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Biographie

Heimatlos

Serge Camagna dit Sergio Loco - batterie
Jean-Claude Jadoul dit Blitz, dit Vador - basse
François L'H. (Naingnaing) dit Speedyperit, dit Léon Zyklon - guitare
Norbert Mension dit K.Z. - chant

Le premier groupe de hardcore français se nomme Heimatlos. Quasi inconnu dans son pays d'origine, il est pourtant reconnu aux U.S.A., où il est régulièrement programmé sur des radios telles Maximum Rock'n Roll, et apprécié par des personnalités comme Jello Biaffra des Dead Kennedys, Kalv Piper de Heresy ou le dessinateur Pushead. Heimatlos (ou Heimat Los au départ) se caractérise par une démarche internationaliste, d'où son nom qui signifie apatride en allemand, un chant en diverses langues et un but : jouer vite.

En 1983, le guitariste des Cat's Merd, François L'H., passe une annonce pour former son propre groupe. Il rencontre ainsi le bassiste Jean-Claude Jadoul (Les Spoons, Les Electrodes). Le 29 octobre, François et Jean-Claude se retrouvent pour une première répétition. François est accompagné de Serge Camagna, batteur des Cat's Merd, et Jean-Claude, d'un punk rencontré à Argenteuil, Norbert Mension, qui doit assurer le chant. Ils jouent vite et fort, et décident de poursuivre leur collaboration. Heimatlos était né et le line-up n'allait plus changer jusqu'à la séparation du groupe.
En décembre, le quatuor parisien enregistre, à Massy, une démo sept titres qui sera programmée sur certaines des nombreuses radios libres alors florissantes. Par l'intermédiaire de Marsu, manager de Bérurier Noir et de Lucrate Milk, Heimatlos fait son apparition sur une compil de New Wave Records, 1984 - The First Sonic World War, avec le morceau "Schlag!". C'est le groupe le plus rapide et qui détient  le morceau le plus court. Le label, impressionné, lui propose de produire un ep.
Pour l'heure, Heimatlos est surtout obligé de composer, Jean-Claude étant retenu un an en Allemagne pour cause de service militaire. Néanmoins, une deuxième démo est enregistrée en juin 1984 à Courbevoie. A la fin de la session, le chant n'est enregistré que sur cinq des sept morceaux prévus. Lorsque le groupe revient terminer le travail après les vacances d'été, le studio est détruit; c'est pourquoi "Amsterdam" et "Schlag!" n'apparaîtront pas sur la démo. Ce sera dix-sept ans plus tard, lors de la masterisation de La Seconde Nécessaire 1983-1988, que Norbert chantera sur cette version de "Schlag!".
En novembre 1984, profitant d'une permission de Jean-Claude, Heimatlos enregistre son premier ep au studio de Bob Mathieu (Paris). Il sort en janvier 1985 chez New Wave Records sous le titre Schlag!. Il est très bien accueilli par une partie de la critique, notamment par Maximum Rock'n Roll. Madrigal Records (Der Kaiser, Sortilège, Vulcain, Cyclope) propose au groupe un contrat à la condition de faire évoluer le chant dans un registre plus heavy metal. Heimatlos, fidèle à lui même, décline l'offre.  Après la libération de Jean-Claude, le groupe peut enfin se produire sur scène : le premier concert se déroule le 30 mars 1985 à Massy avec Morsüre (le premier groupe de thrash metal français, originaire d'Argenteuil). Malheureusement, le show se termine par des affrontements entre skinheads et punks. En juin, Heimatlos s'exporte en Belgique (Tournai) et joue avec Capital Scum et Dirty Scums, mais une nouvelle fois le concert dégénère. En novembre, il se produit à Dijon en ouverture du groupe canadien D.O.A. : gros concert, gros succès, super ambiance. La notoriété du groupe grandit. Heimatlos apparaît ensuite sur la compil de New Wave Records, 1984 - The Second Sonic World War, avec le titre "Alles Im K."
