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Biographie

Jack And The Bearded Fishermen

Besançon (ou Besac, ou Bezak City pour les plus intimes d'entre nous) abrite quelques valeurs sûres du circuit post hardcore, stoner ou plus globalement et simplement rock n' roll. Jack And The Bearded Fishermen en est l'un des plus vigoureux représentants depuis 2009 et un premier long format (Hinting Isn't Easy... When Dogs Become Wolves), précédé par une démo en 2005 et d'un EP éponyme un an plus tard.

Un split avec les voisins de palier d'Hombre Malo en 2010 et un titre sur une compilation feront la transition afin que le monde puisse accueillir un second album en 2011, Places To Hide, enregistré en Suisse au Rec Studio par l'imperturbable Serge Morattel (Year Of No Light, Overmars, etc...). Il faudra patienter trois ans avant de voir sortir le troisième long des bisontins, Minor Noise, avec Andrew Schneider (Unsane, Converge, Cave In, Pelican, Sofy Major, etc) à Brooklyn cette fois, toujours chez Impure Muzik.

line-up :
B : Batterie
T : Basse
P : Guitare
B : Guitare / Clavier / Chant
H : Guitare / Chant

17 / 20
1 commentaire (13/20).
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Minor Noise ( 2014 )

On retrouve enfin Jack et ses toujours barbus amateurs de pêche en eaux marécageuses, trois ans après la démonstration d’un Places To Hide dégoulinant de classe. Suite vraiment logique, Minor Noise distille la même poésie, emplie de mélancolie et de fureur mesurée, titillant le minimalisme. Une approche que l’on a pu constater par ailleurs chez les non moins géniaux Ventura, bien que la finalité soit différente.

Mais ce qu’on attend de ce troisième LP, c’est de savoir s’il dépasse l’excellence de son ainé, et sans suspense, c’est le cas. Ces bisontins inspirent simplement la confiance, par leurs dosages alchimiques d’ambiances tristes et venimeuses, ou par la précision nonchalante des coups portés. C’est facile, on insère l’objet circulaire et on se laisse bercer par l’intensité cyclique, harmonique et délicate des trois guitares, tandis que la complainte fragile de voix insidieuses, parfois lointaines, nous embarque dans la volupté d’une transe assimilée. Pas de Serge Moratel ici mais la production demeure efficace, si ce n’est davantage. Batterie et basse conversent comme jamais afin d’appuyer un groove aux facultés d’hypnose décuplées, et ce dès l’amorce Autumn Arrows, frontale, ne s’embarrassant pas d’introduction lourdingue. Jack se contente d’exposer ses mélodies les plus inspirées, cultivant toujours cette ambiguïté jouissive, à cheval entre rock gras, noise et post-hardcore, incluant quelques touches de clavier judicieusement disséminées.

Minor Noise, comme le fut Places To Hide, est un album homogène, où il est difficile d’aborder un morceau  dissocié des autres. Comme on lirait un seul et unique chapitre d’un livre, cela n’aurait tout à fait aucun intérêt. Enfin, malgré cet aspect compact, l’objet contient ses sommets, ses pics d’intensité, tels que l’entame citée plus haut, le subtilement riche éponyme, le rugueux et sautillant Inverted Queen, la progression et la basse énôrme de Way Out suivi de Wet Black Papers, ou l’éblouissant et ultime Program. Seulement la pesanteur de Low Tide, l’urgence nécessaire de Tina et l’envoûtant White Hours, sont autant d’éléments à appréhender, autant de chapitres à lire et relire pour apprécier l’œuvre entière, et d’en capter la sève délectable.

Jack And The Bearded Fishermen gravit encore un échelon avec Minor Noise. Les bisontins parviennent à densifier leurs structures tout en affichant un rendement mélodique encore plus exigeant, mais finalement, aussi, plus viscéral après un effort d’écoute répété. Le groupe jouissant d’une certaine réputation scénique, mon petit doigt me susurre que ces compositions devraient casser leur lot de cervicales en direct.

Album écoutable en avant-première dans nos pages.
Et à partir du 24 février sur bandcamp.

A écouter : Plutôt deux fois qu'une.
16.5 / 20
3 commentaires (16/20).

Places To Hide ( 2011 )

Jack et ses barbus pêcheurs d’eau douce et trouble sont originaires de Besançon, une ville dotée d’une scène énervée ayant accouché de talents non négligeables dans le prisme d’un label DIY local plutôt efficace : Impure Muzik (Sofy Major, Membrane, Brume Retina, Aside From A Day et j’en passe). Le quintet bisontin injustement méconnu dans le monde débarque en 2011 avec un second vrai disque sous le bras - un EP, un album et un split (avec Hombre Malo) plus loin - bien décidé à foutre une sévère branlée sonique à ses contemporains.

Déjà, une production d’une densité époustouflante signée Serge Morattel (Overmars, Year Of No Light, Zatokrev, Headcharger, etc.), ensuite une classification légèrement prise de tête, tant les inspirations abondent et copulent inopinément. On pourra détecter un peu de stoner gras, augmenté d’une intensité post-hardcore, violé par des plans noisy, adouci par une voix régulièrement claire et fragile typée post-punk évoquant Appollonia, ou bien garage, agrémenté de quelques subtilités post rock, le tout imprégné d’un feeling rock n’ roll majestueux. Scenario place les choses et son stoner hybride classieux lié à la fragilité des mélodies exécutées, débordant sur une lourdeur post-hardcorisée typique. Un schéma qui se répétera plus ou moins sur Roam Until The End, le furieusement groovy et clavierisé Beginner ou bien le frénétique 42 Minutes Later, Jack et les barbus veillant toujours à nuancer leur propos sonore tout en conservant une assise rock lourde sur la plupart des titres.

Ainsi, aucune lassitude n’est à signaler, la spontanéité des compositions fait qu’on ne s’emmerde jamais, tout coule de source. On prendra le temps d’errer entre les fantômes, portés par un certain psychédélisme, des guitares aériennes, dispersées, évasives et puissantes. Et ce n’est pas le sympathique sample du Immigrant Song  de Led Zep’ sur Invisible Song (tiens donc) qui viendra cracher dans la soupe de poisson, au contraire, elle est brillamment accompagnée, la six-cordes grasse et rampante entamant l'affaire, vite soutenue par la basse tout aussi proche du sol… Haut les mains, vieil homme, tu es cerné, cette batterie te forgera un second trou du cul, aidée dans sa tâche par des guitares "heavy as fuck"... Bref, Places To Hide clôt ce patchwork musical sur une fine montée en puissance, envoyant tout valdinguer au sommet pour s’éteindre naturellement dans le bruit et la rouille.

Voilà un groupe et un disque qui méritent une attention certaine, par cette finesse de jeu, cette fluidité constante, cette profondeur de son étonnante, ce cassage de nuques sournois mais agréable, ou encore cette émotion indécise, parfois planante, entre fragilité et détermination. Du grand Art.

Places To Hide s'écoute et s'achète par là.

A écouter : sans complexe.