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Biographie

Interpol

  Interpol nait de la rencontre de Paul Banks (guitare/chant), Greg Dudy (batterie) et Carlos Dengler (basse/claviers) sur les bancs de l'université de New-York. Par pure coincidence, Paul Banks et Daniel Kessler (guitare) se retrouvent après s'être rencontrés lors d'un séjour en France. Avec des cadres solides, Interpol devient un véritable groupe en 1998. Après des premiers concerts en 2000, Greg quitte pour être remplacé par Sam Fogarino. La même année, Interpol publie deux EP, dont Obstacle 1, autoproduit par le groupe aux sonorités fortement imprégnées de Joy Division et plus généralement des groupes cold wave des 80's.
  L’année suivante, Interpol s’entend avec le label Matador qui lance en 2002 le premier effort du groupe, Turn On the Bright Lights. Interpol revient en force en 2004 avec Antics.

Chroniques

Interpol Antics
16 / 20
6 commentaires (13.92/20).
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Interpol ( 2010 )

Il est assez frappant avec le recul de voir à quel point Interpol, sans avoir forcément influencé directement pléthore de groupes, était avec son premier album Turn On The Bright Lights, annonciateur d’un retour aux sonorités désabusées des années 80, éclaireur du retour de l’abysse froid de la new-wave sur le devant de la scène au travers de groupes de pop grand public dopée à l’an 2000. Evidemment, le gouffre béant ouvert par les très symboliques Joy Division il y a 30 ans a depuis attiré des armadas entières de formations, tous genres confondus, transpirant l’impuissance et la tristesse, sans la force de se révolter, la vague gothique et ses dérivés en tête. Mais somme toute depuis le milieu des années 90 et l’extinction progressive de la cime médiatisée de la déferlante shoegaze, la pop anglaise et new-yorkaise avait retrouvé l’espoir, la joie de vivre et une certaine légèreté symbolique de l’état d’esprit des masses visées par le succès populaire de cette fin de décennie où régnait  un contexte social et économique d’euphorie spéculative et évolutive. Et paradoxalement, alors que ce contexte global n’a eu de cesse de se détériorer depuis la sortie de ce premier effort d’Interpol, et alors que la pop suivait progressivement pour en arriver à une scission entre psychédélisme lointain de la réalité et un retour au désabusement ambiant flagrant en 2010, caractérisé musicalement par la réapparition de sonorités flottantes, de grisailles sans issue hantant le top indie devenu entre temps très grand public avec l’explosion d’internet, le groupe New-Yorkais sortait quant à lui progressivement de ses ambiances étirées et résonnantes pour entrer dans le rang un peu plus à chaque album avec des formats plus courts et des mélodies plus entêtantes qu’obsédantes. Successivement sur Antics et Our Love to Admire, des chansons plus rythmées et faciles d’accès grâce au sens de composition des mélodies de la formation ont conquis transversalement différents types de publics adeptes de formats musicaux confortables et sans prises de risque apparentes. Continuant à vendre de plus en plus de disques, Interpol avait lâché son public originel sans pour autant réellement le perdre ,tant sa patte est unique dans les sphères pop de la décennie qui vient de s’achever.

Le quatrième album de la formation est éponyme et cela est tout symbolique lorsque l’on prend le temps de l’ingérer. Ayant déjà fait couler pas mal d’encre, il a lâché bon nombre de ces bouffeurs de tubes, ainsi qu’en témoignent les nombreuses chroniques du web et les débats qui s’en suivent souvent bien passionnés. Et cet éponyme, de prime abord, est assez troublant tant il semble complètement  impossible à ingérer par ses titres touffus, progressifs et allongés tout en proposant son lot de mélodies incroyablement subtiles et accessibles. Une sorte de synthèse de tout ce dont a été capable la formation depuis son avènement il y a bientôt dix années, un retour aux sources mêlé au chemin parcouru depuis celles-ci. Quel intérêt alors ? Des tas je puis dire, même si cela peut sembler tout à fait subjectif. Tout simplement, après ingestion, ce Interpol se révèle être truffé de pépites envoutantes comme le groupe n’en avait plus fourni depuis bien longtemps. Pour bon nombre de nostalgiques de Turn On The Bright Lights, se prendre une mélancolie mid-tempo comme sur Always Malaise ou The Undoing en pleine poire ne pourra que rappeler les premiers émois hypnotiques ressentis avec l’éternel Untitled. Interpol prend de nouveau le temps de construire ses ambiances, n’allant plus directement qu’à l’essentiel. Les raisons du succès foudroyant de l’entité il y a 8 ans sont bien de nouveau là et tiennent une place immense, Interpol est triste et beau, éploré et en marge, à coup de nappes de guitares criardes en soubassement, d’hypnotiques et discrets effets de synthétiseur (le final synthétiquement orchestral de The Undoing est sans pareil pour sortir du disque envouté), allant jusqu’à de discrètes rythmiques synthétiques (All Of The Ways). A côté de cela, les mélodies (guitare et chant toujours charismatique de Paul Banks) et rythmiques qui auraient pu être utilisées sans la moindre gêne pour des formats plus courts et efficaces se retrouvent parsemées dans toutes ces pièces riches en ambiances successives, et exploitées plus posément sur la longueur pour une mise en valeur moins expéditive, et surtout, surtout, elles ont la finesse de se mêler à l’empilement de nappes avec plus de prise de risque et de finesse qu’auparavant. Ainsi, sur Interpol, chaque moment est un fourmillement de timbres évoluant sans cesses, ce qu’a, certes, toujours fait la formation, mais on sent la chose plus absolue encore, plus travaillée dans le détail, jusqu’à une production cristalline comme jamais.

