Biographie

Grieves

Grieves est un jeune MC originaire des USA, et plus particulièrement de Seattle. De son vrai nom Benjamin Laub, le jeune MC se lance en 2003 dans l'écriture de ses premiers morceaux, enfermé dans son appartement, puis se produit dans quelques clubs avant la sortie en 2007 de Irreversible, son premier LP.
Le second album, 88 Keys and Counting, voit le jour avec le producteur Budo, initialement prévu comme un EP de quelques titres. Après un déménagement à Brooklyn, le duo continue d'écrire et de se produire un peu partout, alliant samples et insutrments plus classiques comme trompette ou guitare.
En 2009, Grieves signe chez Rhymesayers, tout en travaillant sur ce qui deviendra son 3ème LP, Together/Apart. Le disque sort en 2011, avec les singles On The Rocks ou Bloody Poetry, et est plutôt bien accueilli par la critique. Après une série de concerts pour défendre en live son album studio, Grieves s'attelle à l'écriture d'un nouveau disque, Winter&The Wolves, qui sort en 2014 toujours chez Rhymesayers.

14.5 / 20
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Winter & the Wolves ( 2014 )

Après la petite claque Together/Apart, l’une des têtes de liste de Rhymesayers revient avec Winter&the Wolves et il n’aura suffit que d’une écoute pour être à nouveau séduit par le potentiel du MC. Toujours avec un air d’insolence maitrisée et un zeste de fraicheur dans ses compos, Grieves s’impose comme une évidence, celle d’être un musicien discret mais passionné. Cela s’en ressent sur Winter&the Wolves, l’album ayant été dévoilé petit à petit mais sans communication massive et rébarbative, à l’instar de Together/Apart.
La structure du disque est d’ailleurs sensiblement la même, notamment avec la clôture de Winter & The Wolves par un titre très sunny friendly (« Smoke in the Night ») alors que la version deluxe apporte un aspect plus romantico-sombre via « Death of Me ». Pourtant, et c’est là l’une des forces de Grieves sur Together/Apart et Winter & the Wolves, on ne ressent pas de faille dans cette succession de titres automnaux (« Serpents », « Shreds ») alors que les thématiques abordées ne sont pas forcément les plus réjouissantes. Là ou l’on pouvait trouver un aspect plus adulescent sur Together/Apart, ce nouvel opus permet à Grieves de s’accrocher à des sujets s’orientant vers l’aspect adulte du MC : « Recluse » ou « Shreds ».

Le travail sur les instrus vaut également qu’on lui rende hommage par l’ensemble d’ambiances et de sensations qui se dégage de ce disque. De « Whoa is Me » à « Smoke in the Night », sans oublier « Like Child » et « Breath of Air », Grieves reste à un niveau égal entre ses différents albums. Winter & Wolves pourra presque paraitre plus riche que son prédécesseur, mais le travail sur la production apporte grandement à l’ensemble car même certains aspects dépouillés (« Breath of Air ») n’empêchent pas les beats de résonner, épaulés par un piano omniprésent.
Dans son ensemble, ce cru 2014 ne souffre d’aucun défaut apparent. Les écoutes se succèdent, avec plus ou moins de légèreté et d’attention, mais jamais Winter & the Wolves ne cesse de capter l’attention. Aussi bien en ambiance qu’en point central de l’espace sonore, au réveil qu’en fin de soirée, cet opus se glisse sans heurts ni fracas au travers de titres comme « Long One ». C’est d’ailleurs ce que l’on pourra reprocher : on est sur un territoire très radio-friendly (« Smoke in the Night »), inoffensif et aux lyrics assez classiques (« Whoa is Me »). Grieves a pu être comparé à Macklemore, ce qui n’est pas étonnant car les 2 musiciens ont déjà collaboré ensemble (avec Budo) et officient dans un registre proche (un exemple parfait avec « How’s it Gonna Go »). Autant dire que les allergiques à l’un auront des poussées d’angoisse à l’écoute du second, même si cet aspect sunny-friendly est ici également parfaitement assumé et l’un des aspects décisif dans l’appréciation de Winter & The Wolves.

