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Biographie

Kaddish

Dom: Guitare / Chant
John: Basse
Chris: Batterie

Né à l'abri des regards, élevé dans l'intimité, Kaddish (nom qui renvoie à la fois au poème de Ginsberg et à la "prière des morts" dans le judaïsme) a toujours concentré sa fureur pour la livrer toute entière dans son art. Une demo époustouflante en 2007 attire React With Protest qui s'empresse de faire paraître un split (2008) avec Battle Of Wolf 359, réunissant ainsi deux des groupes les plus fascinants de la scène hardcore du Royaume-Uni. Alimenté par un soucis éthique et philosophique de tous les instants (Dom a un doctorat en philosophie politique et enseigne à l'Université de Dundee), le quatuor se veut "plus qu'un groupe de musique" et tend à faire revivre l'essence du hardcore où le message, l'attitude et la pensée sont aussi importants que l'aspect musical. En 2010, sur la base de ces principes (Lire le texte sur la "Distance"), le combo dévoile son premier full-lenght - Self-Tilted - frappant par la même la nébuleuse légèrement apathique du screamo européen.
Fin d'année, Mark quitte le groupe et Dom reprend le micro. De nouvelles chansons devraient être enregistrées début 2011.
Kaddish vient désormais d'entamer son dialogue avec la postérité.

What World Was Still? ( 2018 )

Je me souviens encore de la petite effervescence à la sortie de l’éponyme, porté par les mots de notre Tortue de l’époque, dont certains ont su autant toucher que la musique de Kaddish. Après un Thick Letters To Friends moins bouillonnant, c’est avec la petite surprise de What World Was Still? que 2018 fermera ses portes.

Il semble toujours y avoir un sens caché dans les artworks de Kaddish, comme si le titre rapporté à l’image allait au-delà du tout, l’interaction des deux donnant un ensemble plus complet. Sur ce nouveau LP, l’alchimie semble faire germer une certaine amertume dans les notes, comme lorsque « Affect Effective » tente d’arracher des sentiments par la force ou « Throw Out Thoughts » offre un second verset plus poignant que la majeure partie des sorties du genre de l’année.

Si Kaddish ne prend pas l’urgence du Screamo comme une composante essentielle de cet opus, les musiciens semblent intégrer l’aspect plaintif dans les différents titres (« Withstood, Withstanding », qui illustre parfaitement le mouvement de l’eau de l’artwork) sans être mièvre ni surjoué. De « Scattered Islands Of A Shattered Idea » à « For Solatium », c’est bien une évolution perpétuelle, comme une série de vagues dont chacune ressemble à la précédente, tout en étant totalement différente, rappelant parfois certaines lignes vocales de Thick Letters To Friends (« Past Present Habits »). Le chant de Dom est bien loin d’être omniprésent, misant plus sur la variation des cordes qu’une colère vocale : « A Dream To Sleep » montre que les mots ne sont qu’un instrument utilisé avec parcimonie, comme si chaque ligne de chant était précieuse, sans pour autant dénaturer la musique de Kaddish.

4 ans ont passé depuis Thick Letters To Friends, et pourtant on semble avoir laissé Kaddish il y a quelques mois tant l’évolution est légère dans l’approche : alternant frénésie et fragilité dans le même bref instant, rappelant que le combo est bien totalement au-dessus de la majorité des sorties 2018, même si certains sortent déjà du lot (le split Frail HandsGhost Spirit, Cassus), tout en gardant une identité propre.
J’aime ce disque, pour ce qu’il dégage jusqu’à la dernière seconde. Poétique, fougueux. What World Was Still? rappelle que les Ecossais sont bien trop discrets ces dernières années alors qu’ils ont jusqu’à présent un parcours musical irréprochable. Bordel, écoutez « Throw Out Thoughts » et dites-vous que la sensibilité de Kaddish se retrouve en équilibre parfait avec l’envie de hurler.

A écouter : Throw Out Thoughts
17.5 / 20
7 commentaires (17.57/20).
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Kaddish ( 2010 )

"The bridge is firewood ; it lacks its own support
The water is ocean-spit ; the reflection is your ghost.
The ripples are consequence, the hammer blows of hope
"

Kaddish est une entité artistique mouvante – expansive et dense -, qui mêle poésie, philosophie, esthétisme et musique dans une seule et même énonciation. La figure d’un post-nietzschéisme moderne incarnée dans un des modes d’expression les plus puissants qu’il soit : le cri.