Alors oui, l’Interpol de 2010 n’apporte en définitive rien de nouveau si ce n’est un affinement et une légère évolution du son. Mais qu’on soit d’accord, Interpol n’a jamais autant été Interpol, malgré la variation de line-up, les excursions en side-projects de certains. Tout simplement, le disque tiendra bien plus facilement la distance que ses deux prédécesseurs, à la fois par sa (relative) difficulté et en apportant plus d’introspections, un propos plus fouillé avec des compositions et constructions parmi ses meilleures à ce jour (c’est dire). Et rien que pour cela, il vaut bien sa place aux côtés de son illustre ainé Turn On The Bright Lights. Interpol s’est recentré donc, en 2010, et n’est pas autre chose que ce qu’il a toujours voulu être, un des groupes de pop au son le plus personnel qui soit. Et c’est ce que l’on semble lui reprocher.

A écouter : plus que quelques fois.
16 / 20
6 commentaires (17.42/20).
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Antics ( 2004 )

Interpol n'est pas un groupe garage rock parmis tant d'autres.En 2001, c'est avec fracas que sort Turn On The Bright Lights leur premier album qui fait sensation durant une période assez terne pour le rock hormis les expérimentaux mais néanmoins impressionants Kid AAmnesiac de Radiohead. La première surprise concerne leur origine. En effet à la première écoute, ils ont une élégance que l'on jurerait british. Or, il n'en est rien. Ce quatuor vient ,à l'instar des Strokes, de New-York City, ville incroyablement prolifique. Le succès aidant, le nouvel album d'Interpol, Antics, est attendu au tournant.

C'est "Next Exit" qui ouvre le bal , au sens propre comme au figuré tant le morceau fait penser à un de ces bals de promo mais en version mélancolique avec ses nappes de synthé solennelles et prenantes. Puis "Evil" revient à un Interpol pur et dur, à savoir un riff de guitare tranchant accompagné de la voix de Paul Banks qui sur le refrain,par ailleurs énorme, évoque fortement David Bowie et Ian Curtis de Joy Division.
Ensuite "Narc" confirme le côté hypnotique de la musique d'Interpol tout comme le sublime "Take You On A Cruise" où le groupe nous emmène réellement "ailleurs" avec ce refrain aérien imparable. Visiblement The Cure et Joy Division ont énormément compté pour eux, bien qu'ils s'en défendent publiquement.
Puis le premier single de l'album "Slow Hands" annonce la couleur avec un rythme soutenu autant par la guitare que la batterie qui rappelle un Franz Ferdinand très déprimé. Banks est incroyablement présent sur le refrain avec un ton un peu plus inquisiteur que d'ordinaire. "Not Even Jail" prend le relais et là c'est la claque. Ce morceau est la quintessence du "romantisme noir" d'Interpol avec notamment une ligne de basse imposante, ce qui est assez rare pour un groupe de ce style.
"Public Pervert" s'inscrit dans la même logique avec cette voix toujours si dérangeante dans le bon sens du terme. La fin du morceau est tout bonnement incroyable, notamment par cette montée dans laquelle les guitares deviennent frénétiques pour laisser place à un ultime arpège des plus "Curiens". Le morceau suivant est également de très bonne qualité même s'il reste dans un registre plus traditionnel pour le groupe, tout comme "Lenght Of Love". Cette accalmie n'en reste que momentanée dans le sens où le morceau de clôture, "A Time To Be So Small",prend directement aux trippes. Les guitares ont une sonorité extrêmement nostalgique tout au long du morceau sans compter le chant naturellement mélancolique, ce qui donne une force supplémentaire à cet album conclu de fort belle manière.

"Antics" confirme donc le talent d'Interpol qui, sans être révolutionnaire dans sa démarche, leur permet de briguer une place de choix parmis les groupes de garage rock actuels avec une identité qui leur est propre, ce dont certains groupes ne peuvent malheureusement se targuer.

A écouter : Evil, Take You On A Cruise , Not Even Jail , Slow Hands, A Time To Be So Small