Biographie

Heaven In Her Arms

Kent (guitare, chant)
Taka (guitare)
Katsuta (guitare)
Kentaro (basse)
Shunsuke (batterie)

Actif depuis 2002, Heaven In Her Arms délivre un screamo hardcore, qui comme celui de Envy, laisse autant de place aux nappes ambiantes qu'aux morceaux de pure de bravoure. Après quelques apparitions sur diverses compilations, le groupe sort sa première démo en 2004 et enchaîne avec une seconde l'année suivante. En 2006, l'excellent label français Salvation Recordings se charge de la réédition de premier EP éponyme pour faire connaître le groupe au delà des frontières de l'archipel nippon. Grâce à Oto Records, Heaven In Her Arms accompagne Daitro lors de leur venue au Japon. C'est également avec Daitro que Heaven In Her Arms tournera en Europe. Constant dans sa progression, le groupe sort Paraselene en 2010 sur Sonzai Records, un deuxième album déchirant.

Paraselene ( 2010 )

Si fulgurante soit-elle, l'avancée de Heaven In Her Arms rencontre toujours le même obstacle. Si leur nom est directement issu du Jane Doe de Converge - un clin d'oeil au groupe de Boston est d'ailleurs facilement palpable sur "Butterfly In Right Helocoid" - c'est surtout avec Envy que Heaven In Her Arms est immédiatement mis en laisse. Obligés de mettre les bouchées doubles pour se défaire de l'agaçante comparaison qu'ils n'ont cesse de piétiner lorsque le sujet est abordé directement avec eux, les japonais s'imposent une discipline rude et extreme. Paraselene est un disque de hardcore qui atteint près d'une heure et dont les variations engendre un encéphalogramme immensément plus erratique que les dernières tentatives screamy post-rock de Envy.

Intransigeant et régurgitant un propos lapidaire, Heaven In Her Arms ne laisse aucune de ses idées en jachère sur Paraselene. L'aspect presque excessif de leur musique est évidemment tangible dans les ruades de pures violences, bardés de riffs heavy et cramés par un chant qui compense son absence d'originalité par une âpreté juste hallucinante, mais aussi aux tréfonds des sillons finement burinés, créateurs d'espaces dédiés aux faux silences angoissants et aux marécages à la placidité troublante. Si ce sont les lignes douces-amères des pianos et des violons qui clôturent ce disque étouffant et labyrinthique, c'est bien de la bile à l'acidité meurtrière que le groupe répand à ses pieds la plupart du temps ("Morbidity Of White Pomegranate", "Halcyon"). Avec un souci du détail poussé à l'extrême et un refus catégorique de se laisser porter par des crescendos usés à la corde, Heaven In Her Arms griffe une toile dangereusement dépressive qui ne se laissera pénétrer que progressivement, comme l'on pénètre une pièce obscure pour ensuite en définir du bout des doigts la forme des recoins et la présence des éléments. Dans l'antre bâtie par les japonais, les surfaces sont suffisamment rugueuses pour entamer les chairs de celui qui les effleure à peine.

Toutes les intentions développées au sein de Paraselene sont légitimes. Heaven In Her Arms est un groupe dont la vie sulfureuse est encore une course-poursuite avec la mort. Il n'empêche que ce deuxième album prend encore trop de détours et emprunte trop d'impasses, avec cette naïveté pourtant 1000 fois excusable, pour que son parcours tienne du sans faute. Nous tenons là cependant un des meilleurs disques de screamo hardcore japonais depuis la dernière sortie de Killie, peut être.

A écouter : Morbidity Of White Pomegranate - Halcyon - Butterfly In Right Helocoid
16 / 20
1 commentaire (18.5/20).
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黒斑の侵蝕 ( 2007 )