En février 1986, une nouvelle démo est enregistrée au studio Pom à Paris. Le groupe est extrêmement mécontent du son. Philippe Roizes, de Réseau Alternatif Records, lui propose ensuite la réalisation d'un split ep avec Kromozom 4, autre groupe de hardcore français, en utilisant les morceaux enregistrés lors de la session de février. Très réticent, vu la qualité du son, Heimatlos finit néanmoins par accepter et le split ep sort sous le titre Keepsake. Jungle Hop Records (Madhouse, Flitox, Merciless, Oncle Slam) fait également figurer deux chansons enregistrées au studio Pom, "Kommandos" et "Brutal Thanksgiving", sur un sampler nommé Rapsodie.
En juin 1986, Heimatlos se produit pour la première fois en Allemagne avec Razzia, Skeezicks, Bluttat et Frolhix. Le groupe y découvre le stage diving (qu'il ramènera en France) et connaît un gros succès. A la fin de l'année, le quatuor entre au Campus Studio de Paris pour l'enregistrement d'un split lp avec leurs amis de Kromozom 4. Co-produit par Jungle Hop Records et Réseau Alternatif Records, De Vlag sort en avril 1987. Heimatlos ouvre  pour le concert de Broken Bones (ex-Discharge, U.K.) à Montreuil puis retourne en Belgique, où le succès ne se dément pas. Réseau Alternatif Records sort ensuite une compil, France Profonde 2, avec "Räddaren i nöden" enregistré lors de la session du Campus Studio mais non inclu dans le split lp, et deux morceaux live extraits du concert de Tournai, "Amsterdam" et "Religion". La notoriété d'Heimatlos est telle que Jungle Hop Records et Auto Da Fé Records (nouveau label de Philippe Roizes et de Manu, chanteur de Sherwood) se proposent de produire un album. Il ne verra jamais le jour.
Au début de l'année 1988, Heimatlos retourne au Campus Studio pour l'enregistrement du superbe ep Negative Mental Obsession qui sort chez Auto Da Fé Records. En mai, le groupe joue à Paris avec Cosmic Wurst (Le Scoop) : c'est le dernier concert d'Heimatlos mais personne ne le savait encore puisque d'autres shows étaient prévus que le groupe ne put honorer pour diverses raisons. En septembre, Heimatlos se sépare définitivement bien que François, Norbert et Serge décident de poursuivre l'aventure sous le nom de Tears Of A Doll (il avait en effet été décidé depuis le début que si l'un des membres quittait le groupe, Heimatlos n'existerait plus). Ils recrutent François Truillet à la basse et Denis Nydeu (ex Kromozom 4) comme second guitariste. Au départ, le groupe reprendra des morceaux écrits ou ébauchés du temps d'Heimatlos.
Comble de l'ironie, c'est après la séparation du groupe, que les morceaux "Negative Mental Obsession" et "Sublimacontrol", choisis par Pushead himself (chanteur du groupe punk Septic Death et artiste reconnu), se retrouvent sur la compil Skate Rock vol.9 de Thrasher Magazine, où Heimatlos côtoit Bad Religion, Eye For An Eye, Fury ou Blast.

