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Biographie

Indian Summer

Marc Bianchi
Seth Nanaa
Adam Nanaa
Ead
Dan Bradley

Au commencement, il y eu le punk, allégorie du besoin vital de crier ce que la répression voulait enfouir. Car le punk, c’est le verbe, la pulsion première du dire. Mais on lui opposa l’impératif d’ordre. On le marginalisa. De la résistance à cette oppression naquit le hardcore. Pour durcir le ton. Comme si après les slogans, il était nécessaire de passer à la lutte armée. Comme si le fait d’hurler ne suffisait plus. Mais aux grands soirs succèdent bien souvent les lendemains désenchantés. L’emo d’Indian Summer possède ce côté post-révolution, cette voix coupée dans son élan, qui n’est désormais plus capable d’exprimer autre chose qu’un râle de douleur.

Indian Summer (à ne pas confondre avec le groupe éponyme de rock prog des années 70) est une histoire aussi brève qu’intense, à l’image de son nom, semblable à ces fins de saison estivales porteuses d’espoir qu’on voudrait voir durer éternellement et qui meurent avec la chute des premières feuilles. Indian Summer naquit sur une de ces feuilles ; dans un équilibre précaire, symbole du dernier soupir lumineux qui luit avant la venue de l’hiver.
Formé en 1993, le groupe n’aura vécu que deux ans. On ne le sait que trop bien, l’été indien ne dure jamais. C’est par la réunion de 5 amis – parmi lesquels Marc Bianchi de Mohinder - d’Oakland (California) que la formation prend racine dans ce début des années 90, participant ainsi à la création de la 2e vague d’emotionnal hardcore : la 90’s way.
A fleur de peau et sans grande expérience, le groupe entame alors sa discographie. A cru. Un 7’ chez Repercussion Records en 1993, enchaîné par des split avec Embassy, Current puis Ordination of Aaron. Le quintet donne tout, sans compter. Ils participent en outre à plusieurs compils’: The Eucalyptus compilation, Food Not Bombs, The Ghost Dance compilation. En 1994, tous ces travaux sont regroupés par Future Recording sous une forme discographique qui prend le nom de Science. Plus de dix ans après cette épilogue, le label sort Hidden Arithmetic qui comprend 12 chansons tirées des deux lives mythiques de 1993 au Pitzer College et de 1994 au Blue Universe. La forme live permet en effet intégralement d’entendre parfaitement la charge émotionnelle du quintet, notamment sur l’anthologique "Angry Son/Woodworm" où Adam Nanaa finit au sol, étranglé par les sanglots. (Des vidéos sur internet circulent et rendent compte de la scène).
A noter que le groupe avait la particularité de ne pas nommer ses chansons, les titres ont donc été donné au fil du temps par les fans d’où la confusion et le désaccord qu’on rencontre parfois quant à la nomination des œuvres.
Devenu culte avec le temps, placardé comme LE groupe emo par excellence – dans sa vraie nature – le combo est aujourd’hui dispersé au sein de plusieurs projets (Her space holiday, The eastern seaboard ou We all inherit the moon ).
Indian Summer n’est plus qu’un souvenir, un champs calciné sur lequel tombe les feuilles.

Chronique

16 / 20
2 commentaires (17.25/20).

Hidden Arithmetic ( 2006 )

A la question récurrente de la définition à donner à l’emo, Indian Summer a préféré la musique aux discours. Hidden Arithmetic est la réponse. Comme une évidence.

Indian Summer partage avec Slint cette fausse indolence qui semble laisser fleurir les mots en les apposant sans heurts sur une rythmique évolutive. "J’ai embrassé l’aube d’été" avait dit Rimbaud. Indian Summer répond en frémissant. En pétales, les spoken words s’effeuillent alors et glissent le long des cordes. Les choses semblent belles. En surface. Car derrière l’apparente douceur se cache la douleur. Une seule lettre les sépare. Si proches. Inspiré par les auteurs de Spiderland, Indian Summer utilise à son tour les doutes de la période qui sépare l’âge adolescent de l’âge adulte pour dessiner la silhouette émotive de sa musique. Le punk n’est plus colère, il est aveu. Rappelant les exercices déliés de Still Life ou la hargne de Current, Indian Summer se fait le berceau d’une nouvelle scène qui organise la jonction entre le hardcore et l’indie rock. Car le quintet est enfant des quatre points cardinaux. Et il le fait savoir. C’est donc sur des samples de vieux disques de blues (Bessie Smith en tête) que Hidden Arithmetic projette ses coups de guitare fracassée et sa basse tranchante. Le grésillement en arrière fond donne alors à l’opus un grain reconnaissable entre mille.
Indian Summer est un corps en combustion; un corps qui crépite.

Au milieu de quelques applaudissements timides, de bruits d’amplis saturés et de larsens qui deviennent au fil des écoutes parties intégrantes des compositions, Hidden Arithmetic montre un visage musical très lo-fi et fabuleusement authentique, entre chaos sonore et accalmie plaintive. Conduit par une voix fragile et morcelée qui se laisse sans cesse entraîner vers les profondeurs par l’harmonie descendante des guitares, les californiens livrent ainsi, tout au long de leur discographie, une musique introspective et cathartique destinée à soigner les plaies causées par les traumatismes de l’enfance ("Slowly mending old wounds…"). "Angry Son/Woolworm" est à ce titre un morceau-monument, un de ces moments de grâce et de génie qui semble pouvoir résumer par sa seule existence tout un courant et tout un monde. Bâti sur un chapelet de notes aiguës et mélancoliques, il projette sur scène la douleur de son frontman en prise avec ses meurtrissures passées ("I remember every word that you said father, I remember every word that you said. As I stand now, I am the Angry Son") dans un alliage de spoken words fiévreux et incroyablement poétiques qui se terminent dans une inévitable explosion de voix et d’instrument. "This is the moment! " Indian Summer a découvert l’Instant.

Indian Summer est une nudité, Indian Summer est une chair, un trouble ; quelque chose d’ici-bas destiné à finir sa course là-haut. Inexorablement.
Indian Summer a redéfini l’émotion, abolissant durant quelques mois la frontière entre la tristesse et la colère. Quelque part entre le murmure et le cri.

En écoute sur myspace.

A écouter : Angry Son/Woodworm