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Biographie

Ingrina

Sextet du centre de la France, Ingrina voit le jour en 2016 et ne tarde pas à sortir un premier "single", Stolidity, qui se retrouvera naturellement sur un premier EP éponyme la même année. Fort de trois guitares et deux batteries, le groupe veille à ne pas s'éparpiller en proposant une musique dense et organique, le cul habilement placé entre les chaises du Post-Rock, du Post-Hardcore / Metal et du Doom. Ingrina se lance ensuite dans l'écriture d'un premier album à sortir en 2018, Etter Lys, distribué via trois labels que sont A Tant Rêver Du Roi, Tokyo Jupiter et Ideal Crash. Après avoir bourlingué correctement sur les planches en compagnie de The Lumberjack Feedback notamment, le groupe se retrouve plus ou moins confiné comme tout le monde et se lance alors dans la composition de Siste Lys, s'inscrivant dans le même univers qu'Etter Lys. Ce deuxième album sort donc fin novembre 2020, toujours en DIY, et est distribué via les labels Medication Time et A Tant Rêver Du Roi pour le vinyl, Tokyo Jupiter pour le CD et Ideal Crash pour la version cassette.

Chroniques

Siste Lys Etter Lys
16 / 20
4 commentaires (15.88/20).
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Siste Lys ( 2020 )

Il y a deux ans Ingrina nous suggérait ce qui se trouve « après la lumière » (du norvégien Etter Lys), le sextet déployant deux batteries et trois guitares pour articuler une masse à la fois organique et glacée, fondant sur nos âmes tétanisées par la puissance et l’ampleur du machin. Depuis la créature a fait son chemin, éclaté moult visages en direct via son alliage Post-plein de trucs taillé à flanc de montagne, et nous revient étonnamment vite avec ce Siste Lys sous le bras (doté d'un visuel fou signé Synckop), que l’on peut considérer comme une continuité - ou à l’inverse une préquelle - du récit couché sur Etter Lys, sauf qu’il s’agit cette fois de l’ultime lumière, avant peut-être de sombrer définitivement dans le trou noir de nos espérances.

Là où le précédent narrait un véritable parcours de la combattante au sein d’un environnement hostile et tortueux, Siste Lys adopte des atmosphères lestées de plomb, chatouillant parfois le Space-Rock afin de nous extraire des marécages, prendre dans un premier temps quelque distance avec le néant. Une forme d’évasion intérieure surnaturelle qui retombera fatalement dans la vase d’un cauchemar bien réel.

Malgré son caractère plus aérien ce deuxième album est bien plus court que son aîné. Néanmoins l’écriture demeure belle et juste, et on peut même parler de réécriture pour trois titres sur six, puisque Casual, Stolidity et Frozen étaient déjà présents sur le EP sorti avant Etter Lys. Le décor ainsi planté on observe, à travers les meurtrières de nos oreilles, la vie s’inscrire et subsister dans les consciences, délaissant les corps figés d’un monde éternellement gelé. La voix s’exprime davantage, confinée entre les murs d’une prison cérébrale infectée, laissant échapper une folie grandissante, faussement extatique, cernée de frappes doublées ou laissée ponctuellement à l’abandon comme peuvent l’être quelques notes de guitare en suspension. Les plus de dix minutes de Jailers illustrent avec une profonde pertinence ces pulsions de vie, qui s’éteignent au fond d’une cave et resurgissent doucement pour s’entrechoquer contre les pierres denses de Walls.

Après un bref Casual revisité par de plus sombres desseins, Stolidity vient occuper nos espaces internes à grand renforts de mélodies élevées dans le sublime, qui tendent vers la dissonance, plus ou moins masquées d’une lourde basse, grignotées par des roulements martiaux. Le chant lointain, désabusé, tente alors de survivre, de briser ses chaînes au milieu d’un magma mental encore un peu plus pénétrant (Now), pour finir pétrifié puis réduit en cristaux de lumière aveuglante, concassés sous les derniers coups de massue d’une mémoire à l’agonie, piégée dans la glace perpétuelle (Frozen).

