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Biographie

Inspection 12

La vie d’Inspection Twelve, c’est un peu le point de rencontre des deux Amériques : celle au beau visage, jeune, auréolé de succès, et puis l’autre ; morne, laissée pour compte, balafrée par les tragédies.
Au commencement (1994), 4 gosses de Jacksonville (Floride) qui pour passer le temps, vont reprendre les succès de NOFX et Greenday. Dan, Peter, Robert et Scott sont des gamins, entre 11 et 14 ans, et empruntent leur nom de scène à un show télévisé pour enfants Pete and Pete. Mais l’aventure va rapidement dépasser le simple cadre de l’amusement. En 1995 et 1996, le groupe enregistre sur K7 d’abord un EP éponyme, puis un premier album Come, Hefe, Come. Les 3 années qui suivent, enchaînent et voient trois nouvelles productions, mais cette fois ci sur cd : Inspection Twelve (97), You re A Nation (98) et Step Into The Fire (99). Malgré ce succès, essentiellement local, Dan, le chanteur, après l’obtention de son diplôme décide de quitter l’aventure, et part pour rejoindre Craig's Brother, pour lequel il jouera en même temps qu'avec Limp.
C’est justement pendant une tournée avec ces derniers qu’il décide d’envoyer une copie des I12 à Fat Mike. Le célèbre Mike est intéressé mais en gestionnaire averti lui conseille de passer d’abord par Honest Don’s (label de Tony Sly), qui est une structure plus familiale. L’année 2001 va enfin sourire aux enfants de Floride. Du moins le croit-on, car le destin s’en mêle, et au mois de Mars, il emporte Scott dans un accident de voiture, deux mois avant la sortie de l’opus. Ce In Recovery lui sera évidemment dédié. Le groupe, dévasté, doute sur sa capacité à poursuivre, mais Tim Grisnik, un ami de longue date va finalement remplacer Scott, et le nouveau quatuor effectuera sa tournée. Un s’en vient, un autre repart. Trimble jette l’éponge en 2003 et l’inspection devient trio. La même année, coup de tonnerre, ils apprennent que l’album Get Rad sur lequel il ont planché pendant 7 mois n’est pas retenu par Honest Don’s et qu’il ne sera pas enregistrer. A nouveau giflé par la fatalité, le combo sort toutefois cet effort en indépendant autoproduit (acceptant au passage son libre téléchargement pour s’excuser auprès des fans de sa non parution). Et c’est paradoxalement sur un label européen que le trio reprend des couleurs quelques mois plus tard, en voyant cet album éditer chez Floppy Cow d’abord sur le vieux continent et au Japon, puis aux USA, en association avec Subhurban Home Records. Arbre effeuillé par la vie, lendemains qui déchantent, Inspection 12 voit Mosely partir faire la basse du groupe montant du moment Yellowcard, tandis que Grisnik joue chez The Softer Side.

Malgré des news sur le site officiel affirmant la survie du projet, avec notamment la signature chez Takeover Records en 2005 et le retour de Trimble en 2006, Inspection 12 végète collectivement et individuellement depuis In Recovery, au point que Dan et Tim proposent des cours de guitare ou de batterie pour survivre.
Si près d'atteindre les lumières de Yellowcard, Motion City Soundtrack ou The Ataris, Inspection 12 aura raté le virage du vaste succès, laissant In Recovery et Get Rad, semblable à deux moments d’état de grâce. Vous avez maudits ? Qu’importe. On le sait bien, "maudit" s’accorde avec artiste.

Chronique

17 / 20
1 commentaire (16/20).
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In Recovery ( 2001 )

Encouragé par le succès fin années 90 de Lagwagon (Post Trashed), No Use For A Name (Post Leche Con Carne ! ) et le sacre du punk (très) mélodique, un quatuor de Jacksonville mieux que d’en prendre simplement la roue, va ériger avec son premier album sur label quelques uns des morceaux les plus incontournables du style.

"Pleurer le sourire aux lèvres", telle aurait pu être la devise qui résumerait la carrière foudroyante de I 12. Perdant tragiquement un de ses membres (Scott) deux mois avant la sortie de son premier album officiel, alors que l’on pensait la roue de la gloire mise en marche, In Recovery ose un mélange de délires adolescents férus de punk (trip sur le thème musical de Retour Vers le Futur repris en plein milieu du titre "Great Scott", fin de pistes avec les cris et les rires enregistrés), sur un fond mélancolique qui dessine déjà sans le savoir la trajectoire du groupe. Mélange de ton, mais aussi mélange de genre. Assemblage d’influences punk, pop et emo, les floridiens balancent en douze coups pour faire honneur à leur nom, un opus terriblement addictif. Profitant de l’effervescence produite par Joey Cape et Tony Sly avec les labels Honest’s Don et My Records dont l’ambition est d’ouvrir les portes du punk rock à d’autres horizons (Scott Garth, Adventure of Jet, Bad Astronaut), Inspection 12 se paye un voyage hors des circuits classiques. Avec Angus Coke et Joey Cape en conseillers artistiques,  qui posent à l’époque les premières fondations de Bad Astronaut, In Recovery germe dans le même pot et fleurit à la même racine. Résultat : Ouverture/Epilogue au piano ("Elegy"), guitare esseulée, clavier electro, percussions, cuivres, violons, voix traffiquées… I 12 se rit des codes en vigueur, explore, et comme disait l’autre, ne cherche pas, mais trouve.

Malgré cet enrichissement artistique non coutumier, In Recovery ne donne aucunement l’impression "d’expérimentation" ou de surenchères inutiles, sonnant comme une évidence, comme un "oui" qu’on dit en l’écoutant, béat. Car la qualité de ces ajouts et arrangements ne seraient rien sans ce travail de composition dorée, et ces mélodies imparables qui claquent, s’enchaînent, troublent et donnent à chaque titre la tentation de la touche "repeat" ("Secure", "Sweet Sixteen", "Secret Identity", "Hear Anything ?"). En chef d’inspection, la voix "funambule", soutenu par des backs vocals de la totalité des membres, Dan emprunte à la scène emo de l’époque le timbre fragile et délicat, la traînée des mots ("Photographe", "Doppelganger"), mais la pare de sa propre intonation, tiré des derniers évènements, et ressort en conséquence tantôt puncher ("Red Letter Day", morceau magistral, avec Joey Cape en guest) tantôt inconsolable ("Secret Identity").

Incroyablement efficace, maintenant l’électrocardiogramme emotionnel à son paroxysme tout au long, sans jamais sombrer dans le plaintif, In Recovery ressemble à ces aubes d’été qui font sangloter sans donner d’autre raison que son existence même. Que ce soit par le punk ("Leave It To Me") ou le mélodique ("Hear Anything?"), Inspection Twelve atteint sa cible. Que ce soit par sa candeur d’adolescents ou sa douleur d’hommes meurtris, Inspection Twelve touche. En somme, Inspection Twelve, c’est toujours un peu des deux à la fois, et l'on dit que quand le soleil rencontre la pluie, il en naît des arc-en-ciel.

"Secret Idendity" en écoute sur Myspace, plusieurs titres sur purevolume.

A écouter : en embrassant l'aube d't.