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Biographie

Iapetus

Iapetus est un duo formé en 2010 par les deux guitaristes new-yorkais Jordan Navarro et Matthew Cerami. En plus de leur instrument principal, le premier prend en charge les claviers et la batterie (programmée), et le second le chant growlé et la basse. Ensemble, ils sortent la démo deux titres Soldier Of Eternity en 2011 puis l'EP Eviscerate Divine l'année d'après. Dès ces débuts, l'approche musicale de Iapetus est à la fois brutale et aérienne, massive et mélodique, entre Death et Prog. La formation semble apprécier les longues constructions complexes et les interludes très dépouillés entre deux pavés.

Début 2017, le duo sort un premier long format intitulé The Long Road Home, qui reprend presque tous les titres des deux précédents efforts (mais certains sont revisités, Savior Solitude gagne deux minutes au compteur par exemple) et comporte aussi quelques nouveaux titres. Deux ans et demi plus tard, un nouvel album entièrement inédit est publié : The Body Cosmic.

Chronique

16.5 / 20
1 commentaire (18/20).

The Body Cosmic ( 2019 )

La vie est parfois injuste et cruelle. Iapetus peut en témoigner : non seulement le duo vient de sortir un véritable chef d'oeuvre dans l'indifférence générale (le stream officiel a environ 3500 vues à peine, en deux mois), mais en plus ils l'ont sorti suffisamment tard pour ne pas s'être fait remarquer à temps pour entrer dans les tops annuels, ce qui aurait pu leur offrir une visibilité méritée. Tentons de corriger le tir avec cette chronique...

The Body Cosmic, car c'est son petit nom, est pourtant une véritable pépite dans son genre. Il s'agit ici d'un Death Metal Mélodique très (mais alors trèèèèèès) progressif, aux influences modernes et aux aspirations élevées, presque spatiales ou transcendantales. Pensez par exemple à Fallujah ou à Cynic, mais avec des structures plus complexes et "à tiroir" à la Persefone, Kalisia, ou Ne Obliviscaris. D'ailleurs, les deux guitaristes se font épauler par monsieur Daniel Presland à la batterie, le cogneur de Ne Obliviscaris. Le choix semble judicieux, voire évident, tellement la construction de The Body Cosmic est proche de celle des albums des Australiens, alternant entre quatre colossaux pavés (allant entre 10 et 18 minutes) et quatre courtes respirations éthérées d'environ deux minutes. Seul le titre Hadean Heart se place entre les deux formats, ayant tout des caractéristiques des autres interludes, mais avec une structure plus longue et élaborée, tutoyant les cinq minutes.

La palette de styles abordée par le duo est dantesque et représente un des gros points fort de cette livraison. La fin du titre éponyme évoque par exemple le Post-Rock, avec ses leads tout en trilles et sa batterie habitée. Les premiers couplets de For Creatures Such As We sont bâtis sur un double-riff, une articulation "deux mesures massives et groovy / deux mesures d'un excellent riff Death-Mélo". La reprise aux deux-tiers de I Contain Multitudes lorgne vers le (quasi Funeral-)Doom, avec son martelage si tellurique et tellement sismique. La partie acoustique vers 2'30 dans I Contain Multitudes aurait pu venir d'un Opeth pré-Heritage. Pourtant, tout se lie vraiment bien. Iapetus maîtrise l'art de la transition comme peu de formations : riffs qui changent de gamme, breaks qui amorcent des modifications de métriques ou de tempo de façon fluide, le boulot abattu pour rendre l'opus pertinent et cohérent est vraiment à saluer.

Si les ossatures des titres sont vraiment léchées et complexes, la production de ce deuxième album n'en reste pas moins très organique, avec un côté intuitif et simpliste. Sans être "raw" dans leur son (car le style ne le requiert vraiment pas), le groupe n'en fait pas des caisses sur les empilements de pistes, les guitares ne sonnent pas trop froides, si la batterie est trigguée alors elle l'est discrètement, les growls sont plutôt conventionnels. Parfois, selon les passages, le mix manque un poil de graves. Sans être un véritable défaut, l'ensemble de la production est "juste classique", ce qui rend l'objet humain, abordable, accessible (par opposition au songwriting et aux structures qui sont d'un génie hors du commun)

Il reste à signaler le chant, qui est utilisé de façon assez anecdotique. Même si l'un des deux musiciens est crédité comme chanteur, force est d'admettre qu'ils sont tous deux guitaristes avant tout. Même en tenant compte de toutes les voix (car beaucoup de celles qu'on entend sont des samples ou des guests), de très longs passages restent instrumentaux. Par exemple, The Body Cosmic ne fait intervenir qu'une bande (une citation de Walt Whitman) et une invitée pour des cœurs féminins (dans un excellent passage de questions-réponses entre sa voix et une guitare lead, vers 7:00), alors que le titre dure pourtant dix minutes. On aime ou on aime pas, car le chant pourrait aider à structurer l'écoute ; mais la richesse de l'univers musical des Américains se suffit à elle-même. Peut-être ont-ils volontairement choisis de ne pas surcharger les titres en choisissant d'en sacrifier le chant ? Cela semblerait possible.

Iapetus signe avec ces 70 minutes un jalon important du Death-Mélodique et du Prog en 2019. Trop tard, et trop discrètement, mais un jalon important malgré tout. Cet album est colossal, il faut en parler plus. Ecoutez The Body Cosmic, et répandez la bonne parole.

Peut-être que certain.e.s ne le savent pas encore, mais la communauté Metalorgie (incluant une partie de l'équipe derrière le site) est sur Discord. On y parle de tout et de rien, mais surtout, on s'y échange des recommandations musicales. Et sans vous sur ce serveur Discord, l'auteur de ces lignes n'aurait pas pu découvrir Iapetus. Merci.

A écouter : For Creatures Such As We, The Body Cosmic, Hadean Heart