La relation entre Together/Apart et Winter & The Wolves ne s’arrête pas là : le premier sera un album qui s’ouvre au monde et aux teintes printanières (des couleurs aux sonorités), tandis que le second se tourne vers une sensation plus fraîche, autant sur le visuel (l’artwork, le clip de « Shreds ») que la musique (« Autumn », « Recluse »). La continuité est faite et Winter & The Wolves est donc un disque qui n’a pas à rougir face à son prédécesseur. Toujours aussi travaillé sur les instrus et le flow du MC, cet opus offre d’agréables moments, toujours avec simplicité.

A écouter : Recluse - Death of Me - Shreds
15.5 / 20
2 commentaires (14/20).
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Together/Apart ( 2011 )

Avec son troisième album, Grieves s'ouvre les portes de la cour des grands. Non pas que 88 Keys and Counting et Irreversible manquaient d'énergie et d'intensité, mais bien parce que le MC semble décidé à s'imposer avec son confrère Budo. Succession de singles, grosse mise en avant à sa sortie, rien ne semblait laissé au hasard.
Rien qu'avec le titre d'ouverture, Light Speed, on sent une production bien meilleure, moins étouffante, qui permet au MC de mettre en avant son timbre clair et d'appuyer sur ses lyrics. D'ailleurs, même si l'on reste dans un registre Hip-Hop, l'album laisse le musicien chanter et couler ses mots lors de certains refrains, bien plus que sur 88 Keys and Counting. Lorsque se succèdent Bloody Poetry, Falling From You ou encore On The Rocks, on sent l'inspiration et la volonté de Grieves : se faire le plus direct possible, jouer sur différentes intonations et rythmiques comme il avait sur le faire sur l'album précédent (Greedy Bitch, Kings). L'ensemble des compos est pourtant plus intéressant, avec une fraîcheur digne de Irreversible (Fly Away, Scar Gardens) mais une plus grande maturité et maitrise des titres (refrains, flow, richesse des lyrics, ...) qui le font frôler de peu des têtes de file du label comme l'immense By The Throat de Eyedea&Abilities.
Le MC doit beaucoup de son succès aux instrus de son producteur Budo, qui avait déjà montré son talent sur son dernier opus One Bird On A Wire, même si le musicien semble parfois plus s'orienter vers un Sam.i.am.the.son que ses productions personnelles. On y retrouve ces ambiances posées et douces, globalement bien plus que sur 88 Keys and Counting, malgré cet arrière-gout de cendres sur certains titres qui démontre un côté plus mélancolique de Grieves, à la manière d'un Eyedea (Bloody Poetry, Pressure Cracks).

Niveau lyrics, c'est toujours d'un point de vue personnel que se place Grieves. Peu virulent, constatant plus les faits que cherchant à les réfuter ou à faire cracher sa hargne, l'Américain semble prendre les choses avec poésie. Loin d'être maladroits, les mots s'entrechoquent sans faire preuve d'un intellectualisme désinvolte, d'une vulgarité assommante ou d'une simplicité déconcertante à la manière du dernier Sadistik
C'est d'ailleurs un homme heureux que l'on peut découvrir sur le dernier titre Against The Bottom, morceau qui respire la bonne humeur et le soleil, rompant avec cette facette plus mélancolique du reste de l'album mais qui semble promettre du très bon pour la suite.

Together/Apart est une belle découverte et un album cohérent, possédant une identité musicale plus marquante que les précédents opus de Grieves. Avec son lot de singles (l'énorme Bloody Poetry, le délicat Sunny Side Of Hell), Grieves s'impose un peu plus qu'un Input ou Sadistik sur ce nouvel opus.

A écouter : Bloody Poetry - Pressure Cracks - Against The Bottom