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Biographie

Graves At Sea

Graves At Sea se forme en 2002 à Portland, dans l'Oregon. Après une première démo auto-produite, le groupe se fait repérer par Greg Anderson de Sunn O))) et également cofondateur de Southern Lord Records. Ce dernier sort Cirrohosis/Atavist Arise en 2004. Après quelques changements de line-up ainsi qu'un arrêt des activités du groupe en 2008, Graves At Sea est de nouveau sur pied en 2012 et enregistre l'année suivante un split en compagnie de Sourvein, sorti en 2014 chez Seventh Rule Recordings.

Chronique

15.5 / 20
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Graves At Sea/Sourvein ( 2014 )

Les Splits peuvent se révéler être d’excellentes surprises. Bien que le sacro-saint LP soit le format roi pour qui veut se frotter à un groupe, d’excellentes collaborations ont déjà vu le jour : synergie (dont Sunn O))) est particulièrement friand) ou division des tâches (au hasard, Emperor/Enslaved, Xasthur/Leviathan), le résultat s’avère parfois passionnant et a le don de mettre l’eau à la bouche pour de futurs albums. Salivez-donc si vous êtes amateur de Doom Sludge de bonne facture car cet ouvrage a sans doute de quoi vous servir quelques bons riffs plombés comme il faut.

Sans se faire prier, Graves At Sea se jette dans la fosse aux lions et nous y entraîne par la même occasion, tête baissée, prêt à s’engluer dans la noirceur. De ses vocaux aigus glaçants et mortifères dignes d’un Indian, contrebalancés par des échappées plus caverneuses, le quatuor impressionne par sa dualité : massif lorsqu’il s’agit de faire cracher des décibels aux amplis et de coucher une rythmique bien rentre-dedans, mais malsain et sournois dans ces râles inhumains. Lourde de groove, l’instru quant à elle bénéficie d’une touche presque « garage » habilement dosée renforçant le grain rugueux du son de Graves At Sea. Loin d’être délaissés, les musiciens apportent un soutien de taille aux froides vocalises à coups de guitares saccadées  (« Betting On Black ») et de patterns de batterie variant au fil des mouvements des tracks. Derrière ça, on sent un groupe rôdé, qui prouve ses talents de composition sur un « Confession » qui laisse monter la tension de manière habile et rafle par la même occasion le premier prix sur cet EP cinq titres. Eh oui, qu’il est jouissif ce bridge où le guitariste seul  nous gratifie d’une reprise du motif principal, on retient son souffle quelques secondes à peine, et voilà que l’entêtante routine se remet en marche. En seulement deux morceaux, le sombre orchestre volerait presque la vedette à ses homologues de Caroline du Nord.

On en viendra peut-être à dire que Sourvein débarque comme un cheveu sur la soupe tant le changement de voix surprend. Exit les cris terrifiants et place à une sorte d’hybride entre Lemmy de Motorhead et Robert Plant de Led Zeppelin. Un bien curieux mélange au ton parfois plaintif (« Drifter ») ou plus énervé (« Follow The Light »), qui ne dénature pas les racines Sludge de la formation que l’on ressent lors des soli arrachés tant bien que mal à des guitares crasseuses. On oscille entre psychédélisme et rudesse, et bien que l’on n’atteigne pas l’aura d’un Electric Wizard, l’influence s’en fait sentir sur le morceau final, exploitant le riff jusqu’à l’épuisement. Seule ombre au tableau : on regrettera peut-être cet « Equinox » un peu mou et qui ne nous donne pas grand-chose d’intéressant à se mettre sous la dent, mais rassurez-vous, rien de bien méchant.

En définitive, nos deux groupes de Doomeux sauce ricaine s’en sortent très bien, quasi ex-aequo à l’issue d’un combat où seul l’auditeur se sera bien fait envoyer dans les cordes. Et c’est groggy que nous en redemandons, après 27 (trop courtes) minutes prenantes du début à la fin qui nous donneront la hargne nécessaire pour un second round, à nouveau plein de sueur, de sang et de larmes.

A écouter : en entier