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Biographie

Trouver des informations sur Hate Forest n’est vraiment pas évident. A l’heure où tout s’accélère, où internet a pris une place incontestable dans le monde de la musique, pas le moindre site web, peu ou pas d’articles, pas de photos. A vrai dire, seul Supernal Music, actuel label du groupe, propose un succinct  résumé que l’on pourra retrouver sur différents sites. Reste la patience, la collecte d’informations progressives, lâchées ça et là sur des forums, des blogs par des amateurs.
Ce mystère ambiant est évidemment une volonté du père de Hate Forest, Roman Saenko, qui cultive le mystère et l’ambivalence autours de ses différents projets, notamment ceux dont il est le penseur, Drudkh et Hate Forest donc. Tandis que Drudkh semble être la face poétique et presque exaltante de Saenko , Hate Forest est, au contraire, sa bête sauvage utilisant la forme du Black Métal , une arme exécrable et sadique sacrifiée à sa cause. La discographie du groupe est un brûlot de haine incroyable et via des textes touchant aux thèmes de l’élitisme humain (pour ne pas dire racial) ou encore à l’idéologie nietzschéenne, la recherche de haine suprême part sur de bonnes bases. Pourtant, Saenko évoque ces thèmes assez subtilement pour laisser une ambiguïté planer autours de son projet. Affilié par ses observateurs au mouvement National Socialiste, pullulant dans de nombreux groupes de black métal de l’Est de l’Europe, Hate Forest ne tombe pourtant jamais dans l’affirmation explicite de l’adhésion à ce type de mouvance, ce qui en fait un groupe "à part".
Enfantée en Ukraine, l’immonde création d’un fou accouche de ses premiers morceaux en 1995. S’en suivent bon nombre d’EPs, albums, minis best-of dont on retiendra notamment Scythia (1999) , The Most Ancient One (2001) et Purity (2003) vraiment représentatifs de l’ensemble de l’œuvre très compacte du groupe, qui d’ailleurs ne connaît pas de réelle évolution, mais fait plutôt marcher une source intarissable d’inspiration raw black, dont seul le mal semble maîtriser ce qui en sort. Citons pourtant Battlefields (2003) expérimentation vraiment à part du groupe, où des chants folkloriques ukrainiens servent le désespoir d’un black/doom aux consonances presque pagan mais toujours ampli de haine. Ce disque reste à ce jour la seule dérive de la discographie de Hate Forest et c’est en 2005, avec Sorrow que le groupe semble avoir rendu l’âme. En effet, de nombreux bruits courent à travers l’Europe comme quoi il serait leur dernier disque. Le groupe aura pourtant été l’un des fers de lance de ce mouvement black métal venant des pays de l’ex-URSS, et reste un exemple en matière de succès (en toute relativité bien sur) acquis grâce au bouche à oreille.

Chronique

17 / 20
6 commentaires (17.25/20).

Sorrow ( 2005 )

Mis à part Battlefields, la découverte d’un disque d’Hate Forest a toujours les mêmes effets chez un non-averti. En dehors des affreuses pochettes offrant des forêts, souvent enneigées, dans un état de dévastation avancé, musicalement parlant la première écoute donne toujours l’impression d’un pavé de haine complètement imbuvable et d’une linéarité incroyable d’ennui qui vous poussent à vite abandonner ce supplice. Cet effet s’estompe évidemment au fur et à mesure que l’on avance dans l’œuvre du groupe à condition d’avoir persévéré et trouvé l’intérêt de cette musique, ce qui n’est pas la volonté de tous, je vous l’accorde. Mais Roman Saenko se contrefiche certainement de plaire ou non. Il veut juste déverser au monde le plus de haine possible, son dégoût de la race humaine via des idéologies discutables, mais qui collent parfaitement à la démarche. Peut importe d’ailleurs qu’on y adhère, ce qu’on vient chercher dans la galaxie Hate Forest, c’est de la haine. Une haine putride et vicieuse, universelle, y compris envers vous-même qui vous rendra puissant mais vous écrasera sauvagement.

Ce Sorrow n’échappe pas à la règle, malgré une production bien moins sourde qu’auparavant. Murmuré comme étant le dernier album du groupe (après plus de 10 années à sévir tout de même), il ne change pourtant pas de registre. Nous avons clairement toujours affaire à un raw black d’une incroyable densité. De fond en combles, le disque ne concède absolument rien, la batterie et son son de cymbale toujours aussi particulier (il m’a toujours fait penser à une pioche, inexorablement frappée contre les pierres d’une mine profonde de l’Ukraine) martèle toujours à un rythme infernal, sans interruption. Les riffs sont toujours aussi imposants et froids, et leurs mélodies de la même inspiration dissonante, telles que l’on en voit pourtant assez peu dans le black métal, parfois mises en valeur par de discrets éléments ambiants. A mon sens , ces mélodies offrent l’une des évolutions identifiables (difficilement il est vrai) sur Sorrow : plus allègres (Fullmoon), plus constantes également dans leurs évolutions, elles permettent à l’auditeur, une fois l’assimilation de celles-ci accomplie, d’être tenu en haleine d’un bout à l’autre des chansons, presque en état de sublimation. Prenez garde tout de même car encore une fois, Hate Forest n’est pas là pour vous apporter les sensations les plus magnifiantes, bien au contraire il est là pour faire ressortir de votre âme les sentiments les plus vils, les plus mesquins, bien plus qu’un autre groupe de black métal, en vous écrasant tout doucement, jusqu’à ce que vous vous sentiez complètement soumis à Saenko qui vous gerbe sa cruauté inhumaine sans prévenir, par son growl impitoyable, toujours aux frontières du death metal.
Ce Sorrow ne change presque pas de recette, et depuis le temps que Hate Forest l’utilise, on devrait commencer à se lasser. Pourtant, il n'en est rien, le groupe a toujours ce côté attirant, presque céleste, qui nous pousse à écouter le disque encore et encore, jusqu’à en discerner les entrailles et y ressentir pleinement toute cette haine, plus intense encore qu’elle ne vous avait semblé lors de la première écoute.

Même si Hate Forest utilise de puis toujours tous les clichés qui ont façonné le black métal, il le fait à merveille, allant jusqu’au bout dans son essence et ajoutant une personnalité incroyable et rare pour le style pratiqué. Attention, Sorrow, s’adresse avant tout à un public averti, tant au niveau des textes qu’il peut contenir (qui n’engagent que leur auteur, soyons d’accord) que des sonorités rencontrées, mais si vous ressentez le besoin d’un élixir de dégoût, vous avez trouvé là un des groupes les plus adroits qui soit.

Avertissement: Hate Forest est clairement affilié à la scène National Socialiste Ukrainienne. Même si le groupe semble plutôt être du genre à graviter autours, sans affirmation réelle de ce lien de parenté pourtant presque évident, les idées de Roman Saenko et de ses accolytes ne sont en rien cautionables.

Metalorgie n'adhère évidemment pas à leur idéologie et se contente de juger et de présenter sa démarche artistique, dans l'intérêt qu'elle peut avoir par rapport au Black Métal.

Le site ne fait en aucun cas l'apologie de leurs paroles et tout amalgame ou accusations envers celui-ci seraient purement injustifiés.

A écouter : D'un seul bloc