Biographie

Immortal Technique

Immortal Technique, de son vrai nom Felipe Andres Coronel, nait au Pérou avant d'être élevé à Harlem (New York). Durant ses études à l'Université de Pennsylvanie, le jeune homme est arrêté et accusé d'aggression (lors d'une altercation avec d'autres étudiants), ce qui le conduit en prison pour 1 an. Après sa libération, Felipe s'oriente vers des études de Science Politique mais il ne peut subevenir à ses besoins et se voit contraint de vendre sa musique tout en participant à quelques battles de MC.
En 2001, Immortal Technique sort son premier album Revolutionary Vol. 1 grâce à l'argent qu'il gagne durant ses battles. Cela lui permet notamment d'être cité dans The Source et d'enregistrer et sortir Revolutionary Vol. 2 en 2003. Viper Records et Babygrande Records rééditent le premier opus respectivement en 2005 et 2006.
Le musicien commence alors à plancher sur ses 2 opus suivants, The Middle Passage et The 3rd World, le premier ne déboulant qu'en 2011 tandis que le second sort en 2008, avec DJ Green Lantern en renfort sur la plupart des titres. Une mixtape, The Martyr, est diffusée courant 2011.
Le musicien a notamment collaboré avec Rockin' Squat (Assassin), Mos Def ou Dead Prez. Il a participé à la reconstruction d'un orphelinat à Kabul et chante en Espagnol et Anglais dans ses titres, aux lyrics marqués par une vision du monde acerbe et cynique.

Chronique

The Martyr ( 2011 )

Immortal Technique part définitivement en guerre. Avec The Martyr, c'est une croisade contre la société actuelle dans laquelle se lance le MC. Discours politisés, actes de révolte, cette compilation a tout pour mener une révolution contre la politique des USA et l'état de leur société.

Ca démarre fort avec le morceau titre (si l'on passe outre la très courte intro Burn This qui donnera le ton de l'album : "If you are listening to this, it is your responsability to burn this for every single motherfucker you know"). On y retrouve ce flow grave et appuyé d'Immortal Technique, presque saccadé , qui fait tournoyer ces mêmes mots (War, Revolution, …) avec une passion dévastatrice jusqu'à les rentrer presque de force dans la tête de l'auditeur. Après quelques écoutes (cet opus se dévoilant très rapidement tant le MC est brut et direct), des titres se démarquent sans difficulté : Rich Mans Word (1%), Goonies Never Die, Civil War, Black Vikings, Sign Of The Times (et son ambiance Sud-Américaine). Le reste navigue entre le bon (The Martyr, Young Lords) et quelques morceaux banals (Toast To The Dead ou Eyes In The Sky).

Quid de l'évolution de l'artiste depuis The 3rd World ? Au niveau du flow et des thèmes du musicien, rien ne semble prêt à ébranler la pyramide de reproches et de constats alarmistes qu'il chante depuis des années. The Martyr a l'avantage, même s'il manque de virulence face au EP The Middle Passage, de montrer un réel soucis du détail sur le choix des samples et des mots (l'excellent Civil War ou le pachydermique Black Vikings).
Immortal Technique a pensé à utiliser de nombreux samples que l'on pourrait assimiler à des instrumentations quasi-religieuses pour l'accompagner (Black Vikings) lorsqu'il ne pille pas dans la culture populaire américaine (Goonies Never Die, Eyes In The Sky, …) pour en détourner le sens. Gros soucis du détail en somme, peut être plus que sur les opus précédents, même si The 3rd World se détachait déjà sur ce point.

Globalement, j'oserais presque assimiler Immortal Technique à Keny Arkana dans la rage qui emplit les 2 artistes, même si le MC originaire d'Outre-Atlantique a tendance à s'emporter plus que la Marseillaise, tout en usant et abusant d'un vocabulaire parfois plus outrancier (Amusez vous à compter le nombre de "Motherfuckers" disséminés sur les 16 titres) mais qui se révèle tout aussi marquant.
Niveau featuring, il y a du beau monde avec les classiques Diabolic (proche musicalement et humainement d'Immortal Technique), Vinnie Paz (Jedi Mind Tricks), Brother Ali (signé chez Rhymesayer, label de Grieves) ou encore Dead Prez. Cet apport permet d'éviter de se noyer sous les mots du musicien, qui pourraient très vite devenir éreintants tant le flow est appuyé et manque parfois d'un changement de rythme.

The Martyr est globalement un bon album, beaucoup plus virulent que The 3rd World car plus maitrisé, et même si l'absence de quelques titres assassins se fait sentir (un bon Golpe De Estado ou The 3rd World) ou que d'autres manquent de souffle, Immortal Technique a su coller au thème de cette compilation jusqu'au dernières notes.

A écouter : Civil War, Goonies Never Die, Black Vikings