent. Les morceaux atteignent souvent des "apogées" musicales et émotionnelles, caractérisées par cette note salvatrice qui fait frissonner. Kayo Dot aime à démarrer d'une base minimaliste via une mélodie aux notes espacés, une voix claire, un tempo lent pour parvenir progressivement à un son beaucoup plus homogène et plus puissant aux lignes d'instrument toujours plus nombreuses. En rajoutant à cela des jeux d'atmosphères soignés, le groupe parvient véritablement à captiver dès les premières écoutes.

Kayo Dot est assurément un groupe ambivalent. Musicalement parlant, les 11 membres osent heurter sans retenues les instruments classiques tels que le violons, l'alto ou la flûte, les partitions jazzy portées par le saxophone et le piano et les sonorités "rock" et "metal" des guitares tranchantes et dissonantes. Du point de vu émotionnel, l'alternance des passages atmosphériques très inspirés et des accès de violences (in)contrôlés nous tiraillent entre éclaircies passagères et tempêtes dangereuses. En témoignent les 14 minutes de "The Antique", qui contiennent free-noise minimaliste, post-rock et un passage noise-core digne de la période la plus violente d’un Isis.

Entre un Sigur Ros qui aurait ingurgité des partitions de jazz et un Neurosis à la voix angevine, Kayo Dot signe avec "Choirs of the eye" un album hors norme qui s'éloigne pour sur des sentiers battus. Imprévisible, schizophrène, magnifique, infernal, intense, mélancolique, inspiré...ces quelques mots tentent de définir une musique sans borne qui ne vous laissera pas indifférent.

 

A écouter : The Antique, Marathon