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Biographie

Grouper

Grouper est un one woman band crée par Elizabeth Harris, originaire de Portland, Oregon. Evoluant dans un univers "Do It Yourself", les sorties de l'artiste restent d'abord et avant tout confidentielles, publiées au gré de ses humeurs. Après de multiples Cd-R présentant ses premiers travaux, Liz Harris sort Way Their Crept sur Free Porcupine Society en 2005, puis Wide l'année suivante. Dragging a Dead Deer Up a Hill (2008) amplifie alors son audience sur le label anglais Type Records (Tarentel, Sylvain Chauveau, Peter Broderick, Deaf Center, Sickoakes).
Partageant avec ces artistes le goût pour l'expérimental, l'atmosphère de l'américaine oscille entre folk psychédélique et drone ambient, plongeant ses disques dans une ambiance profonde et enfumée d'où la lueur ne perce que trop rarement.

Bien que ses travaux individuels soient majoritaires, Grouper apparait également sur quelques splits (avec Xiu Xiu, Inca Ore), celui avec City Center (paru en décembre 2008) est le dernier en date.

16 / 20
1 commentaire (16/20).
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Ruins ( 2014 )

J'ai peur d'écouter Ruins. Peur que des écoutes indélicates ne fassent voler en éclats la porcelaine de ses compositions. Peur de déranger, de paraître trop intrusif. Peur, peut-être, aussi, qu'il ne m'en dise trop sur moi-même. Pourtant, il est bien l’œuvre de Liz Harris, une seule artiste derrière l'alias Grouper. Plus qu'un album, c'est un "document" enregistré lors d'une résidence au Portugal, en 2011.

Ruins brosse un tableau dépouillé de l'artiste à l’œuvre, isolée au sein d'un environnement sauvage. Dès les premières notes, le décor désolé s'imagine sans peine. Il offre un témoignage déchirant des pensées qui la saisissent alors qu'elle est enfin face à elle-même. C'est une parenthèse nécessaire au cœur d'une discographie, d'une vie, trop dense. A la fois miroir mélancolique et fenêtre sur l'âme, Ruins est un regard sans dissimulation sur ses colères, ses doutes ou ses larmes. En mettant de côté les nappes drone synthétiques, dans la brume desquelles elle se cache habituellement, Liz Harris s'expose. Les silences qu'elle laisse entrevoir en disent long sur la pesanteur de l'air qu'elle respire. Capturés et reproduits ici sans retouche, les huit titres renferment en eux les minutes avant la tempête, où l'atmosphère se charge d'électricité, rendant inéluctable mais imprévisible l'éclatement du ciel. Et parce qu'il s'est installé à ses côtés, frissonnant devant tant de tension, l'auditeur, voyeur dans l'intimité de l'artiste, est là, qui attend avec elle.
A un moment, il entend la sonnerie d'un micro-ondes. Il pense l'avoir rêvée; toutefois c'est bien là le signal d'une coupure de courant, conséquence de la tempête. Mais rien ne bouge; Liz Harris, résignée, ou décidée à braver les éléments, allez savoir, continue dans son labyrinthe à jouer avec ses souvenirs.

Évanescente, sa voix s'adosse discrètement aux mélodies inaltérés d'un piano. Seul instrument entendu, il emplit la pièce de notes cristallines, trouvant écho dans les craquements inattendus de la nostalgie ambiante. Il suffit de tendre l'oreille pour entendre le chant des cigales, ou les discrets clapotis de l'eau environnante ("Lightouse", "Holifernes"). Rester à l'affût pour percevoir le mouvement autour de soi. Ruins évoque sans aucun doute la mélancolie - Harris dit que c'est là le résultat de ce qui a été et n'est désormais plus; il est aussi une ode à la simplicité et à la pureté des choses. Le vent et la pluie qui échouent contre les murs de la maison viennent balayer les notes restées sur le pas de la porte. Une approche naturaliste, à peine perturbée par des réminiscences du passé. "Made of Air", en clôture, a été composé en 2004 et replonge dans les vapeurs éthérées de Way Their Crept. Doit-on comprendre que Liz Harris a fait la paix avec elle-même et qu'elle est maintenant prête à retourner dans le tourbillon de sa vie ? Peut-être. On sait d'ores et déjà que ce cocon vaporeux la protègera, on l'espère encore pendant très longtemps. En attendant, l'épure de Ruins, sur le moment, est terrible. C'est aussi ce qui en fait sa force malheureuse et sa désolante beauté.

13.5 / 20
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Split w/ City Center ( 2008 )

Groupes à la géographie et à la philosophie Do It Yourself proches ainsi qu'à la volonté commune de garder leurs morceaux comme des oeuvres personnelles, Grouper et City Center partagent l'affiche, le temps d'un split 7", fin 2008. Court, hypnotisant et intense; chacun à sa manière, le temps de quelques minutes, laisse une empreinte minimale mais marquante.

"False Horizon" de Grouper ouvre le bal. Dans la droite lignée de Dragging a Dead Deer Up a Hill sorti un peu plus tôt en 2008 (et composé lors des mêmes sessions d'enregistrements), il s'agit ici d'une guitare à la mélodie minimale, répétée incessamment, sur laquelle se pose une voix douce, claire presque fantômatique. Une voix multipliée qui forme un choeur murmurant, incantatoire qui touche par la volupté de ses arrangements. Un peu plus de 4 minutes qui emmènent loin. L'horizon est lumineux.

City Center prolonge ensuite le voyage. L'atmosphère change, les sonorités sont plus abondantes, en boucle, elles noient une voix qui tente vainement de faire surface et ne rencontre finalement que son écho. L'ensemble est moins immédiat, plus étouffé. "This Is How We See in the Dark" se perçoit comme un rip-off d'Animal Collective, l'éclat et le sens de la pop en moins. Les mêmes effets y côtoient le même désir de s'affranchir de la mélodie convenue. Un exercice qui reste intéressant pour Fred Thomas et qui semble le préparer à son premier vrai album à paraître courant 2009. Restons curieux.

Le split Grouper w/ City Center est sorti en décembre 2008, autoproduit.

A écouter : This Is How We See the False Horizon