Ainsi, Heimatlos a disparu au moment même où une belle carrière lui semblait promise, laissant l'impression d'une histoire tronquée. Néanmoins, il reste LA référence du hardcore français.

Chronique

17 / 20
1 commentaire (18/20).
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La seconde nécessaire 1983-1988 ( 2006 )

La dernière cassette de Heimatlos ayant péri dans les rouages carnassiers d'un lecteur dépourvu de pitié, ne nous restaient plus que les yeux pour pleurer et le lointain souvenir de "Toddellisuutta" dont nous sifflerions les entêtantes ritournelles en attendant qu'une âme charitable veuille bien les rééditer. Prenant le taureau par les cornes, et refusant qu'un groupe de cette trempe ne tombe dans l'oubli, Ratbone ressortait, au mois de juin dernier, l'ensemble de son oeuvre sur un même support, La Seconde Nécessaire 1983-1988.

Quatre vingt-dix pistes, pas une de plus, pas une de moins, réparties sur deux disques, l'un présentant toutes les productions studios du groupe, l'autre proposant des prises live dont les concerts de Montreuil, en première partie de Broken Bones, et celui de Luwigshafen aux côtés de Razzia et de Kromozon 4. Si ce dernier n'offre, somme toute, qu'un interêt purement anecdotique, il en va bien évidemment autrement du premier. De la production la plus récente à la plus ancienne, il permet notamment de mesurer l'évolution de la formation parisienne, nous faisant regretter par la même occasion que l'histoire se soit terminée aussi vite.
Même si elles sont loins d'être concluantes, les premières démos permettent de cerner assez rapidement l'orientation musicale de Heimatlos. A l'origine amateurs de formations traditionnelles telles que Circle Jerks, Black Flag ou les Dead Kennedys, les parisiens optent très rapidement pour un style beaucoup plus radical en adéquation avec leur ambition de départ, pratiquer une musique aussi rapide qu'agressive. Ancrée sur une rythmique solide sur ses bases, basée sur le jeu de basse supersonique de Jean-Claude Jadoul et celui du batteur Serge Camagna, Heimatlos agite sa colère aux confins d'un hardcore rugueux, proche du fastcore de Ripcord, Heresy ou Siege et du d-beat anglais (Broken Bones, Discharge, Varukers) et suédois (Anti Cimex, Moderat Likvidation, Mob47). Les morceaux sont courts, sans concession, parfois approximatifs ("Alles Im K.", "Assisté"), mais l'enthousiasme, l'envie et le potentiel sont bien là. 
Prenant de plus en plus d'assurance, Heimatlos durcit le ton et accélère même la cadence dès la sortie de Schlag!, tout premier ep du groupe, considéré comme une référence en la matière même outre Atlantique. Les titres deviennent de plus en plus brefs notamment en raison de leur exécution plus véloce - le titre "Schlag!" perd onze secondes entre sa première version et celle de la première démo - cette accélération augmentant l'impact et l'intensité d'un répertoire qui, désormais, n'a plus rien à envier aux cadors européens de l'époque, BGK, Negazione ou Raw Power.
Pourtant, si les rythmiques ultra rapides tournent toujours à plein régime ("N.B.C.", "English Settlement", "Cynodrom", "Negative Mental Obsession"), les sorties de De Vlag et de Negative Mental Obsession marquent, toutefois, un léger tournant dans la courte carrière de Heimatlos. Oeuvres véritablement les plus abouties des Apatrides, elles sont également moins rugueuses, mettant en avant un aspect de leur musique qui, bien qu'entraperçu sur les premiers jets du groupe, prend ici toute son ampleur. En effet, la qualité de Heimatlos ne réside pas uniquement dans ses capacités à jouer aussi vite que ses contemporains mais également dans le fait d'avoir amené son propre son, sa propre originalité par le biais de mélodies "slavisantes", donnant aux morceaux un côté "chant des partisans" rendant irrépressible l'envie de chanter le poing levé ("Partisan", "Todellisuutta", "Soldier").
Car c'est bien de celà qu'il s'agit. Du patronyme aux textes engagés en passant par la cover reprise du split De Vlag, extrait d'une photo effectuée par Gideon Mendel lors d'une émeute à Duduza (Afrique du Sud) en 1985, impossible d'échapper à l'aspect internationaliste qui sourd de tous côtés notamment dans la volonté d'utiliser plusieurs idiomes tels que le finnois, l'anglais, le russe, l'espagnol et, bien sûr, le français.

Précurseur du hardcore français, Heimatlos allait ouvrir une brèche dans laquelle allaient s'engouffrer MST, Flitox, Kromozom 4 et Hate Force, autres pionniers à l'existence tout aussi limitée dans le temps, tombés depuis dans l'oubli. Ratbone offre l'occasion aux plus jeunes de découvrir et aux anciens de se replonger dans l'oeuvre d'un groupe au caractère bien trempé et à la démarche unique, histoire également de montrer que le punk français des années 80 ne se réduisait pas uniquement à la scène dite Alternative des Bérurier Noir ou de Ludwig Von 88.

Télécharger : "Assisté", "Fascios Fora", "Alles Im K."

Le skeud est disponible chez Ratbone Records, c/o Luc Ardilouze, BP40011, 33023 Bordeaux cedex, France.

A écouter : Cynodrom, Partisan, Fascios Fora