Découverte
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Biographie

Goatsnake

Goatsnake fait partie des ces groupes annonçant le renouveau du Stoner/Doom. Formé en 1996 sur les cendres d'Obsessed, le quartet élabore une attitude rock n roll renouvelée grâce à un grand nombre d'essais souvent courts. Les gars de la cité des Anges n'oublient pas de sortir Flower of Disease en 2000, qui deviendra sans mal une référence du genre.  Goatsnake a ensuite fait briller ses lettres de noblesse en tant que big band a l'expérience bien rodée : Greg Anderson toujours à la guitare (Sunn O)))), JR de Cave In à la batterie, Scott Reeder (ex-Kyuss) à la basse et Pete Stahl (Scream, Earthlings) au chant.

S'ensuivent 10 ans d'absence discographique après un EP (Trampled Under Hoof) sorti en 2004, mais une présence scénique avec le line-up originel (soit Pete Stahl, Greg Anderson, Guy Pinhas, revenu d'Acid King et Greg Rogers) au Roadburn 2010, avant une dizaine d'autres dates dont le Hellfest 2011.

Retour concrétisé sous cette forme en juin 2015 avec le troisième album Black Age Blues, distribué par Southern Lord, toujours à la pointe du bon goût des marécages enfumés.

Pete Stahl - Chant
Greg Anderson - Guitare
Guy Pinhas - Basse
Greg Rogers - Batterie

16.5 / 20
7 commentaires (15.36/20).
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Black Age Blues ( 2015 )

On a encore en tête le monument Flower of Disease, sorti en tout début de siècle par la bande à l’ex-chanteur de Scream Pete Stahl, entre autres EPs et splits de qualité pondus avant et après. On se souvient de ce stoner-doom le plus classieux du monde, de cette voix perçante et nonchalamment puissante, de cette six-cordes foutrement grasse et bluesy, de cet harmonica… Une quinzaine d’années plus loin, tout est en place, malgré des modifications de line-up et un retour à la forme originelle. Mieux, Goatsnake a su étoffer sa recette imparable de subtils ingrédients.

Black Age Blues n’aurait pu porter meilleur blase, tant cet album suinte le blues, plus qu’auparavant. Le rendu apparaît massif et sirupeux dès l’inaugural Another River To Cross (qui fait d’ailleurs le lien direct avec le dernier titre de Flower of Disease), flanqué de ce groove symptomatique du genre, d’un classicisme effrayant mais exécuté avec un talent démoniaque. Pas tellement classique puisque les gars de Los Angeles ont eu l’idée d’intégrer quelques parties gospel (d’où le visuel, splendide) dans leurs nouvelles compositions, comme dans la pépite de roche fumeuse House of The Moon ou le totalement perché Grandpa Jones, où des chœurs enchanteurs viennent soutenir un Stahl en super forme, qui semble avoir gagné en modulations. Voilà surtout ce qui fait de Goatsnake un groupe à part, hors du temps, c’est l’aspect vocal sublimé, d’une richesse rare pour un genre aujourd’hui trop engoncé dans ses codes.

Le chant est une composante essentielle dans le processus créatif des américains, mais les plans instrumentaux sont définitivement joués de mains de maîtres. On sait pertinemment comment ça se goupille mais on tombe systématiquement dans le panneau. Le piège délicieux du groove insolent et des envolées bluesy à faire danser un cul-béni pendant la messe, de l’écrasante structure sludge de Graves, du chaloupé et grassouillet morceau éponyme, sommet central de l’objet, du tubesque Elevated Man investi de son harmonica sautillant et grésillant, du faussement instable Coffee&Whiskey, de Jimi’s Gone, aux chœurs là aussi irrésistibles, ou bien du maladif et rampant Killing Blues, climax final. Il y a en fait à boire et à manger dans ce Black Age Blues, où la base rythmique s’exprime de tout son long, dans un déluge de vibrations divines, auxquelles personne ne peut décemment résister, où la (les) voix infectent nos terminaisons nerveuses pour y laisser des séquelles irréversibles mais allégrement bienvenues.

Pour son troisième LP (second avec ces membres) Goatsnake s’est surpassé, et parvient à nous procurer le même plaisir qu’avec Flower of Disease, transcendé par un rendu encore plus gargantuesque et quelques ajouts qui font de Black Age Blues un disque superbement équilibré, qui s’enfile comme une gourmandise et s’accorde parfaitement à la chaleur étouffante actuelle. Longue et fructueuse vie à Pete Stahl et les siens.

Disponible tout à fait naturellement sur bandcamp.

A écouter : à l'usure.
15.5 / 20
1 commentaire (17.5/20).
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Trampled Under Hoof ( 2004 )

OxS owns you. Old school, en effet, cette production l'est. En trois nouvelles compos et deux reprises, le groupe impose un style. On est tout d'abord frappés par la qualité de l'artwork. Ce bouquetin sobrement placé sur fond gris, démesurément omnipotent est trompeur. La pureté blanche de son pelage n'est pas représentative d'une quelconque luminosité, au contraire. Cette pochette sobre et démoniaque est elle même représentative de cet aspect old school démesuré. En effet, on flaire l'hommage au heavy fondateur.

Tout d'abord, les compos présentent toutes une nouvelle veine, un nouvel élan pour le genre stoner. Certes l'architecture basique est conservée : prod du désert bien rock n roll, mélangeant aigues et graves dans des déluges rythmiques endiablés. De surcroît, Goatsnake  a ce feeling dans les riffs, dans la façon d'articuler ses morceaux autour de mélodies massives (gibson et ampli sunn, ça aide).

Mais Goatsnake ne tombe pas dans le péché capital du genre: s'enliser dans la facilité au niveau des compositions et des articulations sonores, et devenir lassant à la longue (Fu manchu). Grâce à Anderson, surement, le groupe ingurgite un feeling doom nettement apparent, dans une itération lente et lobotomisante des plans. Et c'est là que l'on comprend le sens du mot Old school. A quoi bon chercher à fuir ses racines à tout prix (Wino dans The hidden Hand)? Içi, Goatsnake les assume, et le mot heavy prend sens : Black sabbath, St Vitus sont leurs pères fondateurs.

On comprend alors l'interêt des covers : St Vitus reçoit içi un véritable hommage, dans une compo sublimée où la flamme revient , la libération cathartique de jouer du rock n roll et rien d'autre. D'ailleurs, dans les remerciements, le groupe encourage á acheter du St Vitus. Quant à la seconde reprise, celle de Black Oak Arkansas, elle deterre une chanson du début des années 70, au son hardrockisant purement jouissif.

Ainsi, massif et fin, jouant sur les sonorités et les ambiances, Goatsnake impose sa vision du rock n roll moderne. Stoner/doom ouvert, sans oublier ses racines, Goatsnake lobotomise et hypnotise, peut être en partie par l'originalité et la puissance aigue de la voix de Pete Stahl. La modernité est au revival, certes. Mais que diriez vous d'un son frais, alimenté par de l'old school? Dommage que ce ne soit qu'un ep, et que l'on en vienne si rapidement à bout. Allons-y, reprochons à cet ep d'être...un ep.

A écouter : Ouais.