Si l’on parle de la scène Screamo Japonaise, on pensera tout de suite à Envy, mais ce serait sans compter ceux qui ont pris le même chemin quelques années après, bien moins médiatisés. Heaven In Her Arms se paie donc le luxe d’un double LP qui offre un nouvel angle, sur son artwork, au Misanthrope(s) de Celeste.
Mais au-delà de la violence épidermique des Français, c’est plus vers Envy que le combo se tourne sur Erosion Of The Black Speckle. Entre Post-Rock et envolées Screamo du plus bel effet (« 相関記号 »), le chant s’efforce à rendre déchirante une musique néanmoins empreinte d’une vraie poésie plus mélancolique que souffrante (« 脱化 » ou « 明度八の偏愛 »).
Là ou les poncifs du Post-Rock font petit à petit monter le son jusqu’à une explosion généralement assez convenue maintenant (le très bon « 赤い夢 »), le combo distille plutôt cette influence en y mêlant parfois quelques spoken-words (« 明度八の偏愛 ») et surtout des nuances dans l’enchaînement de plans avec une basse subtile et quelques sonorités cristallines (« 黒斑の侵蝕 »). Avec le recul plutôt réfléchies comme des successions de plans de 1 à 2 minutes, les compos font l’effet d’un tourbillon tant on peut se sentir happé par l’ensemble, révélant au premier abord un côté presque brouillon, difficilement assimilable.

Parce que la progression du groupe sur cet opus prend des allures de Post-Rock corrosif, mais qu’elle demeure presque progressive dans son approche (« 舌下錠 »), c’est un peu déconcerté que l’on pourra commencer la découverte de Heaven In Her Arms par cet opus. Il faut dire que les musiciens varient fortement les ambiances / tempos au sein d’un même titre, sans livrer l’ensemble à un Chaos parfois piège difficilement évitable. Prenez « 脱化 » : on décèle plusieurs mouvements au sein du morceau, et cela même jusqu’à un ultime changement de cap sur les 30 dernières secondes.
En exemple parfait, la dernière piste : 11m39s de plans surprenants qui usent à la fois des codes du Post Rock, mais aussi parfois du MathRock et au final du Screamo. Et pourtant, s’il n’y avait parfois quelques éléments qui faisaient le lien entre les différents plans, on pourrait les prendre pour de très courts morceaux distincts.

Pour autant, Erosion Of The Black Speckle préfigure vraiment des sensations poussées encore dans White Halo : alternance de plans, ajout de tonalités parfois plus Post-Hardcore, …
Même si nous n’avions pas évoqué Heaven In Her Arms depuis quelques années, force est de constater que le son des Japonais n’a pas pris une ride. Là ou le Post-Rock / Screamo d’Envy avait amené une vraie surprise sur Insomniac Doze, il ne faut pas pourtant oublier ce disque, à mon sens un incontournable dans la scène orientale.

Dog Knights et Moment Of Collapse Records ont réédité l’album en 2017.

A écouter : 相関記号 - 赤い夢

Heaven In Her Arms ( 2006 )

Si Envy calme son jeu au fil des années, ne faisant du screamo qu'un ingrédient supplémentaire à leur musique, la relève nippone du style , sans complexe aucun, a de quoi enthousiasmer. A l'instar des terribles Nitro Mega Prayer, DipLeg et See The Light, Heaven In Her Arms semble bien décidé à tracer son propre bout de chemin. Réédition française sur Salvation, ce premier EP tiré en 300 exemplaires à l'écrin DIY vraiment classe, est en réalité leur seconde démo remaniée et enrichie avec le remix de 2 titres.

Bien que le groupe se défende de la comparaison, les amateurs de Envy première mouture devrait rapidement trouver leurs marques au sein de ces 30 minutes tempétueuses et à fleur de peau. "Stop & Go" et "Akai Yume" sont le parfait exemple de la filiation, avec cette alternance d'ébullitions et de mélodies cristallines caractéristique. Heaven In Her Arms fait toutefois la différence avec une conviction de chaque instant qui insuffle à l'ensemble une énergie particulièrement touchante. Entre sentiment d'abattement et lutte héroïque,  Heaven In Her Arms se joue de nos nerfs et ose poser comme une évidence des parties à se damner.
"Get Out !", morceau pris sur le vif, permet de découvrir un aspect plus immédiat des japonais, littéralement punk hardcore. Il en va de même pour ces parties chaos-core qui lorgnent parfois vers un metal venimeux à l'impact direct et intense. Très réussis, les 2 remix clôturant le disque ralentissent considérablement le tempo des originaux en intégrant des nappes de piano et des rythmiques electroniques sur un fond de spoken words. Heaven In Her Arms n'impose en définitive à sa création aucune limite. Peu de groupes peuvent et pourront se targuer d'avoir fait aussi bien sur un premier EP. La suite risque d'en imposer si le groupe parvient à définitement se trouver.

A écouter : A Secret Signal ... Here Is - Akai Yume