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Biographie

Harvestman

Quand Steve Von Till ne sort pas des albums sous son propre nom ou avec Neurosis, il le fait par le biais de Harvestman, projet inspiré par le folk rock 70’s, le krautrock ou encore le drone. Cette démarche prend corps en 2005 avec un premier album intitulé Lashing The Rye. Suivent ensuite In A Dark TongueTrinity et un split avec U.S. Christmas et Minsk.
Après 7 ans de silence, le projet revit en 2017 avec Music For Megaliths.

Chronique

16 / 20
1 commentaire (19/20).
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Music For Megaliths ( 2017 )

Après nous avoir offert encore une fois un très bel album solo en 2015 (A Life Unto Itself), Steve Von Till (Neurosis) revient aujourd’hui avec son autre projet, Harvestman, mis en silence depuis 2010. S’il a attendu toutes ces années pour bâtir ce Music For Megaliths, c’est manifestement qu’il souhaitait prendre le temps d’ériger un édifice résistant à l’épreuve du temps. Le sentiment qui domine à l'écoute de cet album est en effet celui de la permanence. Rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme et se recycle. La vie est un cycle sans fin, un éternel recommencement qui prend définitivement ses racines dans la Terre qui a daigné accueillir l'existence humaine. L’immortalité de l’âme, à la base des croyances celtes, est ici symbolisée par une circularité qui libère l’homme plutôt qu’elle ne l’enferme. De ces traditions, Steve Von Till extrait une énergie qu’il utilise pour se détacher des contraintes du monde actuel. Il se frotte à des forces qui nous dépassent, celles des éléments qui nous entourent, et illustre ainsi son besoin viscéral de rester connecté de façon directe à la source de toute vie.

Sans jamais tomber dans des clichés mystico-païens, il parvient à réveiller en nous un instinct primaire qui nous incite à oublier passé et futur, à n’envisager que ce qui se passe dans l’instant. En grande partie instrumental, Music For Megaliths relègue l’homme au second plan pour lui faire prendre conscience de sa futilité. La seule solution pour lui est d’accepter cette situation et d’entrer dans un état méditatif qui lui permettra de dépasser sa condition mortelle et d’accepter pleinement sa place sur Terre. Ce qui pourrait sembler être un discours New Age bon marché prend ici une dimension particulièrement pertinente dès les premières secondes de The Forest Is Our Temple. Ce morceau illustre tout ce qui fait la force de Harvestman, la confrontation entre des sonorités organiques et technologiques et la collision de deux mondes, le primitif et l’évolué. Les guitares acoustiques et électriques se répondent et se tournent autour pour provoquer la transe et l’abandon. Car il faut savoir se laisser porter par ce disque, qui allie Drone, Ambient et Krautrock sans se soucier de vouloir absolument sonner "cool".
 
Ce minimalisme de façade recèle en fait bien plus de richesse qu’il ne laisse paraître au premier abord, exigeant simplement de l’auditeur qu’il adopte un état d’esprit affranchi des contraintes et angoisses du quotidien (Ring of Sentinels). Penchant par moments du côté de Swans ou d’Earth (Oak Drone), Harvestman reste fidèle à sa volonté de sincérité tout au long de la quarantaine de minutes de Music For Megaliths. Cromlech semble être à l’écoute de la moindre activité sismique, prête à utiliser l’énergie phénoménale générée par le mouvement des plaques tectoniques, tandis que Levitation regarde au contraire vers le ciel, dans l’attente d’un signe quelconque. La voix lointaine qui s’y fait entendre suggère d’ailleurs l’existence d’une entité dont les intentions à notre égard restent incertaines. Sundown, Drone robotique et menaçant, ne fait ensuite rien pour nous rassurer, bien au contraire.

« En plein désert, personne ne vous entend crier » : tel pourrait être le sous-titre de ce Music For Megaliths qui, s’il ne laisse pas derrière lui une traînée d’optimisme, a le grand mérite de nous indiquer avec clarté et sincérité la voie d’une transformation salutaire. Libre à vous de vous y engager.