En 2007, la Demo du groupe écossais avait ébranlé l’armure de tous les cavaliers du screamo. Avec ce Self-Titled, il la pulvérise, rend obligatoire le dépôt des armes et force lèvres et poussières à rentrer en contact. Place est faite à la barbarie. Car Kaddish est une secousse âcre et sauvage. Une onde de choc qui se propage le long de dix titres à l’inspiration dévastatrice et à l’énergie surnaturelle ; avec pour modèle son artwork – magnifique –, à coup de guitares-marteaux, et de mélodies invraisemblables qui clouent l’espace, le transfigurent et lui donnent l’apparence du souffre et de l’apocalypse ("A certain blindness", "The Sea. A Reckless Dream"). Ainsi, tandis que la plupart des groupes du genre s’engluent actuellement dans des chemins battus et rabattus cent fois, le quatuor bâtit ses propres ponts et donne une nouvelle identité au hardcore émotionnel. En abolissant la distance.

Alors, sans rien perdre de sa finesse compositrice (1m41 de "Forget The Knights of Faith"), Kaddish exécute ici un pas supplémentaire vers l’accaparement de la puissance sonore, multipliant les plans dantesques où la guitare de Dom fracasse les linéarités, mord dans les jonctions de phrases et déboulonne les anciennes structures immuables ("...There Grows the Hours’ Ladder to the sun" et son break/ ralentissement/spoken word). Comme une pluie de pavés. Une irruption de fureur. La mutation de la voix de Mark participe à cette manifestation accrue de violence. Plus haineuse ("In Dialogue"), plus écorchée, avec des lames d’acier dans le larynx (en attestent les nouvelles versions de "Sans doute" et "The Great Appart", déjà présents sur la Demo et toujours aussi monumentales), qui alternent hurlements venimeux et décrochements hystériques ("Long vigilance ; Walking Life"), tout en se débattant avec les draps crépusculaires tendus par une basse à la note sombre et mélancolique (1m22 de "A Book Into Himself").

Laissant l'auditeur à bout de souffle, otage de son étourdissement, Kaddish dit :Il n’y a rien à déplorer, ni personne à implorer. Il dit aussi qu’il n’y a pas de monde hors de notre représentation et de notre volonté. Et il signe cette proclamation par un des meilleurs disques de screamo que le vieux continent ait enfanté. Désormais, le "Kaddish" n’est plus une prière pour les morts, il est un acte de création, car le groupe de Dundee, avec cet opus, vient d’acquérir un pouvoir unique ; celui de faire qu’avec lui, par lui et depuis lui, les choses ne sont, et ne seront, plus pareilles.

En écoute sur myspace.

A écouter : Ceci est plus que de la musique
16.5 / 20
1 commentaire (15.5/20).
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Demo ( 2007 )

"Les hommes ne cessent de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et écrivent leurs conventions, leurs opinions ; mais le poète, l'artiste pratique une fente dans l'ombrelle, il déchire même le firmament, pour faire passer un peu de chaos libre".

Kaddish est l’incarnation de cette déchirure, de ce chaos mis en forme sous l’égide d’un 6 titres qui est en passe de balayer toutes les anciennes conventions de l’ombrelle screamo classique.
A l’inertie des masses opiumisées, Kaddish répond par la révolte de l’individu ; à l’acquiescement muet de l’horreur, par le cri.
Citant Deleuze, en appoint de son art, Kaddish (du nom du célèbre poème de Ginsberg) est un groupe à part qui pratique l’explosion de sens pour parvenir à ses fins. Manipulation épileptique des instruments avec intro Math Rock ("The Great Appart"), décrochage de voix à s’en rompre les cordes vocales et hématomes rythmiques où l’on finit par ne plus savoir si c’est l’homme qui cogne la batterie ou le contraire ("Sans doute") ; Kaddish est LA réponse à ceux qui taxent le Screamo d’immobilisme.

Décousant les prières pour n’en garder que la colère démasquée, assassinant les Dieux pour libérer les hommes, Kaddish donne littéralement vie à ses musiques au travers de structures épiques, qui mêlent dans un grand don de chair et de sang, chant accablé/insurgé ("Last King Of The Old World"), riffs magmatiques et breaks arpèges qui donnent envie de se péter la mâchoire sur le rebord d’un trottoir ("Cambray"). Unissant l’école Saetienne ("A Line Of Flight") et l’école emo-violence dans un même calice, les écossais redonnent au hardcore sa forme originelle, entre rébellion sociale et agitation personnelle, dans une grande messe qui voit les a-capela ouvrir sur des déluges sonores et les saillies de batterie piétiner les ornières raclées par les allers et venues incessants d’une basse acérée.

La musique de Kaddish s’apparente au final à une forme de sacrifice tant ses auteurs semblent se donner tout entier à leur art. En mêlant avec une adresse quasi sans égal philosophie, poésie et screamo jusqu’au-bouttiste, le combo écossais parvient à dessiner tout un nouvel esthétisme Screamo et se positionne clairement comme un des groupes européens les plus enthousiasmants de la nouvelle garde. Le message est entendu: "Créer, c’est résister".

En écoute sur myspace.

A écouter : "Cambray", "Sans doute", "The Great Appart"