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Biographie

Jucifer

Jucifer est le nom du duo/couple formé par Amber Valentine et Edgar Livengood. Depuis 1993 Jucifer s'efforce de produire une musique fusionnelle osant aussi bien pointer le sludge que la pop. Brisant un peu plus les barrières stylistiques à chacune de leur production, le duo sort en 2006 sur Relapse Records l'étonnant If Thine Enemy Hunger, témoin de leur talent et de leur créativité.

L'Autrichienne ( 2008 )

Il y a un moment maintenant que Jucifer traîne dans le giron, à écumer les routes américaines de club en club avec leur van et leur mur d’amplis. La signature chez Relapse pour la sortie de If Thine Enemy Hunger en 2006 aura permis de faire un peu plus la lumière sur eux. Quoi qu’il en soit, le couple continue sa course à un rythme effréné dans l’exploration rock dur et lourd : Jucifer ou comment faire fonctionner une musique qui mélange allègrement grind / doom / pop / sludge / stoner / noise et j’en passe.

Etrangement la chose passe d’autant mieux qu’ici elle est habillée d’un concept aux allures un peu kitsch, à deux doigts d’être foireux : la Révolution française et surtout Marie-Antoinette. Vous remarquerez la manière habile dont je viens de rompre le suspens pour tous ceux qui se demandaient encore de quelle autrichienne il pouvait bien s’agir. Passons. Jucifer joue avec les genres comme les morceaux jouent avec les aspects de la Révolution : hymnes de gloire, chansons pop plus tristes à la Sonic Youth dernière période, gros morceaux rock’n’roll (Blackpowder qui ouvre l’album) et agressions grind sanglantes. Musicalement, le seul et unique fil rouge est la voix rose bonbon sucé de Mme Valentine, qui ne manque pas au passage de massacrer notre chère langue française dans quelques textes chantés dans la langue de Molière. Adorable le massacre ceci-dit, pour peu qu’on aime les accents. Ce côté un peu édulcoré peut rebuter, mais Jucifer fait plutôt bien les choses et ne tombe pas dans le mauvais goût.

Ce gros melting-pot/pot-pourri (vous avez le choix dans le terme) fonctionne assez bien, mais Jucifer ne parvient pas à transcender sa musique et encore moins à recréer l’effet de surprise provoqué un an plus tôt par la sortie de If Thine Enemy Hunger. Si vous ne connaissez pas encore Jucifer, préférez ce dernier à L’Autrichienne, même si, bon, il est plutôt cool.

A écouter : A peu prs tout
16 / 20
1 commentaire (17/20).
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If Thine Enemy Hunger ( 2006 )

Quand on fouille dans les bacs de certains disquaires indépendants et qu'on tombe (par chance) sur un disque de Jucifer, on a souvent droits à quelques post-it aux qualificatifs antagonistes tels que : "Sludge pop" ou encore "For fans of : Sonic Youth, Pj Harvey, The Mars Volta, Lightning Bolt, Melvins and The White Stripes". Bref, de quoi être intrigué si on ne connaît pas le duo atypique qu'est Jucifer. Si tel est le cas, sautez donc sur l'occasion sous peine de passer à coté de frissons électrisant garantis. Avec I Name You Destroyer, le couple d'Atlanta avait déjà imposé avec talent leur univers décalé et très personnel. L’attendu If Thine Enemy Hunger vient définitivement confirmer le diagnostic des 2 tourtereaux : Schizophrènes, psychotiques et décidément sans limite aucune !

Outre cet aspect tout en décalage, les 2 protagonistes sont avant tout d'excellents musiciens dont la complicité sublime le potentiel. Les démonstrations scéniques très carrées et ultra énergiques en sont les meilleurs témoins. Toutefois le déroulement de ce nouvel album, au delà de la maîtrise certaine de Jucifer, a vraiment de quoi surprendre son monde. Histoire d'une bien belle dégringolade ...
Sous ses traits angevins, Amber Valentine pose une voix douce, un tantinet enfantine, sur une saturation fulgurante, fruit de sa guitare accordée 6 pieds sous terre. Les 2 premiers morceaux tissent ainsi, lentement mais sûrement, un voile métallique plombée qui pèse lourd sur nos têtes blondes. A chaque martèlement appuyé d'Edgar Livengood, ces dernières rentrent un peu plus dans nos maigres épaules. Ces longues et très "sludgiennes" premières minutes sont alors comme les mouvements d'un marteau à réflexe qui jamais n'attendrait sa cible, nous laissant sur le qui vive. Troublé, on serre alors les dents. Apeuré, on se retrouve dans une expectative dérangeante.
Jucifer profite de ce moment latent pour nous prendre à contre pied et brusquement dévoiler ses airs rock (voire pop) à travers des rythmes et mélodies imparables, mais qui étonnament, conservent en toile de fond des cordes épaisses, lourdes et puissantes. Le duo ne se contente pas d'alterner simplement les passages rock et métalliques mais superpose (fusionne !) quasiment en permanence les 2 tendances. On est donc sans cesse tiraillé, tantôt vers le bas par un mur sonore saturé à faire pâlir, tantôt vers le haut par les rythmes rock'n roll et les vocalises très aérées. Amber Valentine sait toutefois durcir ses cordes vocales à l’image de ses riffs dévastateurs, en témoigne l'orgasmique "Antietam" dont le refrain écorché et dépravé à de quoi entraîner jusqu'à la transe.

Sur presque une heure, Jucifer parvient à enchaîner une multitude de passages lumineux et originaux qui touchent juste. Les tempos chavirent sans crier gare et évitent à l'aise les répétitions. L'ennui a donc bien du mal à creuser son trou. If thine enemy hunger s’est en plus doté d'une production de feu qui respecte à merveille le caractère manichéen du duo, dont les traits sont à la fois pesants et aériens, obscurs et enjoués. Car Jucifer c'est en quelque sorte un arc en ciel sous le déluge, une orgie dans un champ de pâquerettes, une fillette souriante armée d'une hache peinturlurée d'hémoglobine ! Bref, vous avez compris, l'ambivalence de Jucifer fait toute sa force. Derrière chaque note se cache un grain de folie et ces dernières misent bout à bout forment une musique spontanée et foutrement attirante. A découvrir absolument, au moins pour l'originalité de la chose.

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A écouter : Lucky ones burn - Antietam - Pontius of Palia - Luchamos