Biographie

Insect Ark

C'est à Brooklyn, en 2011, que Dana Schechter (Gnaw) monte Insect Ark, projet doom-ambient expérimental. D'abord "one-woman band", Insect Ark sort deux ep's et un LP, Portal / Well (2015) sur lesquels Dana Schechter joue de la lap steel, de la batterie et programme les synthés.
En 2015, la batteuse Ashley Spungin (Taurus) rejoint le projet et le désormais duo se met à la composition du deuxième LP de Insect Ark. L'album sort en février 2018 chez Profound Lore Records et est intitulé Marrow Hymns.

Chronique

16.5 / 20
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Marrow Hymns ( 2018 )

Il semblerait que 2018 soit en passe de devenir un grand cru pour les musiques extrêmes et expérimentales. Après deux mois à peine, on ne compte plus les sorties retentissantes et les surprises de grande classe, et ce n'est certainement pas Marrow Hymns, le deuxième album d'Insect Ark, sorti fin février, qui va enrayer le bel emballement. Démarré en 2011 par la seule Dana Schechter, Insect Ark est devenu, depuis 2015 et l'adhésion de la batteuse Ashley Spungin (Taurus), un duo dont on attendait le meilleur... Et vous l'aurez compris, le meilleur est déjà arrivé. Marrow Hymns utilise les mêmes ressorts instrumentaux que son génial prédécesseur, Portal / Well : une basse, point de guitare mais toujours cette superbe lap steel avec laquelle Dana Schechter semble créer des sons inconnus jusqu'alors (Slow Ray, Sea Harps,Tarnish), des synthés programmés d'une justesse presque miraculeuse (Thelema, Windless), et une batterie caressée par Ashley Spungin. Ces drums / percussions donnent à ce nouvel album un petit plus indéniable ; une légère mais indiscutable sensation d'écouter un disque complet. Presque parfait. Ashley Spungin utilise toutes les ressources émotionnelles de son instrument : une batterie intense et épaisse (In The Nest, Skin Walker), quelquefois aux confins du blast par petites touches impressionnistes (Arp9), discrète, presque étouffée (Sea Harps), répétitive, tendance doom (Slow Ray), expérimentale, caressant soyeusement ses crashs et ses rides (Windless).
Marrow Hymns est un album varié, tâtant avec bonheur du doom-psychédélique, du drone-ambient et de l'expérimental (Daath); d'une invraisemblable inventivité, qui trouve les plus incroyables combinaisons sonores aux moments les plus inattendus. Marrow Hymns est un petit miracle de quarante-cinq minutes ; un petit miracle de neufs titres qui glissent sournoisement, par un étrange effet de réfraction acoustique, des enceintes à l'oreille interne puis au cortex, pour y rebondir, y réfléchir, s'y reproduire, en écho, jusqu'à l'infini... Cet album est un traître à la raison ; un piège pour la conscience ; sa durée variera en fonction de votre capacité d'écoute active et de votre prédisposition à vous laisser envahir et influencer par les éléments. Si vous êtes suffisamment ouverts, après avoir appuyé sur « play », attendez-vous à ce que Marrow Hymns dure au moins dix ou douze heures ; toujours vous voudrez entendre les sons derrière les sons, et vous y retournerez, en mode replay, jusqu'à satiété.

Mais l'auditeur, pour atteindre les limites de sa satisfaction sonore personnelle, ne pourra pas longtemps oublier de se plonger dans l'analyse de la dimension « programmatique » de cet album. Chaque titre est une piste ; chaque piste mène à une démonstration d'ensemble. Il nous faut avoir l'audace de tenter une analyse intertextuelle des neufs titres pourtant instrumentaux de Marrow Hymns. Allez, on ose !
Tout commence avec une courte pièce drone-ambient, Thelema, en référence à cette communauté narrée par Rabelais (dans Gargantua), qui vivait selon un seul précepte : « Fais ce que tu voudras ». Tentant ! Alors si l'envie nous venait de rejoindre un ordre thélémite pour mettre à l'épreuve cette promesse de liberté absolue, essayons au moins d'en connaître les limites philosophico-pratiques. Insect Ark en illustre quelques-unes : nous pourrions avoir envie d'acheter un fusil mitrailleur Arp9 et de butter des gens (Arp9), de ne pas grandir, de demeurer notre vie durant dans un nid douillet (In The Nest), de devenir autre chose, un métamorphe, un loup-garou (Skin Walker), d'expérimenter les substances qui nous donneraient d'autre visions et d'autres rythmes (Slow Ray), de sauver le monde, et après avoir terrassé la Bête promise par l'Apocalypse, de jouer de la harpe, debout sur la mer de verre (Sea Harps). Nous pourrions encore souhaiter l'auto-destruction ou l'auto-salissure (Tarnish). Nous pourrions tout simplement être paralysé par la vertigineuse liberté de devoir découvrir ce que nous voulons faire (Windless)... Toutes ces possibilités offertes ne sont ni bonnes ni mauvaises ; elles ne pourront être « jugées » tant que l'on ne découvre pas le livre de la connaissance et du savoir, le livre caché... Daath. Ainsi parla Insect Ark.

Rarement un album instrumental se sera montré aussi bavard ! Marrow Hymns est un album superbe d'intelligence, capable de faire infiniment résonner la forme et le fond. Play !

Insect Ark

Style : Doom psychédélique instrumental
Origine : USA
Site Officiel : https://insectark.com
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