Ingrina propose avec Siste Lys une narration forcément proche d’Etter Lys, complétant, revisitant et allégeant sensiblement une écriture métaphorique toujours limpide, au sein d’un univers en proie à la paralysie du vivant, dans un cadre introspectif qui intègre une conception intense de la folie. Les consciences se trouvent alors prisonnières du passé, les rêves se transformant peu à peu en réalité cauchemardesque. Du très bel ouvrage, dont le rendu malheureusement inégal nous empêche toutefois de le hisser au niveau de son prédécesseur.

A écouter : avant ou après Etter Lys.
17 / 20
3 commentaires (17/20).
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Etter Lys ( 2018 )

Jeune formation signée conjointement par Tokyo Jupiter (pour le compact disque), A Tant Rêver Du Roi (pour le vinyl) et Ideal Crash (pour la cassette), Ingrina déploie ses tentacules sur l’ensemble des supports existants avec Etter Lys, premier album multi-couches majoritairement instrumental, déambulant aussi bien sur le fil du post-rock/hardcore/metal que les pieds dans le sludge terreux.

Outre la présence d’ex-LD.Khart et Uns, le sextet est composé de trois guitares et deux batteries, chose peu commune susceptible d’évoquer certains travaux de Breach et d’Isis ou ceux plus confidentiels de The Lumberjack Feedback. Mais on le sentait déjà dans notre chair à l’écoute du premier format court éponyme, à travers le titre phare Stolidity en particulier. Ces guitares à la fois stellaires et denses qui s’envoient des signaux comme le feraient les mammifères marins, ce double set de batterie qui n’a rien à envier aux "classic" Melvins, cette voix écorchée, lointaine, ensevelie sous le flux instrumental continuellement mouvant, que d’éléments caractérisés, assemblés pour imaginer ce qu’il y a "après la lumière" ("etter lys" en Norvégien donc). 

Manifestement Ingrina a bûché sévère sur le dossier, affichant dès le Black Hole d’ouverture un boulot d’écriture dantesque, notamment des cordes omniprésentes, qu’elles soient épaisses et bruiteuses ou furtives, allongeant leurs notes en arrière-plan, elles menacent d’exploser, d’envahir l’espace à tout moment et d’y inséminer le dosage mélodique idéal. Après la lumière personne n’est à l’abri des lignes de basse plus ou moins discrètes, entretenant une certaine couche de gras, de l’entente cordiale et synchrone entre deux frappeurs totalement possédés par leur sujet, aussi bien dans la vélocité que la subtilité parfois presque jazzy des mouvements. Les dix minutes de Fluent sont la première expression pleine et entière de la multiplicité du sextet, associant toutes les personnalités d’Ingrina avec dame maestria. 

Et puis Etter Lys va crescendo : Coil exploite les derniers vestiges de lumière par les vocalises, fait valser les baguettes sur les fûts, toujours porté par l’écho des cordes en filigrane. Le bien nommé Resilience nous invite alors à lâcher prise, que le délicat synthé d’intro s’empare de nos idées noires, que les vagues de guitares les emmènent au fond de l’abysse, broyées par la pression des courants, infligée par un Leeway salvateur, où le chant vient arracher un instant de liberté avec les dents. Enfin l’ultime étape de cette odyssée post-liminale dépasse définitivement la lumière de nos perceptions, Surrender accepte et lâche les chevaux des cavaliers de l’apocalypse inversée, terminant leur course au centre de l’univers, entre l’espace et la terre, paisibles à l'infini.

Avec ce premier long format et une personnalité (multiple) déjà profondément affirmée Ingrina tape tout de suite dans le haut du panier européen, si ce n’est mondial, ou même intergalactique. Etter Lys est ambitieux, vivant, épique, habité par les protagonistes qui l’animent, donnant naissance à une forme d’inconnu.e que l'on aimerait voir se renouveler ad vitam aeternam.

Après le Bandcamp.

A écouter : en se laissant porter.
Ingrina

Style : Post-Rock / Post-Hardcore / Post-Metal / Doom
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Origine : France
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