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Biographie

Huata

Huata est un quatuor de Stoner / Doom occulte breton qui s'inspire de groupes comme Electric Wizard, Sleep ou Sunn O))). Démarrant en 2006 à Lannion, le groupe effectue plusieurs changements de line-up avant d'enregistrer une démo en 2008. Le groupe se cristallise alors autour de Ronan Grall (Chant), Benjamin Moreau (Basse), Alexis Darnoux (Batterie) et Christophe Marconato (Guitare). Leur premier ep, Open The Gates Of Shambala, mixé par KKP (HKY, Quartier Rouge, Warsaw Was Raw) sort en 2009 chez Throatruiner Records. Atavist Of Mann, leur premier album, parait deux ans plus tard et sort cher un multitude de labels. Bénéficiant de bons retours, Huata tourne avec Dopethrone se produit au Roadburn 2012 et participe à plusieurs festivals. En 2013, ils sortent un split avec Bitcho qui parait chez Music Fear Satan.

Split avec Bitcho ( 2013 )

A la première approche de ce split HuataBitcho il y a en premier lieu cet artwork somptueux réalisé par Benjamin, le bassiste de Huata. Impossible de se tromper sur la thématique cosmique développée par les deux groupes et où chacun possède sa propre manière de traiter le concept.

Autant parler en priorité de la partie la moins intéressante du split, la face Bitcho avec son 10050 Cielo Drive qui s'étire facilement sur la douzaine de minutes, mais ne convainc essentiellement que sur les derniers instants. Avec son Doom / Drone bruitiste jouant sur les répétitions, Bitcho évoque d'avantage un vide spatial morne et inanimé qu'un voyage cosmique envoutant. L'exercice de style reste à saluer dans son idée, mais il n'est pas complètement à la hauteur de ses ambitions. Le son est épais, les cordes façonnées en circonvolutions font l'effet d'une chute d'astéroïdes. A fort volume, ça fait clairement son effet surtout lorsque apparaît cette voix quasi mystique, mais l'ensemble manque encore d'aspérités et de hauteur pour qu'on puisse pleinement y trouver son compte.

Face cachée de la lune. Huata confirme on potentiel déjà amorcé par Atavist Of Mann, mais surtout, une volonté de s'éloigner de sa zone de confort. Avec The Retaliator et Hercolubus (qu'on peut voir comme une seule et même prise), Huata dépasse les références à Electric Wizard dont les volutes emplissaient leur dernière création. Les bretons plongent à corps perdu dans un psychédélisme spatial étourdissant grâce à un Stoner / Doom qui se retrouve délayé de poussière d'étoile suffocante. La traversée n'en sera pas moins oppressante et tourmentée. Le chant de Ronan se retrouve ainsi encore plus éloigné, à peine discernable alors que la basse et le clavier occupent désormais une place prépondérante. Il suffit d'y ajouter un groove magnétique, des saintes vibrations, une section rythmique qui maintient ces vingt minutes en place et une maîtrise des impulsions épiques pour un trip total, un voyage parmi les astres dont on regrettera uniquement sa relative trop courte durée qui se révèle presque frustrante.

En tout cas, avec plus de matière (noire?) et certainement beaucoup de motivation, il serait intéressant de voir Huata mettre en musique 2001 : A Space Odyssey de Kubrick de la même manière que Year Of No Light s'est attaqué avec brio au Vampyr  de Dreyer. On peut toujours rêver.

15 / 20
3 commentaires (15/20).
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Atavist Of Mann ( 2011 )

Il est plaisant de trouver ce genre de groupe en France. Il est même gratifiant de ce dire que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni ne sont pas les seuls à abriter les bons groupes de Stoner / Doom. Parce qu'avec ce premier album, Atavist Of Mann, Huata arrive à se positionner au niveaux de formations importantes comme Cough, The Wounded Kings ou Bongripper.

Car Atavist Of Mann c'est déjà un son qui n'a rien à envier aux groupes précédemment cités. De type massif et ronflant, parfois si épais et aride que rien ne semble pouvoir s'y extraire. Un duo guitare / basse qui traîne ses cordes dans des catacombes poussiéreuses et oppressantes, la sainte-vibration en porte à faux, le tout broyé par une batterie à la charge éléphantesque. Seul la voix du maître de cérémonie paraît difficilement s'extraire de cette boue poisseuse dont les quelconques envie d'élévation sont constamment reprises afin de rester collée au pavé, accru par une production qui ne fait pas semblant d'en rajouter une couche supplémentaire et qui participe entièrement à la dimension occulte qui résonne dans l'édifice charpenté par les Huata. Il faut bien reconnaître que le groupe sait s'y prendre en matière d'ambiances. Dans l'esprit, on se rapproche quand même assez des travaux d'Electric Wizard, de type fuzz à tous les étages, effets psychédéliques, incantations ténébreuses en vue du rituel sacrificiel... Si le grand magicien étend effectivement ses ombres inquiétantes sur ce Atavist Of Mann, Huata arrive pourtant à s'en détacher, allumant d'autres cierges qui viennent éclairer sa chapelle. On pense notamment à Sunn O))) sur Thee Imperial Wizard à la densité impressionnante, mais aussi à Sleep par des passages au groove certain (Operation Mistletoe) et également à Cathedral dans ses aspect d'un Doom old school (Testi Svm Capri). L'autre point fort c'est aussi ces compositions sans quoi le son et les ambiances n'y suffiraient pas. Des lourdeurs obnubilantes d'un Lords Of The Flame au riffing fameux de Templars Of The Black Sun en passant par l'orgue qui instaure ses atmosphères chamanique et dérangeantes (Testi Svm Capri), Huata prouve qu'il sait écrire de bons morceaux même s'il se perd à travers quelques longueurs notamment sur la fin (Fall Of The Vth). Finalement, rien n'est laissé au hasard car chaque élément (musique, visuels, concerts) vient renforcer le propos d'Huata qui maîtrise entièrement les codes du genre et dont les lourdes vibrations finiront par nous rentrer dans le crâne et nous mettre à genou.

Atavit Of Mann est un bon disque de Doom parce que Huata a suffisamment de bonnes idées et un son son qui les met particulièrement bien en valeur. Le meilleur dans l'histoire, c'est qu'on sent que le groupe a encore une marge de progression et n'a pas dévoilé totalement tout ses secrets. En réglant quelques menus défauts (influences un peu trop appuyées, quelques longueurs) la suite promet d'être un cran au dessus et véritablement enivrante.

En écoute intégrale sur bandcamp.

A écouter : Operation Mistletoe, Testi Svm Capri