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Biographie

Her Name Is Calla

Derrière le nom improbable Her Name Is Calla se cachent quatre musiciens anglais débarqués de Leicester, réunis en 2004 et signés chez Gizeh Records. Encore jeune, le groupe sort coup sur coup deux eps marquants en 2007. Condor&River (en édition limitée à 250 exemplaires) s'impose comme une pièce épique de 16 minutes qui emprunte à la fois au meilleur du Post-Rock (GY!BE pour n'en citer qu'un) et à l'intimité classieuse de l'indie slow-core (façon iLiKETRAiNS / avec qui le groupe se rapproche) pour une descente sans fin au plus sombre de l'âme. Le second disque, A Moment Of Clarity, vient confirmer en deux titres le talent d'un groupe toujours à la recherche de reconnaissance au travers de ses envolées lyriques.

En 2008, à pas feutrés et tout en prenant son temps, Her Name Is Calla présente The Heritage, son premier album mêlant judicieusement mélodies lumineuses et plongées en abysses, qui se prolonge à l'occasion d'un split avec leurs voisins de Maybeshewill la même année. En 2009, ils signent chez Denovali Records qui réédite leurs disques. L'année 2010 est très productives pour les anglais qui sortent un ep, Long Grass, puis un second effort, The Quiet LambMaw, un nouvel ep, parait en 2011.

15.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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The Heritage ( 2008 )

Comme sur un jeu d'échecs, Her Name is Calla avance lentement, plaçant stratégiquement ses pions sur l'échiquier post-rock. La courte discographie, faite de deux EPs, qui précèdent The Heritage ne doit pas cacher les premières notes talentueuses, en éclairs fulgurants, de ces anglais.

Il s'agit alors de frapper un coup, de grâce cette fois, pour gravir l'échelon manquant. Dévoiler son jeu pour avancer à coeur ouvert. "Nylon" donne le ton, par sa lente progression feutrée, accompagnant une voix claire et profonde, empruntée à Jonathan Meiburg. Imaginez un instant Shearwater faire du post-rock. Il en résulte un mélange intimiste, secrètement violent, toute rage partiellement contenue. "New England", en développant les mêmes éléments, se place comme l'archétype du morceau post-rock tout en tension croissante. Les guitares crissent, haussent le ton, bourdonnent en un coup d'éclat lyrique que viennent emphatiquement illuminer un océan de violons.

C'est ce jeu d'ombres et lumières qui fait la force de ce nouvel EP. Aux lueurs faussement joyeuses des guitares répond le clair obscur angoissant des violons toujours plus insistants. Les envolées, maîtrisées de bout en bout des cordes, reflètent en les déformant les étincelles fugitives des notes claires. Navigant en eaux troubles le temps de quelques interludes brouillées, le groupe trouve ses éclaircies lors de passages richement orchestrés qui rappellent les ténors du genre. Le temps d'un instant, suspendu, le fantôme de A Silver Mt. Zion plane même, sur un final magnifiquement amené par le piano où les voix s'embrasent et s'élèvent en communion ("Motherfucker! It's Alive and Bleeding"). Voilà le coup de grâce.

Chandelle fragile, The Heritage se joue des bourrasques pour se dresser fièrement entre ses références. Il ne manque alors plus qu'aux anglais, timides jusqu'à maintenant, de sauter le pas du LP pour se faire reconnaître. De renverser la flamme pour allumer le grand incendie.

A écouter : A la lueur d'une bougie.

Split avec Maybeshewill ( 2008 )

Depuis quelques années, la scène anglaise connait un renouveau post-rock inspiré qui voit l'émergence de petites pousses appelées à prendre racine dans le paysage instrumental. Citons, entre autres, The Strange Death of Liberal England (MySpace), Yndi Halda (MySpace), The Pirate Ship Quintet (MySpace) en têtes de gondole. Maybeshewill et Her Name Is Calla, tous deux de Leicester, font également partie de cette génération bercée au son de Mogwai et Talk Talk, leurs aînés de quelques albums.

En guise de points communs, les deux groupes ont sorti leur premier long cette année, chacun apportant à sa manière un entrain et une fraicheur pleins de promesses : Not for Want of Trying de Maybeshewill lorgnait plutôt du côté de 65daysofstatic, le côté mathy en moins, mélangeant aux saturations endiablées des passages plus ambient, samples et piano de rigueur pour un résultat casse-cou mais globalement satisfaisant. La sauce est ici rallongée avec les deux premiers titres servis par le groupe qui ouvre le bal, This Time Last Year démarrant sur les chapeaux de roue, la carrosserie métallisée et le pied sur l'accélération. Selon un virage bien connu, le tempo ralentit pour laisser place à l'interlude electro qui précèdera la dernière ligne droite. Convenu, et ce n'est pas le sample final qui le démentira. Malgré tout, Msw met du coeur à l'ouvrage, soigne sa devanture et arrive à se faire séduisant, plus convaincant au moment le plus lourd lorsque se répondent piano et guitares, chat et souris, préférant un vrai jeu de fuite au dialogue.

Condor & River, unique morceau de plus de 16 minutes aux pistes multiples, se faisait déjà entendre l'an dernier sur un 7", aujourd'hui épuisé. L'occasion est trop belle de contempler une nouvelle fois la montagne aux multiples sommets grâce à ce split. The Heritage, sorti plus tôt cette année, avait définitivement fini de célébrer les espoirs misés sur Her Name Is Calla (voir plus bas sur cette page). A lui tout seul, Condor & River, par son orchestration, sa composition, son ambiance est un monument du post-rock des temps modernes. Un monument qui se forge sur les vestiges de Godspeed You! Black Emperor (who else?), prenant son temps pour s'ériger - quelques guitares noisy, un rythme lancinant. La structure est familière, la frénétique montée des 5:20 et l'explosion qui s'ensuit impressionnent, renversent la montagne gravie et les notes s'envolent à dos de rapace.
Le morceau ne fait pourtant que commencer. Après l'envol, la plongée. Pianesque. Quelques notes suffisent. Et une voix, en écho. On invoquait Shearwater dans une précédente chronique, c'est ici le fantôme de Mark Hollis (Talk Talk) qui revient, prend au coeur, lamentations cuivrées et piano mélancolique en accompagnement.

Jouant un post-rock qui ne se suffit pas et qui n'est jamais plus éclatant que lorsqu'il est en proie à la tourmente, les membres de Her Name Is Calla se révèlent à eux-mêmes et au monde. Un souffle peu commun les entoure...

Le split Maybeshewill / Her Name Is Calla est sorti le 24 novembre chez Fields Records.

A écouter : Condor & River